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/!\ FORUM RP 18+ Yaoi au contexte contemporain fantastique. Monde dominé par les vampires. Maîtres/Esclaves - Politique - Action seront au rendez-vous /!\
 

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Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]
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MessageSujet: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Mer 4 Oct 2017 - 13:23



Je restai seul dans le noir, longtemps. Lorsque mes oreilles étouffées de coton captaient le son de pas près de la porte de la chambre où j'étais terré, mes yeux s'ouvraient en deux fentes charbonneuses et menaçantes, mes lèvres se pinçaient sous le passage d'un sifflement mauvais et je m'enfonçais davantage dans mon nid de vipère. Je n'écoutais ni mon ventre creux ni les restes de ma conscience qui me dictaient faiblement de sortir d'ici, de quitter ce repaire puant de sueur, de morve et de méchanceté, préférant moisir un peu plus dans le mucus noir de mon esprit aliéné.

Malfaisant, perfide, haineux, meurtrier et jaloux, je me savais destiné à une fin imminente : qu'il s'agisse du chien, du félon ou du majordome, je savais que l'un des trois mettrait fin à ma vie dès que je lèverai la main sur le premier qui passerai devant moi.

Ce que j'avais prévu de faire, attendant là que quelqu'un ouvre la porte de ma tanière.

Ce fut Arno qui se dévoua à cette tâche, peut-être mille ans après m'avoir jeté dans cette chambre. La porte en bois s'ouvrit d'un geste ferme mais sans excès, et lorsque sa  main se tendit vers ma chrysalide d'édredons, ma bouche s'ouvrit grand pour lui mordre les doigts. Je sortis de ma tanière, bondissant vers lui pour lui arracher les yeux et, pourquoi pas, les manger ensuite.

Mais j'aurais dû savoir, suite à tous les échecs cuisants que j'avais essuyé, que je n'étais point apte à réaliser le moindre de mes désirs.

Bien loin de partager les manières princières de son Maître, ce ne fut pas d'une gifle qu'il me gratifia, mais de son poing qui, balancé en plein plexus solaire, me cloua au sol sans plus de discussion. Le visage déformé par le venin qui transpirait par le moindre des pores de ma peau, je lui crachait à la figure toute ma haine, ne lésinant pour une fois ni sur la sincérité ni sur la vulgarité.

Il m'attrapa par un bras, je lui demandais s'il avait là un genre de fétichisme, et me traîna comme il semblait tant aimer le faire jusqu'à me balancer dans une salle de bain.

Arno : « Tu ne comprends pas la chance que tu as d'être encore en vie. Rends-toi présentable, et descend dire au revoir au Maître. »

Je lui répondis d'un sourire détestable et vulgaire, il fronça le nez dans une expression écœurée et me laissa seul dans cette pièce si blanche et lumineuse que je crus bien qu'elle me rendrait aveugle. Et peut-être aurait-il mieux valu, puisque, lorsque je tournais la tête à ma gauche, vers le grand miroir de la salle d'eau, le regard que me jeta mon reflet me glaça d'effroi.

J'étais immonde. Dedans et dehors, je ne me ressemblais plus.

Une main devant la bouche, je me relevais en détournant lentement le regard pour me diriger vers la baignoire dont j'allumais le robinet avant de me glisser dedans. Comme incapable de croire à ce que j'avais vu, je glissais à nouveau un regard en coin vers le miroir avant de le ramener précipitamment vers le fond de la cuve en faïence. Le choc, couplé à la lumière vive et pure, me chauffa les yeux et baigna mon visage d'eau salée que j'imaginais fort bien être noire.

Voulais-je vraiment mourir en ayant vécu en si misérable existence ? Voulais-je vivre ainsi, fou à lier, immonde à regarder et infâme à connaître ?

Non... Je n'étais pas ainsi... Mon âme n'était pas ainsi... Mais le peu de lumière que je portais en moi mourrait un peu plus à chaque seconde qui passait, dévoré par la perversité qui avait découlé de cette nuit.

La bouche tordue de peine face à ma chute sans éclat, je m'appliquais pourtant à me frotter le corps avec l'application qui m'avait été inculquée par l'homme qui m'avait jeté dans la gueule du loup. En passant sur mon biceps, je me rendis compte que j'avais mal et en baissant les yeux, j'y découvris un énorme hématome de la forme des doigts d'Arno.

J'étais haï.

Je lavais mes cheveux, mes ongles, récurais les moindres parcelles de mon corps jusqu'à retrouver une superbe relative, étant toujours altérée par mon attitude sans panache, puis m'extirpais de la baignoire pour approcher de la pile de vêtements qu'Arno avait posés sur le petit meuble en bois près de l'entrée. Mes doigts se posèrent avec révérence sur le brocard sombre du vêtement asiatique que le vampire d'Opale avait choisi pour moi. Trop épuisé et triste, je n'eus même pas l'énergie de m'horrifier lorsque mon esprit se raccrocha à un espoir fou.

Charles d'Ozran pouvait m'aider.

¤

Habillé, mes cheveux coiffés d'une pique en acier, je m'étais sagement assis sur la chaise de la salle de bain, planté devant mon reflet pour essayer d'en effacer les vilaines bavures de mon âme souillée. Puis Arno était revenu me chercher, avait passé mes chaussures à mes pieds en serrant les lacets assez fort pour me faire mal et m'avait amené à l'entrée du manoir. Rigide comme une planche de bois sec, j'avais pourtant fait preuve de bonne volonté et avait salué le chien d'un mouvement de tête. Mais je n'avais pu me résoudre à lever les yeux vers son visage de peur qu'il surprenne mon regard sali d'envies putrides.

J'avais également échoué à lever les yeux dans ceux de Charles d'Ozran, mon regard se bloquant sur son menton en refusant à monter plus haut sur son visage. Il me fut impossible de prononcer le moindre mot pour lui et, lorsqu'il s'éloigna vers sa voiture j'eus le sentiment que le monde s'écroulait. La seule personne capable de rétablir l'ordre originel de mon esprit allait partir. Et moi, dégoûtant petit personnage, j'allais peut-être me faire assassiner par le majordome pour avoir manqué de politesse à son Maître.

Lorsque le déclic d'ouverture de la portière conducteur me tinta dans l'oreille, mes pieds crissèrent contre les graviers blancs de la cours et j'échappais par miracle à la poigne d'Arno qui tenta de me retenir à ma juste place. Il me sembla entendre grogner le chien... Je n'en suis pas sûr, j'étais obnubilé par une seule chose.

Me jeter au pieds de Charles s'il le fallait pour qu'il m'accorde son pardon et me soulage de mon fardeau.

« Maître... Maître ! »

Dans ma précipitation frénétique, j'en oubliais la règle la plus élémentaire qu'il m'était dû de respecter avec Charles d'Ozran. Mes deux bras s'enroulèrent autour du sien et, pendu à lui comme l'aurait été un naufragé à une corde de sauvetage, il me sembla prendre conscience pour la première fois de sa haute stature et de l'extrême noblesse qui émanait de lui.

Ou bien était-ce le décalage entre la pauvre créature que j'étais devenue et sa prestance plus princière que jamais ?

« Maître d'Ozran... Je deviens fou. La noirceur effrite mon âme... Je vous en conjure, détruisez mes souvenirs de cette nuit... » Ma bouche s'entrouvrit dans un éclat lucide, les yeux enfin relevés dans le regard d'or du vampire. Qui étais-je donc pour réclamer un sauveur en l'homme que je voulais tant anéantir... ? Je refermais mes lèvres sur une dernière supplique, murmurée alors que je dénouais lentement mes bras du sien. « Je ne mérite rien de vous mais... Je vous en supplie... »

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~ Ceux qui répriment leur désir sont ceux dont le désir est assez faible pour être réprimé. ~


Dernière édition par Samael le Jeu 26 Oct 2017 - 18:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Jeu 5 Oct 2017 - 17:09



C'est bizarre de se réveiller sans le raffut habituel des cabots qui demandent leur gamelle, sans l'agitation frénétique, les odeurs qui agressent le nez, la paillasse en guise de matelas. C'est bizarre de se réveiller, après des mois en enfer, dans une chambre propre et calme, roulé en boule dans les plis d'un drap soyeux avec comme seule compagnie un dormeur paisible. Je mets un moment pour comprendre et me souvenir, par réflexe c'est la Bête qui m'a fait ouvrir les yeux mais je me souviens qu'elle n'est pas utile ici. Alors elle retourne au panier et c'est moi qui prends la relève.
Il est tôt, le soleil est pas tout à fait couché et je crois bien que tout le monde dort encore. Charles en tout cas, il a l'air de roupiller profondément. Vu l'état dans lequel il était y a peu, je peux comprendre. Du coup je me glisse hors du lit sans faire trop de bordel et je sors pour aller faire un tour en cuisine.

