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/!\ FORUM RP 18+ Yaoi au contexte contemporain fantastique. Monde dominé par les vampires. Maîtres/Esclaves - Politique - Action seront au rendez-vous /!\
 

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Le chant du loup [Tasunka]
General Der Miliz
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General Der Miliz
MessageSujet: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 24 Sep 2017 - 3:07

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev


C’est une nuit ordinaire, comparable à bien des autres et en cela je ne vais pas m’en plaindre. La milice est très agitée en ce moment et un peu de calme ne me fait aucun mal même si je dois avouer que l’effervescence au sein des différentes unités me rappelle la belle époque. Le claquement des bottes cirées dans les couloirs, l’odeur âpre du café de dix-huit heures trente que les lieutenants prennent tôt en se passant des rapports compliqués pour que nous puissions organiser les différentes patrouilles, c’est mon quotidien. Il y a plus d’un an que je suis arrivé à Dornia et que j’ai repris les rênes d’une organisation en perdition. Les résultats sont encourageants, si l’on excepte quelques éléments qui n’ont rien à faire à là et dont je me débarrasserais bien volonté si je pouvais m’assurer qu’un homme mis à pied sera immédiatement remplacé. Kashyap par exemple... c’est à se demander si Wilkerson avait toute sa tête avant de promouvoir ce moucheron lieutenant. Je ne serais pas étonné d’apprendre qu’il cache des humains libres faute d’avoir suffisamment de tripes pour les attraper.

Engel interrompt mes pensées en m’apportant un grand verre de sang que je bois toujours glacé au travail, il est déjà une heure du matin. J’y trempe les lèvres pendant qu’il dépose devant moi une tablette. À mon arrivée j’ai fait moderniser l’équipement des lieux, un investissement conséquent mais que nous rattrapons sur les factures d’imprimerie colossales qui étaient en vigueur les années précédentes. Distraitement, je fais défiler la page.

J’ai besoin de main d’œuvre. Si j’avais des moyens illimités, je la ferais importer d’Europe de l’Est ou du Qatar qui disposent tout deux d’écoles militaires de mieux en mieux approvisionnées et qui regorgent de jeunes recrues idéales. Malheureusement, l’attribution des budgets étant faîte d’années en années... j’essuie les plâtres de Wilkerson et dois faire avec la misérable somme qui m’a été allouée. En attendant les nouvelles discussions - pendant lesquelles je ne manquerais pas de défendre les intérêts de ma brigade - je dois faire avec les moyens du bord. Et si je ne peux pas recruter une main d’œuvre qualifiée fiable et onéreuse... j’en recrute une passable, bon-marché et... quasiment illimitée.  

- Trop vieux... trop maigre, as-tu seulement regardé ses bras ? Il va se briser en morceaux à la moindre bousculade. Je persifle entre deux gorgées de plasma ferrugineux, secouant négativement la tête, guère impressionné par les hybrides qui ont été présélectionnés à mon intention. Ce n’est pas fameux. Mon secrétaire patiente près de mon bureau, il pourrait rester là des heures si je le lui ordonnais. Ce sans se plaindre, sans rechigner, sans même faire miner de poser son derrière dans mes fauteuils. Et c’est exactement ce pourquoi je lui épargne cette peine : il m’est bien plus utile en action.

- Puis-je, Capitaine ? demande-t-il avec déférence. Fort de mon approbation il fait le tour du meuble et du bout de l’index saute quelques fiches pour s’arrêter sur l’une d’entre elles. La photo n’a pas encore été actualisée et c’est un avatar grisé qui me regarde, les dates m’informent qu’il a été capturé très récemment, quelques jours à peine. Ce genre de profil est inhabituel, en général ce sont des anciens d’arènes, défigurés par les combats qui ne sont plus guère conformes à l’esthétique télévisuelle. Ou bien quelques plus jeunes, qui ont un bon potentiel mais qui sont incapables de le mettre à profit si personne n’est là pour leur donner des directives. À titre personnel, ce sont mes favoris, dociles, malléables... Je ne vois pas comment un ancien libre pourrait convenir. J’hausse un sourcil et Engel s’empresse de poursuivre.

- Il n’a pas encore été mis en vente, Rolland a appelé avant, apparemment il est exceptionnel.

Si Rolland l’a repéré...c’est un gage de qualité certain. J’accorde à son dossier quelques minutes de mon précieux temps. 197 cm de gaillard fourbu à la course en forêt, dôté d’un flair de bête sauvage, de loup gris. Et il le bon goût de ne pas être pourvu d’oreilles ridicules. Le tapotement discret de mes doigts se fait entendre sur le plateau de bois massif.