Arno me rejoint vite, sans doute pour préparer tout le tintouin qui va de pair avec le réveil du maître. On échange un regard, un hochement de tête, et on fait nos trucs chacun de son côté en silence. On est pas potes juste parce qu'il m'a repêcher, je suis pas con au point d'imaginer qu'il m'aime bien. Il l'a fait juste pour l'équilibre mental de Blondie, pas pour moi. Mais bon, comme on est lui et moi d'utilité public dans cette baraque, on va voir à pas se jeter sur la gueule dès le début de soirée. Il m'indique ce que je peux prendre dans le frigo, j'embarque le plat de service où se trouve les restes d'une carcasse de poulet avec des légumes en sauce et je sors sur la terrasse, par la porte de derrière.
Le ciel est plutôt clair mais on voit déjà des étoiles apparaître. L'air à un goût frais, tranquille. Je retrouve pas les odeurs de sang et de peur qui vont avec la traque des fugitifs. Ici je peux sortir et juste profiter de l'herbe, des arbres, d'un coin paisible où personne viendra m'emmerder. Mon cerveau se met en mode automatique, parce que c'est devenu fatiguant pour moi d'être aux commandes, et je ronge ma viande jusqu'à la dernière miette avant d'avaler tous les légumes. Normalement je suis pas trop porté verdure, mais là je peux sentir tout mon corps pousser un soupir de soulagement d'avoir enfin un peu de fibres à mon régime. Et cette sauce putain... Une tuerie ! Sans parler du goût de la viande cuite, qui me ferait presque chialer tellement c'est bon. Je prends mon temps pour lécher le plat et me sucer les doigts avant de rentrer poser tout ça dans un coin. Faut pas rêver, je récure pas mon écuelle.

Un brin de toilette et des vêtements propres, me voilà presque présentable. Je prends le temps de retirer les bandages et jeter un œil aux plaies. C'est plutôt propre, pas toujours joli mais au moins ça va pas gangrener. Du coup je remets du bandage aseptisé sur tout ça et de descends rejoindre Charles. Il est à son bureau, en train de gérer les derniers détails avant son absence. Pour être honnête, c'est pas plus mal qu'il parte, je crois que j'ai besoin d'un peu de temps pour me remettre dans l'ambiance bourgeoise et ça me ferais chier de me prendre la tête avec lui. Donc je profite de sa présence pour me tartiner la conscience de baume apaisant, en restant dans son giron, en silence, et comme ça je pourrais cicatriser pendant ses vacances. Tout le monde y gagne.

En fin de compte, c'est l'heure du départ. Je me lève quand il se lève, je vais dans le hall d'entrée à sa suite et puis je me plante sur les marches du perron, les mains dans les poches, pour le regarder partir. Les valises sont déjà dans le coffre de la berline. On échange un regard, tout ce qu'il a à me dire il peut le faire dans ma tête. Je hausse les épaules, l'air de dire "si ça te chante", mais j'ajoute quand même :

— Traîne pas trop à revenir.

Ma façon à moi de lui souhaiter bon voyage et qu'il va me manquer. Comme je suis un toutou bien dressé, je l'attendrai sur le perron, le soir de son retour. Je promet pas d'être sage, mais je ferai gaffe à... 'Fin à pas être trop extrême.

Arno nous rejoint, puis finalement le gosse avec les cheveux trop longs. Je le regarde passer devant moi sans bouger d'un pouce. Il a l'air moins taré que la première fois, mais comme je m'étais pas trop attardé sur son cas, je peux pas vraiment juger. Le truc qui me chiffonne c'est : qu'est-ce qu'il fout là ? La baraque est supposée être vidée de toute présence mortelle, je suis un genre d'exception qui confirme la règle parce que Charlie est capricieux, mais un deuxième caprice, ça lui ressemble pas vraiment. Quelque chose de louche se cache là-dessous et je crois bien qu'Arno pourra m'en dire plus. J'aime pas trop son look, il a l'air précieux, fragile et discipliné, le genre d'esclave qui me donne la gerbe.
Et puis histoire que je termine de pas l'aimer, voilà qu'il se jette en avant sur le boss pour lui chialer je sais pas quoi à propos de sa mémoire... C'est plus fort que moi, je grogne en fronçant le nez. Hé, pas touche gamin ! T'es louche, je t'aime pas, alors t'approche pas de mon vampire sadique.

Le larbin me retient pas quand je descends les marches, le regard noir, une raideur agressive dans chacun de mes pas. Sans douceur, j'attrape la corne la plus longue qui dépasse de sa tête et le tire en arrière pour le décrocher de Charles. Sérieux, je vais devoir partager la maison avec lui ? On va bien rire !

— T'inquiète, je peux m'en occuper. En frappant assez fort ta jolie petite gueule contre un mur, on arrivera bien à te faire oublier des trucs.

Un sourire un peu cruel me tire les lèvres quand je le vois paniquer rien qu'à l'idée qu'on m'autorise à le faire. C'est clair que ça ruinerait un peu sa bouille de poupée parfaite. J'inspire un grand coup avant de revenir à Charles, qui doit donner son verdict. Qu'on en finisse rapidement.

— Soit tu lui as roulé dessus plus fort qu'à moi, soit t'as choisi un fragile. Si tu lui as refilé des cauchemars et qu'il me réveille la journée en chialant, y a des chances qu'il soit plus là à ton retour...

Moi je suis trop têtu pour me laisser démolir par les petites illusions mesquines, mais c'est sans doute pas le cas de tout le monde. Aller boss, rends-moi service, me laisse pas un jouet défectueux. Tu sais bien que je vais lui en faire baver, ça serait moche de le faire partir avec un handicap dès le début.


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Amduscias le Blanc
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Amduscias le Blanc
MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Jeu 5 Oct 2017 - 18:54

Tu n’as jamais dormi en présence d’un autre être vivant, dans ton lit tu veux dire, car Drake avait sa place devant la cheminée, en voilà une vérité. Ton sommeil est tout aussi calme qu’habituellement, sur les rives grises où tu dérives sans corps ni esprit, ton asile, là où tu te reposes et recouvres tes pouvoirs. Cet océan est apparu peu après la mort de ton père, son assassinat devrais-tu dire. Comme un garde-fou, une protection, un lien de repos et de recueillement où tu peux dormir sans que l’agitation extérieure ne t’atteigne, et c’est mieux ainsi. Si tu rêvais, pas de doute que tu serais épuisé au réveil ; tu as besoin de repos, tes mécanismes mentaux sont complexes à exécuter, et le récent manque de sang t’a affaibli. Tu t’étonnes d’ailleurs d’avoir si bien assimilé le « don » de ton chien, à croire que tout n’est qu’une question de volonté ; les dieux n’auraient rien à voir là-dedans ?
Drake a des sursauts dans ses rêves, mais cela n’est pas suffisant pour ouvrir tes paupières. Curieusement tu n’es pas dérangé par sa présence. Il est lavé, et puis les chiens dorment au pied de leur maître n’est-ce pas ? Parfois même sur leur lit. Tu t’es vite fait à cette idée. Très vite, comme si tu en avais besoin. C’est sa place, tu y consens sans arrière-pensée ni détour. Lève-tôt, mais pas assez tôt pour devancer les habitudes du canidé, tu passes la nuit dans ton atelier à étudier les plans des nouveaux chantiers, à passer des appels téléphoniques et à faire des tests pour une nouvelle chaîne en or extra-fine qui devra accompagner ta « nouvelle collection ». Tu es plus doué avec les diamants, mais tu t’imposes le supplice de l’or par ambition.

Le manoir est calme pour ta satisfaction, tu n’aurais pas été disposé à souffrir hurlements et rires aujourd’hui. Dans la douche, tu prends le temps d’hydrater ta peau fragile et d’enduire tes magnifiques cheveux cotonneux d’un onguent pour conserver leur douceur et leur brillance, puis tu enfiles un costume noir de voyage, sobre, efficace, avec une touche personnelle : une cravate écarlate et tes gants de velours accompagnés de leur chevalière au diamant. Tu portes le catogan comme aucun autre, et quand vient l’heure Arno a déjà démarrée et chargée la Dodge Custom ; oh tu voyages léger, et la Citroën ne prend pas l’avion, encore moins le bateau, surtout pas le parking.

Tu ne t’attardes pas sur la mise en scène ridicule de ton majordome qui fait en sorte que ton chien et le serpent soient sagement venus te dire au revoir et contre leur volonté, mais peux-tu en vouloir au protocole ?
Il ne te faut qu’un regard à Drake pour que ce qui devait être dit soit dit ; tu espères qu’il sera là à ton retour, et sa réponse te convient, bien que tu ne décideras pas de ton retour en fonction du souhait de quiconque. Ton regard glisse, glacé, imperturbable et dur, sur la silhouette fine et fatiguée de Samael. Passe sur le torse d'Arno. Tu te détournes et ouvres la portière dans l’intention d’y passer ta jambe droite quand la créature que tu as failli dévorer te cramponne le bras en blasphémant. Tu retiens un mouvement de dégoût avant de comprendre sa requête. D’ordinaire tu adores qu’on te supplie, cela ne fait qu’achever ton extase, mais cette nuit tes pensées sont autres. Détruire ses souvenirs ? Mais rien n’est jamais détruit absolument.

- C’est impossible.

Révèles-tu dans un premier temps en accrochant son regard de tes yeux d’or, lampes-tempêtes.

- Des cauchemars…

Dis-tu simplement, comme pour toi seul, étudiant la parole de ton chien bien plus fidèle qu’à l’accoutumée.

- Veille à lui inculquer quelques rudiments de vie afin que son âme cesse de s’effriter. Je déteste que les choses traînent par terre…


Te voilà en monstre méchant, délaissant d’attention ton si précieux enfant démoniaque quand tu as tant désiré son corps. Mais ce n’est que pour mieux revenir à lui. Il tremble, lutte, retient des larmes folles. Tu en as assez, c’est assez. Ton index effleure son menton dans une caresse de velours froid et tu lui fais lever le visage pour accentuer ta position de maître et dominant.

- Rien n’est à jamais dissout dans le néant. Toute chose détruite subsiste par le fait qu'elle ait simplement eut une existence. Le vide n’existe pas. Mais je peux soulager l’espace de ce souvenir. Ce sera…infiniment douloureux.


Il est prêt à cela, bien évidemment. Tu n’as qu’à appuyer un peu sur la chair de ses joues pour le sentir. Il ne désire que cela, ardemment, fiévreusement.
Serpent noir aux écailles sans éclat pour mieux se tapir dans les ombres, tu entres en lui avec une facilité déconcertante ; l’habitude désormais. Il ne se débat pas mais demeure attentif et tu sais que les scènes sanglantes sont à l’affut du moindre frôlement des portes de sa mémoire. « Il va falloir me laisser entrer là. » Ta voix est chaude, incitative. Il ne résiste guère longtemps et tu passes par le trou de la serrure.
Là.
Ce monde caché se dévoile enfin. Sélection génétique extrêmement rigoureuse, préservation, isolement dès le plus jeune âge…mais tu ne comprends pas pourquoi, jusqu’à voir, de dos, la silhouette de l’homme que tu hais le plus sur cette terre putride. Empuse. Tes dents claquent dans sa tête, sensation désagréable tant pour lui que pour toi. Ils sont ensemble, dans une pièce aseptisée, il lui donne des leçons de français…de mathématiques et de mythologie…Tu frissonnes. L’ignominie qui se met progressivement à nu devant toi te glace. Du bout des cornes, jusqu’à son nom, en passant par sa plastique, il t’a été destiné. Depuis le début. Pour toi. Pour te faire tomber. Pour que cet immonde bâtard puisse prendre ta place après que tu aies consommé tout ce qu’il avait pris soin de réserver de côté ; repas froid qui ne saurait être mangé sans précaution. Tu voudrais t’attarder mais tu en as déjà bien assez vu. Tu suis la chronologie, t’écœures devant ses moments d’intimité à s’exciter sur le vampire qui ne céda jamais, jusqu’à son arrivée chez Romero, puis chez toi ; son faible évident pour toi. Et tu connais la suite.
Tu traces la route jusqu’à ta très brillante et puissante illusion.
Là.
Tu le tranquillises, uses de ton pouvoir de charme pour soumettre son corps et apaiser ainsi son esprit. Tu n’as pas fait ça depuis longtemps, c’est une tâche ardue, loin d’être à la portée du premier venu. En Asie, cette technique est utilisée sur le Marché Noir pour créer des hybrides de combat enragés…Le challenge est nettement moins épique ici.

Tu concentres tout ton savoir et toute ta dextérité et tire sur le fil du souvenir qui se décolle comme de la peau fraîche. Les vieux souvenirs sont plus faciles à exterminer, ils tombent en miettes, comme de la croûte sèche…Ici la plaie saigne, suinte, tu n’éponges ni ne temporises, tu tires encore dessus, d’un coup sec, jusqu’à ce qu’il ne reste plus à son emplacement qu’une dalle blanche, teintée de sang. Alors tu sors un mouchoir de ta poche, celui-là même qui avait essuyé la blessure à la fermeture-éclair, et tu essuies. Quand le sol est immaculé, tu t’extirpes de là et clignes une fois des yeux en reprenant pied dans ton corps.
Samael est en nage, tu le relâches ; tu n’as jamais aimé la sueur.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Jeu 5 Oct 2017 - 20:16



La main du chien me tira la tête en arrière, de la plus humiliante des façons et ses paroles, suivies de celles de Charles, me remplirent d'un vide glacé. Jusqu'à ce que la main de velours froid du vampire me fasse relever le visage vers lui, intensifiant la raideur de ma nuque dans un inconfort dont je ne me souciais guère. Je dois avouer éprouver un sentiment de reconnaissance envers la poigne du chien qui me tenait par une corne, sans laquelle je me serais probablement effondré au sol comme un plan de tomates subitement privé de son tuteur. Charles avait accepté de faire quelque chose pour moi.

Le soulagement puissant baigna mon cerveau malade dans un sentiment d'amour irraisonné, tant pour l'homme en noir que pour le vampire auréolé de lumière. J'hésitais encore un instant à lui céder l'accès aux portes qui le mèneraient vers mes souvenirs, sachant qu'Empuse serait présent dans chacun des tableaux devant lesquels Charles passerait. Puis l'égoïsme l'emporta, mon salut personnel m’apparu plus important que la sauvegarde d'une mission secrète dont la réussite était de toute façon sans espoir à présent.

Et je lui cédais le passage, nettoyant son chemin des ignobles chimères que j'avais mis des années à nourrir et à faire grandir.

J'appris ce jour là que les paroles de Charles d'Ozran n'étaient jamais à prendre à la légère : la souffrance fut sans précédent. Son assaut mental baigna de douleur mon corps et mon cœur. La suppression du souvenir que je ne saurais désormais plus décrire me délesta du marasme émotionnel qui en avait découlé.

Lorsqu'il me quitta, laissant derrière lui un trou vaporeux mais calme, je m'écrasais lentement contre celui qui se tenait derrière moi. Mes paupières vacillèrent et je formulais quelque mots pour Lui, d'une voix enrobée de soulagement reconnaissant.