- Il a passé les tests du Service de Médecine ? demande-je finalement en transférant le dossier sur mon espace personnel. Dans mon dos je sens le sourire d’Engel. Évidemment qu’il a passé les tests. Sinon pourquoi me l’aurait-il montré ? Ramène le moi, j’ajoute après avoir jeté un œil à ma montre. J’ai encore une bonne heure devant moi. Bien assez pour me faire une idée sur le caractère de la bête.

Docile... il ferait un candidat idéal. Non, en réalité, c’est le candidat idéal. Une bête solitaire retrouvée en train de fouiller les poubelles, ce n’est pas tout à fait le portrait que je me fais d’un mâle alpha. Avec un peu de chance... il me sera aisé de le briser, de le plier à la forme que mes doigts prennent quand je serre le poing. Nous pourrons l’utiliser quelques temps, je ne me fais pas d’illusion : une bête qui a goûté à la liberté est comme une bête qui a goûté le sang : viciée.
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Dernière édition par Wolfgang J. Von Hertling le Mar 26 Sep 2017 - 0:02, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Lun 25 Sep 2017 - 23:07



J'aime les balades nocturnes. J'aime la consistance un peu humide de l'air dans mes narines, le duvet d'herbe tendre qui ploie sous la corne de mes pieds. La nuit possède une pureté calme et sacrée que rien d'autre que le bruit du vent n'ose venir briser. Si j'aime sentir la chaleur du soleil sur ma peau, rien ne m'est plus délicieux qu'une course solitaire, plongé dans les ombres silencieuses et tranquilles.

Pour toutes ces qualités, j'aime la nuit.

Mais ici, à Dornia, la nuit s'est vue dépouillée de ses atours, souillée par les sangsues et leur rythme inversé. Ici, la nuit pue, la nuit fait du bruit, la nuit grouille, la nuit vomie des vampires. Cette nuit-là, la nuit de Dornia, la nuit de l'injustice, elle ne mérite pas mon amour.

Depuis ma capture, je n'ai pas eu autre chose sous les pieds que le béton du centre d'apprentissage et les odeurs qui ont tapissé mes narines n'avaient rien en commun avec celles des forêts. Sueur, trouille et désespoir en guise d'ingrédient principal, les marques olfactives de mes compagnons d'infortune m'ont presque fait tourner de l’œil les premiers jours, moi qui ne suit habitué ni aux espaces confinés ni à la proximité avec autant d'êtres vivants dans un si petit espace.

Puis je m'y suis acclimaté. Ce soir, cela fait quinze jours que je me suis ôté la liberté et mes compagnons ont tous été envoyés en boutique ou à l'arène. Le plus jeune d'entre eux, un humain fluet aux traits de jeune fille, a eut un mal fou à se séparer de moi et, si je n'avais pas été si inquiet quand à mon sort, j'aurais pu sincèrement me préoccuper du sien.

Pourquoi ne m'amenaient-ils pas à l'une de leurs boutiques ?

¤

Seul, assit en tailleur, en plein milieu de ma cellule, j'attends calmement que quelqu'un se décide à venir faire quelque chose de moi. L'inaction me sied mal, je n'ai pas ma place entre quatre murs clos, et le simple concept de ne pas avoir d'emprise sur mon destin me tapisse le palais d'une amertume que je préférerais ne pas connaître. Malgré mon attitude placide et mes yeux fermés, je ne perds rien des détails qui façonnent mon environnement. Là, à la ceinture de mon geôlier, un appareil grésille, et son détendeur s'en saisit dans un froissement de tissu et un cliquetis métallique.

Geôlier : « Au capitaine Von Hertling ? Maintenant... ? Vous êtes sûr ?... Bien sûr !!! »

Sa voix à les accents de la panique, et, au vu du stress qui transparaît dans l'empressement avec lequel il tripote ses clefs pour ouvrir ma cellule,  il me semble évident que ce Von Hertling n'est pas le genre d'homme à embrasser chaleureusement ses subalternes chaque matin. Lorsqu'il fait glisser les barreaux de fers, j'ouvre les yeux pour lui décrocher un sourire aimable et légèrement cabotin avant de me relever en prenant appui sur l'un de mes genoux.

« Alors, on y va au petit trot ?... »

¤

Lorsque je quitte mon geôlier, qui s'appelle Frank et qui rêve d'ouvrir une boutique de fleurs plutôt que de moisir ici à garder des cages, c'est pour passer aux mains d'un énergumène bien moins facile d'accès que le précédent. Les bras tranquillement stationnés le long du corps, je salue l'homme en retenant un rire de gorge grivois lorsque ses yeux dégringolent le long de ma silhouette. Ma tenue est restée inchangée depuis ma capture, et seul un pagne en cuir tanné couvre quelques centimètres de ma peau. A sa mine pincée et contrariée, je réponds :

« Je ne rentre pas dans vos vêtements. »