« Je suis désolé... Merci, Charles d'Ozran... »

Je n'étais pas censé parler Français, pas plus que je n'étais censé connaître son prénom. Mais il savait à présent, et pourtant, j'étais en vie. Alors à quoi bon maintenir l'illusion, pour peu qu'il y ai été sensible un jour... ?

Avant de perdre connaissance, j'adressais une prière à qui voudrais bien m'entendre.

S'il existe une place pour moi auprès d'eux, faites de moi un être digne de l'occuper.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Ven 6 Oct 2017 - 20:58




Je réceptionne le colis sans m'émouvoir de sa situation, pas trop porté sur l'empathie depuis quelques temps. Je lui évite juste de se ratatiner au sol et de finir sous les roues de la voiture en le soulevant comme un sac à patate jusqu'à mon épaule. Plus facile à transporter. Charles monte dans la bagnole, je lui adresse un dernier signe minimaliste de la main et fais demi-tour pour retourner au manoir pendant que le moteur vrombit et s'éloigne de plus en plus. Arno lève les yeux au ciel, visiblement agacé de voir que la princesse est tombée dans les vapes et me laisse me démerder avec le colis.
En passant la porte d'entrée, je me retourne pour l'interpeller :

— Je veux avoir ma chambre à moi. Quand le patron rentrera, je retournerai pioncer sur son lit mais pour les siestes et quand j'ai envie qu'on me foute la paix, je veux un coin à moi. La chambre au fond du couloir, qui donne au-dessus de la véranda.

Crâne d’œuf fait la gueule, mais comme c'était pas une question et qu'il a pas que ça à faire de se battre avec moi, il m'envoie au diable et me lâche que la chambre est à moi à la seule condition que je ne la détériore pas trop et que je n'y stock rien de sale. Je suis pas mister toqué de la javel, mais j'aime pas non plus vivre dans la crasse, qu'est-ce qu'il croit ?
Je grimpe les escaliers avec mon fardeau sur l'épaule et je le jette sans considération en travers de mon nouveau lit. Quand il se décidera à se réveiller, il faudra qu'on parle un peu lui et moi. En attendant, y a des petits travaux d'aménagement à faire dans la pièce.

La chambre est assez vaste, quoi que ce ne soit pas la plus grande de toutes, et la grande fenêtre qui perce le mur face à la porte donne sur le toit de la véranda. Un toit solide avec des lierres contre le mur et une gouttière pour monter ou descendre à ma guise. On va éviter de trop utiliser ce passage, mais c'est bien qu'il soit praticable. Au cas où. En plus le rebord de fenêtre est tellement large que je peux confortablement poser mon cul dessus. J'ai une bonne vue sur l'arrière du domaine, ça c'est vachement cool, et comme je suis au bout du couloir, c'est un coin tranquille.
Dans les armoires, que du vide, mais Arno a la bonne idée de me monter tout ce que je peux avoir comme affaires et qui étaient cachées dieu sait où jusqu'à présent. Trois jeans, trois t-shirts noirs, un pull à col roulé, un costume noir à cravate rouge - hey je le reconnais celui-là ! - et deux colliers différents. Il m'explique qu'ils avaient été commandés avant mon départ. Pas de pistage GPS ni de système électrique, c'est juste des colliers pour chien un peu plus classe que la moyenne. Le premier est en cuir noir avec un repoussage discret pour lui donner une texture d'écailles. Certaines écailles ont été martelées à la feuille d'or, rien que ça. Le deuxième c'est une sorte de lanière tressée sur laquelle on a cousu une fine chaîne en argent tout autour. Charlie et ses trucs bling-bling...

Je vire les draps à frou-frou, et la décor vieillottes - y a des bibelots moches partout dans ces chambres à la con - pour faire place nette. Inutile de dire que je vais pas coller des poster partout, mais d'ici à ce que le patron rentre, ça ressemblera plus à une tanière qu'à une salle d'attente pour victime sacrificielle.

Finalement la belle au bois dormant finit par sortir du coma. Il se redresse sans comprendre où il se trouve et je ne lui laisse pas le temps d'ouvrir. Je bondis sur le lit et le plaque contre le matelas en m'asseyant sur son ventre, une main sur sa bouche. Pas de bavardage inutile ou de sanglots de merde, j'ai pas envie d'entendre à quel point il est malheureux. Et puis j'ai pas beaucoup de pitié pour ce petit enfoiré, en me déposant les vêtements Arno m'a expliqué que c'est entièrement de la faute de cet hybride si tout part en couille.
J'ai pas les mains douces, le bandage est rêche, mes phalanges sont abîmées et j'ai la brutalité des gens qui ont l'habitude qu'on se débatte avec force. S’il voulait un câlin, il est mal tombé.

— La ferme. Charles est parti, t'es dans ma piaule. Faut qu'on cause.

J'attends deux secondes que les infos fassent le tour de sa tête.

— Ici c'est chez moi. Toi, tu t'es juste tapé l'incruste pendant que j'étais parti. Si j'avais été là, ça serait jamais arrivé. Mets-toi un truc dans le crâne avant d'essayer de faire une connerie : t'arriveras pas à me virer et tout ce que tu me feras, je te le ferai subir au triple. T'es qu'un parasite qui m'démange, la seule raison pour laquelle on t'as pas foutu dehors avec un coup de pied au cul, c'est parce que Charles a décidé de te garder.

Il m'a attrapé le poignet, mais je sais pas si c'est pour me faire virer ma main ou juste par réflexe, parce que je sens pas de pression. Je me penche sur lui, le flaire sans me gêner avant de froncer les sourcils.

— Je sais pas ce que t'as fait au cerveau du patron pour qu'il soit comme ça, mais je te laisserai plus jamais foutre la merde. Ta place, tu vas devoir la mériter. À partir de maintenant, je te garde à l’œil et t'as intérêt à filer droit. Tu piges ? Maintenant dis-moi qui t'es et ce que tu branles dans cette maison depuis que t'es arrivé.

Je lui demande pas poliment, je m'en fous de le vexer ou de lui faire peur, j'ai juste envie d'avoir des réponses. Courtes, efficaces et véridiques.


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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Ven 6 Oct 2017 - 21:31



Je me réveillais dans un lit propre, avec la certitude que quelqu'un m'avait préservé de m'écraser contre le gravier de la cours : je n'avais mal nul part et mes vêtements étaient aussi chatoyants que lorsque je les avais enfilé, un peu plus tôt.  J'eus à peine le temps de décoller mon visage de l'oreiller, d'hausser un sourcil en voyant la petite trace de bave que j'y avais laissé, et de me retourner en prenant appui sur mes coudes pour poser mon regard sur l'occupant de la pièce que celui-ci me bondissait dessus comme un beau diable.

Les habitants de ce manoir avaient décidément tous un goût prononcé pour m'enfoncer dans les draps.

Encore un peu groggy et pas le moins du monde porté sur la joute physique, je le laissais s'installer sur mon ventre tristement vide et fronçais le nez en louchant un peu sur sa main. Contre ma peau lisse comme le verre, son bandage me faisait l'effet d'une feuille de papier à poncer, et l'odeur qui se dégageait de cette partie de lui me tordit un peu les boyaux.

Il était en train de pourrir ou quoi... ?

J'assimilais calmement toutes les informations qu'il me donnait, devant pour cela réunir des trésors de décryptage pour décoder son langage. J'étais donc dans sa chambre... Ma main se posa sur son poignet pour tenter de lui faire comprendre qu'il pouvait enlever sa main de ma bouche, qu'il n'avait pas besoin de me bâillonner pour que toute mon attention lui soit accordée. Je n'étais ni dépositaire d'un agenda trop rempli, ni l'heureux détenteur de nombreuses entités avec qui bavarder...

Même si je devais avouer être un peu déçu : la lucidité revenue à sa juste place dans ma cervelle toute propre, il m’apparu que celui que je pensais être un sauveur ne l'était en rien.

Je le regardai se pencher sur moi, plus immobile qu'un bloc de cristal, et bus ses dernières paroles en regardant voler un postillon au dessus de ma tête. Finalement, face à mon silence, il sembla se rappeler que je ne possédais pas de pouvoirs télépathiques et que s'il voulait entendre ma voix il lui faudrait ôter sa main de ma bouche. A cet instant, je ne savais pas encore comment m'exprimer face à lui. Je n'étais, à vrai dire, entraîné qu'à communiquer avec Empuse et Charles d'Ozran.... Et le fiasco qui avait eu lieu avec ce dernier avait eu le mérite d'amorcer un processus de remise en question...

« Bonjour à toi aussi... Dis-moi, je te pensais être le chien de Charles... Mais à tes mots tu m’apparais comme une femme trompée, jalouse et prête à partir en guerre pour conserver sa place. Suis-je donc si menaçant ? »


… Mais, même avec la plus pure des volontés du monde, on ne passe pas de raclure à angelot en moins d'une heure. Un petit sourire en coin apparu sur mon visage et, voyant sa figure balafrée marquer un temps de pause, j'étouffais un petit rire.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Ven 6 Oct 2017 - 21:58



Je me redresse sans trop en croire mes oreilles. Il est sérieux ou il est juste con, ce mioche ? C'est parce que Papa est parti qu'il se met à jouer les durs ? Ou peut-être qu'il vient de se rendre compte qu'il a une paire de couilles et qu'il faudrait s'en servir un jour ou l'autre ?
J'aime pas les poupées de porcelaine qu'on garde bien à l'abri de la gadoue et de la poussière pour les tringler de temps en temps en s'extasiant sur les merveilles de la génétique. C'est toujours ceux-là qui se sentent plus pisser et qui pensent qu'ils valent mieux que tout le monde. Des vrais lèche-culs qui vous mènent la vie aussi dure que les vampires parfois.

SBAFF !

Ma main est partie toute seule, avec une violence sans doute inutile mais que je contrôle qu'à moitié. Elle lui retourne le visage sur le côté, le décoiffe, lui rougit la joue. Il porte une main à son visage barré de cheveux et ouvre la bouche pour dire un truc, mais je lui en retourne une autre, sur l'autre joue pour pas faire de jalouse. Si c'était mon poing qui était parti, il aurait sans doute perdu une dent.
Pourtant je le regarde sans montrer les crocs, ma tronche de blasé maintenant accrochée sur le visage.

— C'est bon, t'es réveillé là ? Nan parce que je t'ai entendu raconter des conneries alors j'ai pensé que tu dormais encore.

Je me redresse pour m'installer sur mes talons - enfin, ça serait le cas si lui il était pas sous mon cul - et je croise les bras. Il peut rien faire contre moi, alors autant qu'il me donne ce que j'ai envie. Après ça, je le foutrais dehors pour aller manger un bout parce qu'il commence à faire faim.

— Je recommence, juste au cas où tu serais un peu débile sur les bords : t'es sur mon territoire. Le jardin, la baraque, c'est chez moi. Tu baises avec Charles si ça te fait plaiz, mais rêves pas, tu fais pas la loi. Alors même si tu fais un gros caprice, espère pas me voir dégager. C'est toi qu'est sur le siège éjectable, chéri. Me fais pas chier et on s'arrangera peut-être, chie-moi dans les bottes et je noierai dans la merde. C'est bon là ?

C'est fleuri, c'est frais, c'est délicat, c'est du moi tout craché. Même les neuneus du gang des Moches ils ont rapidement compris alors je lui souhaite de faire de même.

— Maintenant, si tu veux pas que je t'appelle Caporal Sous-merde, tu vas me donner ton nom. Et si tu veux pouvoir dormir correctement dans les jours à venir, je te conseille de me dire ce que t'as foutu comme bordel ici.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Ven 6 Oct 2017 - 22:34



L'effronterie ne fonctionnait impunément que sur Arno, et cette leçon s'imprima d'une façon qui commençait à me devenir familière : par la force. Si je m'attendais à peu près à la première gifle, la deuxième me fit en revanche tressauter de surprise, plus fort que si j'avais simplement eu mal. Cet homme là était féroce, et il ne possédait ni la retenue aristocratique de Charles ni la patience d'Arno. Si je ne voulais pas finir en hématome géant -quoi que le processus fut déjà bien entamé- j'allais devoir ravaler mon acidité, quitte à m'étouffer avec.

L'un des points sur lesquels il insista me ramena toutefois à l'ordre avec plus d'efficacité que ses coups, et une exclamation m'échappa.

« Non ! Tu te trompes ! Je n'aspire pas à ton départ ! »

Peut-être avais-je encore quelques restes de démence... Car l'une de mes mains jaillit vers son ventre pour s'accrocher à son T-shirt. Mes doigts se crispèrent, la moquerie de mon visage disparut pour laisser place à une stupeur teintée de peur. Non, je ne voulais pas que le chien parte. Même s'il était grossier et violent, il restait...

« Je ne suis pas idiot, pas plus que je ne couches avec Charles. Si je faisais la loi ici, crois moi je ne serais pas dans cet état. Et... Je m'appelles Samael. »

Le calme me revint au fil des mots, et je lui adressais un sourire piteux en baissant les yeux sur son ventre. Il me faisait les gros yeux, et je compris un peu tard que ma main n'était pas la bienvenue, ainsi épinglée à son vêtement. Je la retirais donc, hésitait à la poser sur sa cuisse... et jugeais finalement que si je voulais conserver cette partie de moi, je ferais peut-être mieux de la poser sur le lit.

Je tentais mollement de m'extirper de dessous lui, me tortillant tel une anguille avant de finalement m'avachir de nouveau contre l'oreiller dans un soupir.

« Samael, fils de Bélial, serpent tentateur, ange de la mort, venin de dieu, Prince de l'air... Tu pourras demander à Charles, il t'expliquera : je crois qu'à présent il connaît ma vie mieux que moi-même. Et toi, tu es... Cerbère, gardien des enfers ? »

Une moue piteuse se forma sur mon visage dans une tentative d'établir une connexion sympathique... Mais je n'étais guère doué pour ce genre de mimique, alors qui sait... Peut-être avais-je l'air d'une grenouille écrasée ?

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Ven 6 Oct 2017 - 23:07



Cette fois, quand il ouvre le bec, c'est avec un poil plus de respect. J'attends pas qu'on m'appelle "monsieur" et qu'on se courbe devant moi, mais c'est pas un merdeux qui tombe dans les vapes n'importe comment qui va pouvoir se permettre de se foutre de ma gueule en permanence. Je me détends un peu, même si ça ne me plait pas trop qu'il s'accroche à moi comme il le fait. On est pas copain, me touche pas.
J'avoue par contre que le coup du "je veux pas que tu partes" je ne l'avais pas vu venir ! Peut-être qu'il se paye juste ma tronche, mais il a l'air un peu flippé par l'idée de se retrouver en tête à tête avec Charles. On verra bien dans les prochains jours, pour l'instant je veux bien le croire. Il sait faire forte impression le patron, faut admettre.

Quand il me sort qu'il n'est pas idiot, je me retiens difficilement de hausser un sourcil septique. Faut quand même être un peu attardé pour se mettre à dos toute la maison. Ok, moi aussi je me suis mis tout le monde à dos, mais moi au moins je sais me défendre ! C'est un comportement parfaitement calculé ! Lui il est juste... Inconscient.

Il me donne son nom, je hoche la tête et puis je toise son bras comme si je voulais le faire fondre du regard. Aller morveux, lâche-moi maintenant. C'est pas parce que je suis assis sur toi et qu'on est dans un lit que tu dois te permettre de me tripoter. Et c'est quoi cette danse de ver de terre, t'essaye de me faire bander ou quoi ? Je bouge pas d'un poil, il a pas terminé son histoire et je suis un peu têtu dans mon genre. Heureusement il abandonne rapidement.
La vache, c'est possible d'avoir autant de noms ? Et puis pas n'importe lesquels : ange de la mort, prince de l'air... Tu m'étonnes qu'il pète plus haut de son cul si on lui a fourré des idées pareilles dans la tête ! Encore des bondieuseries de taré comme Blondie les aime tant. De ce que j'en comprends, ce gosse est un genre de poupée gonflable vivante, un fantasme ambulant pour tous les zinzins de la secte. Et comme le boss est le plus zinzin de tous, il s'est laisser avoir.