Pas faute d'avoir essayé, mais après avoir craqué deux pantalons en toile gracieusement fournis par la milice, le premier en m'asseyant sur une chaise et le deuxième en montant des escaliers, ces aimables sangsues ont préféré me redonner mon vieux bout de cuir. A mon explication se joint un sourire coupable qui ne cache en réalité rien de mon amusement, et le vampire semble se sortir de sa tétanie contrariée

Engel : « Je me nomme Engel, je suis le secrétaire du Capitaine Von Hertling. Suis-moi, tais-toi et dépêche-toi. »

¤

J'ignore quel genre de type est le Capitaine Von Hertling, mais l'irritation que provoque ma quasi-nudité chez son secrétaire me laisse à penser que le Capitaine est une petite chose fragile n'ayant jamais vu le loup. Mon imagination donne forme à une ébauche de portrait, et le Capitaine Von Hertling se retrouve affublé d'un joli visage de poupée, blond comme les blés et mignon à croquer. Oui, peut-être bien qu'il est ainsi, un jeune vampire tiré à quatre épingles, surprotégé par son secrétaire possessif et jaloux. Ce serait bien, qu'il soit ainsi, car rien n'est plus simple pour moi que de...

Engel, après avoir toqué trois petits coups, ouvre la porte du bureau de son Capitaine. Obéissant, j'y entre sans hésitation, remerciant le secrétaire de m'avoir tenu la porte avant de tourner la tête vers le propriétaire des lieux.

Ah.


Le coin de ma bouche frémit : point de jolie silhouette blonde et innocente. Le Capitaine Von Hertling est un homme. Un homme dont émane quelque chose qui me fait me redresser légèrement, dans un vieux réflexe animal visant à affirmer ma supériorité... Mes habitudes me poussent d'ordinaire à observer mon environnement lorsque j'arrive dans un endroit inconnu, mais l'aura grise de cet homme m'empêche d'en détourner le regard.

Et puis, un léger plissement de ses yeux, un geste infime de sa main me mettent en garde, et je cille en mettant fin à cet échange visuel. Planté comme un arbre devant le bureau de Von Hertling, j'hésite quand à la posture qu'il me faut avoir, et finis pas amener lentement mes mains dans mon dos.

« Capitaine Von Hertling. Je suis Tasunka. »


Face à un autre, je me serais excusé en riant de ma tenue, j'aurais esquissé une courbette chevaleresque ou un sourire charmeur. Mais face à lui...

Je ne sais pas encore quelle attitude adopter.

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“Tout homme abrite en lui une bête sauvage.”
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mar 26 Sep 2017 - 1:09

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

Je n’ai pas a attendre longtemps, Engel sait combien j’ai horreur de ça et c’est en quelques minutes à peine qu’il se manifeste. Trois petits coups secs se font entendre, m’annoncent sa venue car il a manière précise de taper à ma porte. Depuis que nous nous connaissons je sais reconnaitre son arrivée parmi celle de la plèbe tout comme je peux déterminer son humeur. Et là, je sais qu’il n’est pas satisfait. Le battant épais s’ouvre et Engel s’efface pour laisser passer mon rendez-vous. En temps normal, j’aurais exigé des explications. L’accoutrement de l’esclave frôle l’indécence et c’est sans doute pour cette raison que mon précieux secrétaire est si contrarié. Pourtant je ne fais rien, je ne le regarde même pas. Chacune de mes cellules est tourné vers lui, le loup. Mon loup. Mes pupilles largement dilatées se contractent à vitesse grand v pour se réduire à deux minuscules ilots, perdus dans l’océan glacé de mes yeux.

L’accoudoir de mon fauteuil grince sous la pression de mes doigts et je me félicite d’avoir investi une fortune dans du mobilier capable d’encaisser ma force. Engel, qui me connait par cœur, sent que quelque chose file à mauvais coton. Il met sans doute ma colère sur le compte de l’écœurant bout de cuir qui couvre à peine les cuisses poilues de mon vis à vis et il a le bon ton de s’éclipser en silence. Comment aurait-il pu savoir ? Mon secrétaire ignore tout de ce pan de ma vie. De cet infime détail dont je m’étais cru débarrassé le jour où j’avais ordonné la déportation du principal concerné mais qui pourtant, trois siècles plus tard, persiste à me revenir à la figure avec la force d’un avion à réaction ! Bon sang. D’abord Shiva, la pute maladroite de la Rose Noire avex ses yeux verts intenses, et maintenant lui. De tous les hybrides, de tous les humains du monde, il avait fallu qu’on m’en envoie un, qu’on me le choisisse expressément, qui n’était ni plus ni moins que son portrait craché.