Je sens le coin de mes lèvres qui se redresse dans un de ces sourire de sale con que je sais faire comme personne. Ma façon à moi de me dérider. Je suis pas trop rancunier, il a compris le deal et m'a donné ce que je voulais, alors pas la peine de grogner plus longtemps, les baffes suffisent.

— Ouais, quelque chose comme ça. Je garde un œil sur ce qui est à moi, c'est difficile de m'échapper. Drake. C'est moins long que Cerbère.

En français c'est Dragon. Je m'en souviens parce que Charles s'en souvient.
Je me lève, descends du lit et attrape la princesse par le poignet pour le relever et le mettre debout lui aussi. Un petit coup sur le col de sa robe (C'est bien une robe non ? Ou un genre de peignoir...) pour le défroisser et il est comme neuf. Il a même bonne mine grâce aux gifles ! Hé, je suis pas gentil quand même ? Je passe dans son dos et le pousse vers la sortie.

— Bon, première règle : ici c'est ma piaule. Bientôt ça sera le bordel, mais c'est mon bordel à moi. Personne rentre sans ma permission, pigé ? Ni toi, ni Arno, ni Charlie. Personne. Respecte ça et on pourra devenir potes.

Je le mets dehors et sors à sa suite pour refermer. De toute façon y a plus rien à faire dans cette pièce, la prochaine étape c'est la cuisine. En tout cas pour moi. Je dépasse Samael en lui donnant une bonne craque sur le cul, façon jument sur le marché, et je me dirige vers les escaliers pour redescendre au salon. Une odeur de cuisson monte doucement, Arno est peut-être en train de faire la popote. C'est ma chance d'avoir du rab avant l'heure !

— Aller crapaud, à plus. Y a un truc en cuisine qui m'appelle.

Je m'inquiète pas plus de lui et descends les premières marches d'un pas tranquille, le nez en l'air pour essayer de deviner ce qui mijote. Viande... Viande blanche ! Quoi, on bouffe du poulet ce soir ?

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Sam 7 Oct 2017 - 0:05



Lorsque Drake me tira hors de son lit par le poignet, mon cerveau formula une étrange onomatopée avoisinant quelque chose comme : « Woooaaaah Wow ! » qui ne passa toutefois pas mes lèvres. Je n'eus rien le temps de dire que déjà le chien se prenait d'une envie de m'épousseter... Puis de me pousser... Puis de me claquer les fesses. Tant de tripotage me gratifia d'une frôle de grimace, sourire tordu, menton rentré et regard par en-dessous, et je regardais la boule d'énergie s'éloigner, une lueur amourachée dans le regard et...

...une main me frottant les fesses.

¤

Je n'étais pas descendu aux cuisines et avait regagné ce qui me servait de chambre pour y faire une sieste paisible. Mon repos avait été troublé par l'irruption d'Arno qui m'apportait un simple bol de riz blanc, le posant sur ma table de nuit avant de repartir à ses obligations. Pas de légumes, pas de sauce ni d'assaisonnement : ce repas insipide laissait présager des petits actes vengeurs auxquels s'adonnerait le majordome. Toutefois, j'étais affamé, et ne fis pas la fine bouche, vidant le bol sans y laisser le moindre grain...

Je ne pus en revanche retenir un regard assassin lorsqu'il me gratifia du même repas, le soir venu. Comptait-il me nourrir ainsi jusqu'au retour de Charles ? A son léger rictus satisfait, je compris que telle était bel et bien son intention.

Mon repas terminé, je fis un passage par la salle de bain pour me rafraîchir de mon... inactivité prononcée et enfilai le léger kimono qui me servait de vêtement de nuit. Propre comme un joyau poli, je retournais dans ma chambre, croisant sur mon chemin Arno qui me lança un regard suspicieux, et refermais précipitamment la porte comme un fautif.

Au bout d'une heure, las de tourner en rond, je ressortais sur la pointe des pieds pour aller tout au bout du couloir, toquer quelques petits coups à la porte de Drake. Puis quelques petits coups de plus. Et encore. Et encore. Et encore, jusqu'à ce que je comprennes, à la présence dans mon dos, que Drake n'était pas dans sa chambre. Me retournant doucement, les fesses contre la porte, je regardais ses pieds en éprouvant une drôle de sensation de gêne qui ne m'était pas familière.

J'en perdis même mon aisance vocale, à ma grande stupéfaction.

« Euh... Drake ? Est-ce que je peux venir avec toi dans ta chambre, un peu ?... »


J'avais chaud aux joues et, devant l'étrangeté de mes réactions physiques, je fronçais les sourcils, nouant mes mains dans mon dos pour m'empêcher de les poser sur mon visage. D'un regard par en-dessous, je relevais les yeux vers le chien, un peu...

Timidement ?

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Sam 7 Oct 2017 - 18:49



J'aime bien le fait de ne plus me prendre des coups de taloche dans la gueule et de ne plus avoir à manger de viande crue. Mais le manoir est tellement calme que ça en devient chiant. Du coup après mon repas de sauvage, je suis sorti faire une longue, très longue promenade dans le parc, histoire de me défouler un peu. À mon retour j'ai ramené avec moi un lapin qui avait eu la mauvaise idée de sortir de son trou et comme Arno préfère s'acharner sur la sauterelle en robe plutôt que sur moi, il m'a aidé à le faire cuire correctement. Un beau lapin pour moi tout seul, si c'est pas le bonheur ça !

J'ai gardé la fourrure, je l'ai bien raclée, j'ai plus qu'à la faire sécher à ma fenêtre, et j'ai ramené d'autres trucs que le vieux va sans doute considérer comme de la crasse, mais ça m'empêchera pas de les garder. J'ai les bras un peu chargés quand j'arrive devant ma porte, heureusement il semble que j'ai de la visite. Qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ? Bah, il pourra au moins ouvrir la porte. Et faut rester positif, il demande la permission pour entrer. Ça mérite un petit effort, non ?
D'un mouvement du menton je désigne la porte.

— Ouvre, j'ai pas les mains libres là.

J'entre dans la chambre sans lui adresser un regard, pour aller déposer tout mon bordel sur la table près de la fenêtre. Branches tordues, plumes, la peau de lapin encore fraîche, des os bien blanchis maintenant que je les ai fait bouillir, j'ai même récupéré le crâne.
Rapidement je récupère deux cintres en fer dans mon armoire et je me mets à les déformer pour leur donner l'allure d'un cadre. C'est pas du grand art, mais c'est bien assez pour ce que je vais en faire. Me reste plus qu'à attacher la fourrure, bien étirée, et la mettre sur mon bord de fenêtre pour que le soleil la sèche. La bestiole était toute grise, son poil est super doux, je sais pas encore à quoi il va me servir mais je lui trouverai une utilité.

J'en suis à attacher les extrémités de la peau sur le cadre quand je me rappelle enfin qu'il y a quelqu'un d'autre dans la pièce. La petite princesse de Charles a pas encore ouvert la bouche et vu comme elle me regarde, c'est pas tous les jours qu'elle voit quelqu'un mettre les mains sur des ossements.

— Quoi ? T'as jamais vu du lapin de ta vie ?

Un dernier nœud bien serré et voilà le carré de fourrure tout étendu sur son cadre. Côté viande c'est pas très ragoutant, mais côté poils c'est comme une peluche. Je m'essuie les mains avec un torchon.

— Tu voulais un truc ou c'est juste ma merveilleuse compagnie qui t'a attiré ici ? Tiens, attrape.

Je lui lance le crâne du rongeur, lisse et blanc, pour qu'il le réceptionne. Plus une trace de chair là-dessus, c'est difficile d'imaginer qu'il y a quelques heures c'était encore un animal vivant qui trottinait dans les bois au fond du domaine. C'est la vie, faut rester vigilent pour pas se faire bouffer.
Lourdement, je laisse tomber ma carcasse sur le lit, la tête dans les oreillers et je m'étire jusqu'à entendre mon dos craquer. Oooh c'est bon ça !