Nous nous dévisageons en silence et j’enterre profondément le trouble qui m’a agité, l’espace d’une seconde. Si seulement j’avais eu un visuel...j’aurais pu me préparer mais, fort heureusement, je peux compter sur mon aplomb, réputé inébranlable, pour me rattraper et c’est ce que je fais avec l’aisance féline d’un chat. La bête se tend sous la pression que mon seul regard lui impose, elle redresse les épaules, bombe sa poitrine bardée de muscles que la vie en extérieur a taillé. Je suis surpris qu’il ne me montre pas les crocs, c’est ce que j’aurais attendu d’un animal comme lui. Peut-être qu’il n’en possède point. D’ailleurs, il n’est pas attaché, ce qui est un indice crucial sur son tempérament. Personne ne prendrait le risque de m’envoyer une brute belliqueuse non menottée. Non par peur que je subisse une quelconque blessure mais parce que le responsable aurait à payer pour le matériel endommagé et pour le temps gaspillé. À contrario, je le trouve... remarquablement civilisé. En tout cas si l’on excepte sa tenue ostentatoire. Il range ses mains dans son dos, les miennes s’avancent, se croisent dans un chuintement de cuir souple à hauteur de mes lèvres.

J’ai mené assez d’interrogatoires au cours de ma trop longue existence pour savoir qu’il me jauge et m’évalue tout comme je le fais. C’est un signe d’intelligence qui manquait cruellement à Shiva, sans quoi il n’aurait jamais frotté son corps au mien. D’un côté je ne peux lui en vouloir, ce n’est que le résultat de l’éducation qui lui a été donné. Cependant, je ne peux que constater combien Tasunka est différent. Il a la trentaine, en tout cas d’après le médecin. Trente longues années passées dehors, à échapper aux vampires, à m’échapper à moi. Il a très surement l’habitude d’affronter des animaux sauvages et comme deux espèces qui se rencontrent pour la première fois, il évalue le danger que je représente. Les hybrides ont souvent recours à ce mode opératoire, à ce constant besoin de calculer la force de l’autre pour se positionner en fonction du rapport de domination ainsi créé. C’est l’une des qualités essentielles que je recherche chez les hybrides qui rejoignent mes troupes. Je n’aurais que faire d’un imbécile qui se ruerait dans le tas sans prendre connaissance des forces en présence et qui finirait immanquablement par faire n’importe quoi et mettre en péril nos opérations.

Il l’ignore, et je fais en sorte que cela continue, mais il a déjà marqué quelques points. Je ne saurais dire si pour lui c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

J’hoche la tête, lui oppose mon silence. Je sais qui il est, sans quoi il ne tiendrait pas là, grand benêt à moitié nu, sous mes yeux. De toute évidence... il sait aussi qui je suis et il est capable d’assimiler quelques notions de hiérarchie puisqu’il s’adresse à moi en utilisant mon titre, dans un anglais correct. Alors que je n’avais jusqu’à présent jamais lâché son regard, je l’abandonne pour le détailler, aussi bien du fait de sa tenue grotesque que pour me faire une idée générale de son état. Il est en pleine forme, prêt à l’emploi, tout du moins physiquement. Je n’aurais pas à le gaver comme un oisillon pour espérer lui faire prendre en masse, il en a déjà bien assez. Je remonte sur les yeux dorés et vifs qui achèvent de me convaincre qu’il ne couve pas une maladie quelconque.

Nous pourrions en rester là, c’est certainement ce qu’un milicien moins pointilleux que moi aurait fait et c’est bien pour cette raison que je le garde un peu davantage. Il a le physique dont j’ai besoin, Rolland ne se trompe jamais : Tasunka est exceptionnel. Et dans tous les dossiers que j’ai pu voir, il sort réellement du lot. Cela me met la puce à l’oreille. Mes paumes s’abaissent, abandonnent leur position pour venir reposer sur la surface nette de mon bureau où rien ne traine.

- Tasunka, trente-et-un ans, hybridation de loup, exact ? J’aimerais savoir de quoi es-tu réellement capable, sur le terrain. Je suis poli, presque cordial car je n’ai, pour l’heure, aucune raison d’être désagréable. J’ai lu l’intégralité des documents le concernant, aussi ai-je une vague idée de ce qu’il peut ou non faire, la réponse qu’il me donnera importe peu, c’est la façon dont il va la formuler qui m’intrigue. Va-t-il se vanter, minimiser, omettre, mentir ? Je suis attentif à son corps, à ses mains qu’il dissimule toujours dans son dos, à sa peau nue qui trahira le moindre frisson, au pouls que j’entends battre, grand tambour régulier dans sa large cage thoracique.

Je suis oiseau de proie et rien ne m’échappe. Je veux savoir comment et surtout pourquoi après trente ans de cavale un grand gaillard s’est fait attrapé sans faire de vagues. Je me méfie toujours de l’eau qui dort et des créatures qui, dans les fonds tremblants, se camouflent.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mar 26 Sep 2017 - 12:46



Cet homme porte, partout sur lui, le calme des gens dangereux. Du caniche surexcité ou du loup traquant silencieusement sa proie, nul besoin de se demander lequel des deux est le plus létal. Et le Capitaine Von Hertling n'appartient certainement pas à la première catégorie. Il est de ceux qui, après vous avoir décortiqué de leur regard stoïque, fondent sur vous comme l'éclair pour vous dérober la vie.