— T'es content que le boss se soit tiré ?

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Sam 7 Oct 2017 - 20:07



Mes mains tâtonnèrent contre la porte jusqu'à en trouver la poignée et je me retournais ensuite vers le pan de bois, navré de mon incapacité à faire les choses dans le bon ordre. J'entrais devant Drake pour lui tenir la porte et la refermais derrière lui, après quoi je me plantais au milieu de sa chambre avec l'élégance d'un poireau persuadé d'être le roi du potager. Lorsque le détail de ses effets m’apparus, j'ouvris un peu la bouche, médusé. Que comptait-il faire avec tous ces détritus ?

Je ne répondis pas tout de suite à ses questions, trop occupé à froncer le nez pour manifester mon dégoût. Lorsqu'il me lança un... Est-ce que c'était un crâne ? Par Bélial, c'était un crâne ! Je jonglais un peu avec la petite chose, comme si le fait de la garder en main allait me faire attraper le trépas de façon anticipée. Puis, finalement, j'arrêtais de sautiller sur place et conservais l'os en le cachant entre mes mains comme s'il allait s'envoler. En m'approchant de son lit, un sourcil levé dans une mimique de jugement dernier, je laissais tomber mon verdict.

« C'est tout à fait dégoûtant, Drake ! Est-ce que tu comptes transformer ta chambre en cabane de sorcière vaudou ?... Si c'est le cas, je veux bien une poupée à l'effigie d'Arno... »

J'avais soufflé ma dernière phrase un peu moins fort, de peu d'être entendu par le majordome et, à présent debout près du lit du chien, je lui déposais le crâne blanc et lisse sur le torse. D'une œillade vers le bord de son lit, je lui demandais la permission de m'y asseoir. Il accepta, et je notais pour moi-même que peut-être...

Peut-être que les gens acceptaient plus facilement les demandes lorsqu'elles étaient demandées poliment et sans être ordonnées.

Dans un bruit mou, je m'asseyais sur son matelas, recouvert de draps aussi blancs que le tissu de mon kimono. Une main posée à coté de sa jambe, l'autre sagement à plat sur ma cuisse, je lui adressais un petit sourire. Étrangement, il m'était bien plus simple de communiquer avec cet homme  croisé avec une brute qu'avec l'élégant et aristocrate Charles d'Ozran. C'était pourtant pour ce dernier que j'avais été crée et éduqué.

« Je ne sais pas si j'ai hâte que Charles reviennes ou si je préférerais qu'il reste absent... A vrai dire j'ignore ce qu'il fera de moi à son retour. Il m'a déjà éventré une fois, en bas, j'aimerai éviter de revivre cette expérience... »

Ma voix ternissait au fur et à mesure de mes paroles et, lorsqu'elle fut totalement éteinte, je relevais les yeux vers ceux de Drake, un petit sourire en coin aux lèvres.

« Comment est-ce que tu es arrivé ici, Drake ? Est-ce que c'est Charles qui t'as fait toutes ces cicatrices ? »

Je ne répondis pas à sa question concernant ma présence dans sa chambre, mais il pouvait comprendre, à travers mon bavardage, que l'ennui et la curiosité étaient les principales motivations qui m'avaient poussées à venir toquer à sa porte.

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Dernière édition par Samael le Mer 11 Oct 2017 - 12:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Mar 10 Oct 2017 - 16:53



Je réponds rien parce que je suis trop occupé à sourire lorsqu'il me parle d'Arno. Moi aussi j'aurais bien aimé lui piquer le fion à travers une poupée vaudou à l'époque, mais aujourd'hui je dois dire que je suis plutôt content qu'il ait pensé à moi pour arranger les choses. Je lui dois bien un peu de tranquillité le pauvre vieux. Par contre, ça ne m'étonne pas qu'il se venge sur la princesse, vu que c'est lui le responsable de tout ça. Et quand on a pas les couilles de s'opposer à Arno, ça devient vite l'enfer.
Je récupère le crâne de lapin et je le pose à côté de moi pour pouvoir me redresser sur un coude.

Pas marrant de se faire ouvrir comme un poisson. La seule fois où ça m'est arrivé, j'ai été obligé de me tenir le ventre pour éviter que mes tripes se répandent par terre le temps qu'on me soigne un peu. Sur le coup c'était pas vraiment douloureux, plutôt comme si j'avais des crampes d'estomac mais rien de plus. Je crois que mon cerveau faisait l'impasse pour pas que je me mette à paniquer ou que je tombe dans les pommes. Faut dire aussi qu'avec toute l'adrénaline que j'avais dans le sang, c'était plus facile de faire autre chose. Se faire éventrer sur une table de sacrifice entouré par une assemblée de tarés en robe rouge, c'est quand même pas le même délire, j'avoue. Et vu que je me suis tiré en apprenant que les sacrifices de gosses c'était le petit plaisir caché du patron, je pourrais pas trop lancer la pierre à quelqu'un d'autre de vouloir l'éviter pour les mêmes raisons.

— J'crois pas qu'il recommencera.

Lorsqu'il me pose sa question, je me redresse complètement pour m'asseoir en tailleur. En guise de réponse j'attrape le bas de mon t-shirt et le tire par-dessus ma tête pour l'enlever. Sur les épaules, autour des bras, en travers du torse et du ventre, partout des marques soit blanches soit brunes, de la chair qui s'est ressoudée, des petits tas de cellules qui se sont solidifié avec angoisse pour protéger ce qu'il y a en-dessous, des coins où la peau est parfaitement lisse, sans aucun grain, comme si on avait coulé une matière différente dans la fente d'une plaie.
Je le laisse mater et trouver ça dégueu ou flippant, peu importe. Moi ça me rebute pas les cicatrices, c'est juste la preuve qu'on a le cuir dur, qu'on a survécu.

— Nan, il m'en a fait aucune. Charles c'est pas un violent, il est taré mais il frappe pas pour punir. Son truc c'est plutôt d'entrer dans ta tête et d'y mettre le bordel. C'est pire. Tout ça, c'est avant Charles. Ou après.

Les plus fraîches sont facilement repérables, elles sont encore roses. Et dans le dos, j'ai encore des blessures avec de la croûte, qui saignent si je gratte. J'évite, c'est chiant et pas facile d'accès, mais parfois ça me démange à me rendre fou.

— Tu pourras demander au boss, il t'expliquera. Rien de très épique cela dit.

Je fouille dans son regard pour essayer de deviner ce qu'il pense de ça. Des mignonnes petites gueules comme la sienne, j'en ai déjà vu. J'en ai même déjà baisé. C'est de la peau douce, sans un seul bleu, et la certitude que ça vaut mieux que tout le monde parce que les vampires préservent cette perfection artificielle. Moi j'ai la gueule que j'ai parce que le hasard que la génétique à fait son boulot et puis parce que j'ai rencontré des connards qui disaient tous la même chose : dégouttant, mais utile. J'ai pas besoin d'inspirer la sympathie ou le désir, ce qu'ils trouvent repoussant c'est ce qui me plaît le plus chez moi, c'est le fait que je sois un pur produit du hasard, sans intervention scientifique. Mon hybridation, ma sale gueule, mon corps, rien ne va. Si des vampires m'ont déjà tringlé, c'était pour le plaisir de sentir un truc "interdit", un hybride naturel, un peu crade mais excitant parce qu'on devrait pas. Et si moi j'ai déjà tringlé des esclaves, c'était pour les mêmes raisons. Parce que j'étais pas supposé le faire, je le mérite pas, je suis un rebut. Du coup c'était drôle de faire un bon gros fuck à toutes ces règles prout-prout en chopant un de ces jolis petits bibelots.

Et toi princesse, qu'est-ce que tu penses de moi au juste ?

— T'as peur qu'il te laisse dans le même état que moi, avoue.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Mer 11 Oct 2017 - 13:15



Un petit sourire piteux et loin d'être convaincu tira mes lèvres dans une grimace lorsque Drake me fit part de son avis sur le potentiel comportement futur de Charles. Qui était-il donc pour pouvoir faire un tel pronostic ? Un simple chien pouvait-il vraiment connaître les tréfonds d'une âme telle que celle de Charles d'Ozran ?... Depuis combien de temps était-il ici ? Et pourquoi Empuse ne m'avait-il pas parlé de lui... ?