Prudence.

Son immobilité trouve écho dans la mienne jusqu'à ce qu'il formule ses premiers mots. D'un sourire franc sans fioriture et d'un léger hochement de tête, je confirme sa première question. Si mon corps demeure détendu, sa deuxième demande pique mon esprit, qui entre en état d'alerte. Je me laisse un instant de réflexion, très bref mais suffisant pour que j'envisage les possibilités qui s'offrent à moi. Si j'avais été destiné à l'arène, j'y aurais été envoyé en même temps que mes comparses. Alors, ce qui se trame dans l'esprit de cet homme...

Veut-il faire de moi l'un de ses chiens ?

Je n'ai qu'une demi seconde pour me décider, attendre davantage me rendrait certainement suspect pour cet homme aux yeux perçants. La simple idée d'être lancé aux trousses d'êtres libres, et de devoir les condamner à la servitude m’écœure au plus haut point. Imaginer devoir ôter la vie fait pulser mon sang dans mes veines.

Hors de question...

« Je suis capable de vivre, de jour comme de nuit, sans craindre le soleil ou les balles en argent d'un chasseur embusqué. Je ne serais jamais entravé par une soif m'obligeant à me nourrir trois fois par jour si je ne veux pas me transformer en bête sauvage assoiffée de sang. Je ne suis dépendant d'aucune machine sophistiquée pour retrouver mon chemin... »

...Mais je suis venu ici pour servir une cause, et je ne pourrais pas me tenir à l'écart de toute prise de risque. Cet homme... Est au cœur de la Milice. Il est influent, responsable...

« …Ce que vous appelez « Le terrain », Capitaine, c'est mon lieu de vie, et je n'ai rien à en craindre. »

Ce type à la vivacité d'une statue, aucun de mes mots ne lui tire la moindre mimique. Ma voix n'avait aucunement les intonations de l'insolence, fidèle à elle-même, grave dans sa tessiture, légère dans ses accents, dénuée d’agressivité, tranquille comme l'eau d'un lac. La fin de ma phrase laisse place à un silence qui s'étire quelque peu, et que je meuble d'un sourire fin en amorçant un pas en avant : je suis bien loin du bureau du Capitaine. Un très léger crissement de cuir me fait cependant réviser mon plan, et ma grande enjambée se mue en un demi pas : il ne m'autorise pas à m'approcher davantage.

Pas de problème, Capitaine Terreur, je ne suis pas là pour vous déplaire.

Je n'ajoute aucun mot, sans rien changer à ma posture, me calquant sur l'immobilité du Milicien.  Mes yeux chutent de son visage pour se poser sur ses mains qu'il tient devant lui... Jolis doigts, pour un meurtrier... Il ne doit pas les utiliser souvent. L'envie me démange de le détailler avec insistance, mais je m'abstiens en ramenant mes yeux dans les siens.

Sombres, scellés.

Le Capitaine Von Hertling a-t-il encore une âme ?




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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Jeu 28 Sep 2017 - 21:05

Le chant du loup
Tasunka

«Fais ami avec le loup, mais garde ta hache prête.»

J’écoute en silence, enregistre, range méthodiquement chaque phrase qui franchit ses lèvres, chaque mot. Il s’exprime bien pour un sauvage, il est encore loin de mon niveau d’éloquence mais pour un hybride je suis forcé d’admettre qu'il se défend. Toutefois, j’ai besoin d’un outil, pas d’un beau parleur. Il est de toute façon trop jeune pour choisir sa verve avec suffisamment de soin pour espérer m’influencer. Je veux un chien bien dressé comme Myers, qui mordra sur mon ordre et ne tentera pas de me pincer les doigts au pire moment. Le loup montre patte blanche, il se fait doux comme une biche quand il se frotte à ma paume, pensant vanter ses - certes - nombreuses qualités... Quand il ne fait, en réalité, qu’une éloge de sa liberté. Une liberté à laquelle mes hommes sont censés l’avoir arraché et qu’il semble toujours considérer comme sienne.

Un sourire froid étire mes lèvres. Quel arrogant louveteau... Il approche d’un pas et le grincement du cuir le retient là où il est, à sa place, la place que je lui ordonne de garder. Bientôt, il comprendra qu’elle est à mes pieds où sa chaude fourrure réchauffera ma peau froide. Peut-être que quand cette information, capitale, aura atteint sa céphalée...il réalisera que je n’ai pas besoin de manquer de sang pour être une bête et que les balles d’argent ne sont létales que pour ceux suffisamment maladroits pour les recevoir. Bientôt, le soleil ne sera plus un ennemi, les chercheurs progressent en ce sens mais je n’ai aucunement l’intention de lui communiquer cette information. Au final, qu’est-ce que ces soit disant « faiblesses » si ce n’est des futilités en regard des pouvoirs incroyables qui nous ont été conférés, enfants de la nuit ? Je pourrais le soulever dans les airs et le projeter comme une vulgaire peluche, briser son esprit en m’y glissant avec autant d’aisance qu’une lame chauffée le ferait dans la chair. A-t-il seulement conscience de tout cela, du gouffre qui nous sépare et que sa condition d’homme-animal lui rend à jamais inaccessible ? Je lui laisse volontiers sa truffe délicate et son cœur qui bat, organe dont je n’aurais de toute manière aucune utilité.

- Présomptueux, pour quelqu’un qui s’est fait prendre sur son terrain, dis-je avec une neutralité qui dissimule à peine la sournoiserie de mes mots.

« Son lieu de vie », comme c’est attendrissant de croire qu’il y a encore quelque chose qui lui appartient. C’est donc ça que les libres s’imaginent ? Que leurs petites tranches de verdure  sont leur propriété ? Mon rictus chatouille mes zygomatiques, esquisse le dessin d’une fossette si rarement usitée qu’elle n’a jamais eu le temps de laisser une quelconque marque sur ma peau.

Il me détaille dans un silence religieux et je fais de même, le temps de m’accorder quelques réflexions que ne juge pas bon de partager avec lui bien qu’il soit le principal intéressé. Ses iris mordorés tombent brièvement sur mes mains qui se croisent dans le même temps, scellant au passage son destin. À ce stade ma décision est prise, l’entretien ne se poursuit que parce que je cherche les failles où je pourrais par la suite m’infiltrer et que pour cela rien de mieux qu’une première rencontre. Quand je le reverrais, il aura en mémoire tout ce qui s’est déjà produit dans cette pièce, tout ce qui a été dit, induit surtout et son attitude en sera altérée.

- La question que je me pose, Tasunka, ne concerne pas ton habilité à survivre, au dehors, elle m’indiffère même complètement, mais à m’être utile.

Et pour cela il va devoir courber l’équine, se plier à mes règles qui n’auront très certainement rien en commun avec celles auxquelles il est habitué.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 13:24



Ah, cet homme là est futé, et ne laisse en rien dévier la conversation du chemin qu'il a décidé qu'elle emprunterai. Rien de vraiment étonnant là dedans : on ne se hisse pas au sommet d'une organisation telle que la milice en faisant preuve de laxisme ou de sympathie. Sa remarque me tire un sourire qui se fait mécanique, faussement vexé et discret. Il vaut mieux pour moi qu'il me pense fanfaron et me colle les étiquettes qu'il souhaite. Il paraît que certaines sangsues peuvent rentrer dans les cerveaux et les décortiquer comme des noix, et, si le Von Hertling décidait de se livrer à une telle expérience sur moi...

Ce serait très ennuyeux.

Alors, malgré la grande tentation que j'ai de lui répondre par une pique, je m'en tiens au silence et à l'image de sauvage tranquille qu'il a devant lui. Mes yeux ne manquent rien de son petit pli de bouche qui pourrait presque le rendre charmant s'il n'était pas le plus haut distributeur de misère parmis les êtres libres. Oui, il a de jolis traits, gâchés par les bavures de son âme, un visage jeune qui dissimule sans doute une vieille créature... Une belle enveloppe pour une entité abominable.

Quand vient le temps de lui répondre à nouveau, je réalise que mes pensées se sont égarées dans un marécage de spéculations. Je n'ai jamais vu pareil homme, et je lui prête un cœur démoniaque sans rien savoir de lui et en cela je ne diffère en rien de tous ces vampires qui nous désignent en abrutis avant même de savoir de quoi est fait notre âme.

Un bref rire nasal m'échappe, que j'abrège bien vite au profit d'un sourire franc.

« Capitaine Von Herlting, mon habileté à vous être utile dépends de ma motivation. Et je ne vous ferais pas l'insulte de prétendre que votre chaleureux sourire à suffit à faire de moi votre chien de chasse. »

Je sais qu'une telle réponse m'expose peut-être à un châtiment. Mais elle vaut mieux qu'une réponse si pleine de miel qu'elle en deviendrait suspecte. Dans mon dos, mes doigts se recroquevillent sur eux mêmes, et mon sourire s'efface pour laisser mes lèvres recouvrir mes dents, comme pour les protéger d'un éventuel coup de poing en pleine poire.