Mon regard suivit le mouvement du T-shirt sombre de Drake, moins impressionné par ses cicatrices que par la largeur de ses épaules. J'étais épris d'un homme dont le corps avait plus de 3 fois mon âge : rides, cicatrices, tâches, sang... Rien de ce qui était lié à la chair ne semblait en mesure de me procurer du dégoût. La peau de Drake me sembla sèche, épaisse. Elle n'avait pas l'air de dissimuler la moindre petite particule de graisse, et le seul repli que formait son ventre était dû à sa posture et non à un excès abdominale. Mes yeux dégringolèrent  le long de son torse, dévorant ce que j'avais sous les yeux, puis remontèrent sur son visage qui semblait dire... « Alors, impressionné ? ».

Un sourire mince et un peu affamé prit place sur mes lèvres tandis que Drake se laissait aller légèrement en arrière pour s'appuyer sur l'une de ses mains posée derrière son dos. Sa posture avait tout de celle du voyou de roman en pleine tentative de séduction de la jeune fille de bonne famille et... Et bien ma mauvaise foi à des limites, et je ne nierais donc point qu'à cet instant, les pensées que j'avais pour lui étaient loin d'êtres chastes. Je me décalais de quelques millimètres vers lui, dans un petit glissement de postérieur qui me rapprocha de ses jambes repliées.

« Je ne te trouve pas laid. Pas du tout. L'homme et le chien, unis jusque dans les cicatrices. C'est un tableau plutôt romantique. »

Je fus bien en peine de maîtriser le pic de jalousie qui tordit mon sourire, aussi jugeais-je bon de me mettre en mouvement avant que les yeux noirs du chien ne percent à jour mes vilains émois. Je fis mine de me relever pour partir, lissant brièvement les plis de mon vêtement avant de tourner mon visage vers Drake. A le voir ainsi, il était si opposé à Charles, malgré leurs balafres communes... Là où le vampire émanait d'une lumière froide, Drake laissait échapper une noirceur tiède. Sans sourire, parfaitement sérieux, je lui demandais, toujours tourné de trois quarts vers lui, les yeux baissés sur les siens.

« Est-ce que je peux dormir avec toi cette nuit ?... »

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Mer 25 Oct 2017 - 18:00



Je m'attendais pas vraiment à ce qu'il me décoche un sourire de ce genre, ni qu'il ait l'air sincère en disant qu'il ne me trouve pas laid. J'avoue, c'est assez surprenant. Mais d'un autre côté, c'est un gosse encore bourré d'hormones et qu'on laisse bouffer que du riz vu ce que lui sert Arno, alors j'imagine qu'il a pas les mêmes critères que les vampires. Je me plains pas, je relativise.

Il va pour quitter ma chambre, ce qui me convient très bien parce que je compte remplir mon quota de sommeil très vite, mais au lieu de sagement tourner les talons et remuer son petit derrière jusqu'à la porte, il me sort qu'il veut dormir ici. Avec moi. Pas froid aux yeux le môme.
Je le zieute un moment pour essayer de déterminer s'il se fout de ma gueule ou s'il est sérieux, mais comme il ne bouge pas d'un pouce, j'imagine qu'il veut vraiment rester ici. La question c'est pourquoi ? Je suis pas aimable, je suis pas tendre et on se connait pas, ça lui apporte quoi de rester avec moi ? Il a la trouille de la lumière du jour, que Arno vienne le chercher en pleine journée pour lui coller une fessée ou il essaye juste de me pécho ? C'est pas net, ça me fait grogner un truc entre mes dents avant de me lever pour le scruter face à face.

D'un côté, l'idée me plaît bien parce que ça fait des mois que je dors en compagnie de la meute de chasse. Du coup quand ça remue pas un peu autour de moi, ça m'empêche de trouver le sommeil. Rien que la présence de Charles, qui pourtant respire plus depuis longtemps, ça suffisait à ce que ma cervelle soit calme et s'endorme. Si ce matin je suis tout seul, je sais pas si j'arriverais à pioncer. D'un autre côté, s'il me surprend et me réveille, je vais peut-être bien lui coller un pain dans la gueule par réflexe. Le truc qui m'a fait me tenir sage la veille, c'est que j'ai compris que c'était le boss alors j'ai pas frappé. Mais lui, c'est encore qu'un mioche inconnu et faudrait pas que sur un coup de flippe, je lui arrache un doigt ou que je lui ravale la tronche à coup de phalanges...
La réflexion me prend encore un moment avant que je hausse les épaules pour aller fermer les volets aux fenêtres.

— Si tu veux. Mais va falloir que tu piges que je suis pas une peluche. Si tu peux me réveille en sursaut, si tu me coince dans un bout du lit ou dans tes bras, possible que ça te retombe très méchamment sur la gueule. C'est comme ça, je contrôle pas.

Les volets sont fermés, je laisse quand même une fenêtre ouverte pour avoir de l'air et je reviens vers mon pieu, décidé à me coucher quoi qu'il décide. On verra bien si j'arrive à fermer l’œil.

— C'est à prendre ou a laisser. Pense à fermer la porte derrière toi si tu veux pas que je vienne arracher la tienne de ses gonds pour t'apprendre ce que c'est l'intimité.

Le bouton de mon jeans saute rapidement et je laisse tomber le futal par terre pour l'y abandonner sans cérémonie, en gardant juste un caleçon. Si j'ai pas la pudeur de porter un pyjama quand je suis dans la chambre de Charles, je l'aurais pas en étant dans ma propre chambre, faut pas déconner. Je m'étale sur le matelas avec un grognement fatigué. Je sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que tout l'épuisement que j'avais pas laisser prendre le dessus sur moi tout ce temps est en train de me retomber sur la truffe.

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MessageSujet: Re: Sur le chemin de la rédemption [Charles/Drake][Terminé]   Jeu 26 Oct 2017 - 18:27



Malgré le redressement de Drake dans toute sa hauteur, je restais fermement planté au bord de son lit, rivant mon regard au sien dans une attitude bravache. J'avais passé deux jours dans un placard avant d'être tiré dans une chambre aseptisée et sans odeur, aussi avais-je une farouche envie de me blottir contre quelque chose de vivant... A défaut, puisque le chien ne semblait guère enclin aux embrassades faciles, je décidais de me contenter de partager sa couche, de lui voler un peu de sa chaleur et d'apprécier son odeur. Mon regard en coin ne perdit pas une miette de son bref effeuillage, glissa rapidement sur ses cuisses ciselées avant de se détourner, moins par pudeur que par peur de recevoir son poing dans la figure si mes yeux se montraient trop insistants. Un sourire malingre, reconnaissant malgré tout, s'étira sur mes lèvres tandis que je l'observais s'étaler sur son lit. Il avait cette attitude animale, sauvage et charmante, des hybrides sans éducation...

« C'est un accord raisonnable, je prends. Je serais sage comme une image, Drake... »

La fatigue pointant le bout de son nez, je posais à min tour un genou sur le matelas moelleux. Malgré mon habitude de dormir nu et l'absence de pudeur qui me collait à la peau, je décidais de conserver mon kimono, pas très désireux de me faire jeter dehors pour avoir mis mes parties sous le nez de Drake. En me glissant sous l'épais édredon, le tirant un peu d'un air espiègle pour faire rouler Drake sur le côté car il n'était pas encore sous les couverture, j'eus l'étrange sentiment d'expérimenter une sorte de fraternité avec cet homme pourtant inconnu. Il me jeta un regard d'avertissement auquel je répondis en m'enfouissant sous la couette.

Un peu plus tard, lorsque nos respirations s'espacèrent, que Drake se roula en chien de faïence et que je sentis mon esprit s'évaporer vers le monde des songes, j'échappais quelques mots d'une voix anesthésiée, entre rêve et réalité.

« Je suis sûre que tu es un gentil chien... »

Bonne nuit...

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