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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 15:14

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

Évidemment, sa réponse me déplait fortement et l’éclat mauvais de mon regard s’intensifie. Ma lèvre de se retrousser avec élégance sur l’émail brillant de mes dents, dévoilant ainsi le dessin meurtrier de mes crocs. Pourtant, j’hoche la tête, lui offre mon approbation : en effet, il est clairvoyant d’avoir senti qu’un mensonge aurait été malvenu et, de fait, mal accueilli. Je préfère une bête mal éduquée à une retorse qui se pense suffisamment maligne pour me tromper quand elle n’est pas même bonne à formuler un mensonge convainquant. Et après trois siècles d’existence... c’est loin d’être une tâche à la portée de tout le monde.

Je me lève, contourne tranquillement mon bureau et me délecte de son corps qui se tend à mon approche. Comme si j’allais m’abaisser à le toucher... directement. Je m’arrête devant mon bureau contre lequel je m’appuie. Je suis aux premières loges quand je le force à ployer les genoux et que mes pouvoirs cognent son front sur le marbre de mon bureau. Son souffle précipité fait naître une légère buée sur la pierre. Il a de la chance... mes sols sont si propres qu’il peut presque y voir son beau reflet de sauvage. Je l’y maintiens avec une facilité outrageante, par la seule force de mon esprit qui menace de broyer le sien. Je caresse l’orée de ses pensées, menace de m’infiltrer dans la seule partie de son corps qu’un homme n’est pas censé pouvoir violer. Et je le fais avec indifférence, sans même le regarder car je m’occupe de saisir mon paquet de cigarettes pour en extraire ma dose habituelle de poison.

La nuit touche à sa fin, bientôt je rentrerais chez moi. Habituellement j’aurais pris mon mal en patience et aurait attendu d’être dans mon canapé pour fumer mais je fais une entorse à mon planning car ma rencontre avec le loup joue sur mes nerfs.

- En effet, ta motivation a un rôle majeur à jouer, Tasunka, lui dis-je d’une voie caressante, tirant sur ma cigarette.

Une volute s’élève et l’arome délicat du tabac roux équatorial envahit ma bouche. Je pourrais en gémir de plaisir tandis que la tension de la journée s’évacue rapidement et délaisse mes épaules qui n’en perdent pour autant pas leur raideur habituelle. Quand je baisse les yeux sur le loup, dont la joue est toujours collé au sol, il a terminé de lutter et je n’ai besoin que d’une légère pression pour l’obliger à garder sa place.

- Il ne tient qu’à elle de faire ce que j’attends de toi ou de me déplaire. Et ce n’est pas mon sourire qui devrait te convaincre mais le sort qui t’es promis si tu t’avères...inutile. Je n’ai que faire d’un corniaud qui mord la main qui le nourrit et si je ne peux pas me faire obéir de toi, personne ne le pourra n’est-ce pas ? Je lui souris, expire une nouveau nuage qui monte vers le plafond. Mais je suis persuadé que tu feras néanmoins une poche de sang tout à fait exceptionnelle à la banque de sang.

Je penche la tête sur le côté et à défaut de fouiller son esprit je fouille sans vergogne dans le mordoré de ses yeux. Il lui appartient de devenir mon loup... ou de laisser sa fierté l’emporter sur sa vie.
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 18:31



Enfin, le vampire daigne se lever de son fauteuil au allures des plus confortables, et je retiens un sifflement appréciateur. Il est à l'extrême opposé des jeunes gens avec qui j'ai pu m'ébattre, pourtant force est de constater que j'en ferait bien mon petit déjeuner. Belles épaules, droites, sèches et raides comme une planche de bois. Belle poitrine, juste assez large pour ne pas être écrasée à la première étreinte. Une taille qui s'affine, juste ce qu'il faut pour former le creux nécessaire pour s'y accrocher et des jambes très...

Oh putain le sale crevard !

Ais-je à peine le temps de penser alors que mes genoux flanchent et que mon front percute le foutu sol glacé du foutu Von Hertling dans un foutu bruit sourd. Dans un mouvement réflexe, mes épaules tentent de se projeter en arrière pour m'aider à retrouver une posture digne, et, face à mon échec, un grognement me racle la gorge avant de se taire lorsque je sens ma tête prête d'exploser. Le pire dans cette sensation étant certainement d'y être complètement soumis : le mal infligé est invisible, il n'y a rien à faire pour s'en dégager. Rien, si ce n'est se montrer coopératif.

Et c'est exactement je que je fais, là, vautré comme un cabot, les mains à plat près de mon visage, les fesses presque à l'air grâce à la faible couvrance qu'offre mon pagne. Par miracle, je parviens à tourner suffisamment le visage pour que ce soit ma joue qui s'écrase au sol sous la volonté du vampire, et non mon nez. Si la bête en moi s'offusque de ma réédition, je suis, en revanche, tout à fait docile lorsque je porte mon regard sur Von Hertling, du coin de l’œil.

Sa foutue voix, ses foutus ronds de fumée et sa foutue posture ont cette séduction glacée et mortelle propre aux serpents, et je l'écoute parler en le suspectant fortement de prendre son pied. Sa dernière phrase me hérisse le poil, m'informant que oui, cet homme pourrait très bien, sur un caprice, m'envoyer dans le bâtiment des légumes. Il pourrait difficilement faire mieux pour me faire pencher de son côté de la balance...

Mes doigts se crispent légèrement contre le marbre, et je rabaisse à un niveau normal le sourcil que j'ai haussé sous la surprise de son annonce... Surpris car il me semble aberrant qu'un type comme moi soit balancé à la banque de sang.

Soit, l'heure est à la docilité.

« Croyez-le ou non, j'ai subitement une terrible envie de vous satisfaire. Capitaine Von Hertling. »


Envie de vomir, aussi, mais il me faudra me contenir, au moins jusqu'à ce que je sorte de son bureau. Vu l'état des sols, il doit être assez maniaque pour m'arracher la tête si je commettais l'écart de ne serait-ce que baver sur son marbre.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 19:52

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

Plus que sa petite rébellion adolescente, j’exècre ce regard qu’il pose sur moi tandis que je me déplace. Le faisceau doré de ses yeux laisse une brûlure qui m’atteint jusque sous mes vêtements, telle une main qui parcourait ma peau nue. Si je n’étais pas habitué à de tels comportements animaux j’aurais pu en grogner. Le loup se figure-t-il que je pourrais m’abaisser à de telles abominations ? Le poids justicier de ma volonté l’écrase un peu davantage sur le marbre. Il comprendra rapidement que si certains se plaisent à entretenir d’indécentes relations avec des animaux ; cela n’est pas mon cas. À mes yeux l’esclave est tout juste bon à saillir quelques femelles pour réduire la facture de mon approvisionnement en me fournissant quelques hybrides à moindre coût.

Peut-être bien que si son comportement me déplaît je mettrais à profit son potentiel de reproducteur et le ferais engrosser les louves qui traînent au centre avant d’en faire un légume pour de bon. Après tout, n’est-ce pas là le rôle d’un alpha ? Perpétuer sa lignée ?

Heureusement pour lui, Tasunka ne m’en laisse pas l’occasion puisqu’il plie sagement et se soumet comme le bon chien que j’attends de lui qu’il soit. Ma poigne se relâche légèrement, se fait plus douce sur son échine car je sais aussi bien punir que récompenser, l’équilibre entre les deux déterminant l’efficacité d’un dressage efficace.

- Bien... j’approuve avec une certaine tendresse. Un sourire indéchiffrable suit sa grande silhouette tandis qu’Engel vient récupérer ma nouvelle acquisition.

Délesté de sa présence, j’écrase la fin de ma cigarette qui ne m’apporte plus aucune satisfaction... La frustration me gagne, teinte d’amertume chaque bouffée d’air que j’aspire, hanté que je suis par le regard émeraude que Vedel posait sur moi quand nous nous embrassions, dissimulés derrière quelques bottes de foin. Maudits souvenirs. Maudit sauvage qui ravive les mémoires de mon seul et unique « amant ».


Quelques jours défilent, guère plus qu’une petite semaine pendant laquelle je me suis assuré, par l’intermédiaire de mon secrétaire, de l’installation du loup. Le QG accueille quelques hybrides, triés sur le volet, qui y résident en permanence dans des cellules individuelles qui pourraient presque s’apparenter à de petits dortoirs si l’on excepte le béton nu des murs et les barreaux épais des grilles. Si les douches sont prises dans des vestiaires communs, les repas se prennent seuls et les rations sont adaptées à chaque animal. Tasunka est bien nourri, tout comme l’est l’orque qui séjourne dans la cellule face à la sienne. Je n’aurais que faire d’un esclave maladif et fébrile. Le personnel en charge des hybrides lui remet également des vêtements à sa taille (que j’ai du faire concevoir pour sa trop grande carcasse. Il n’est qu’à quelques centimètres d’Hunt et de sa une réputation de géant.

Pour l’instant je ne le nourris, ni ne l’habille, en fait : je ne le revois pas une seule fois. Il est encore en sursit et j’attends simplement l’occasion de vérifier qu’il désire réellement me contenter. En attendant, je me dégage un moment à la fin de mon service, lorsque les couloirs sont déserts et la plupart des miliciens rentrés chez eux, pour m’occuper de son cas. Je salue la patrouille de garde et me rend au Pôle, l’aile où le matériel est entreposé et où l’annexe des hybrides se trouve, à quelques pas de l’arène d’entrainement où je compte dérouiller un peu Tasunka. Je ne m’entraîne jamais là-bas en temps normal mais les conditions seront très certainement meilleures que dans le gymnase.

- Bonsoir, dis-je en m’approchant des barreaux pour ouvrir la grille qui tourne dans un cliquetis métallique. Je sais qu’il n’a rien mangé de la journée et ne m’offusque ni de son regard sombre ni du gargouillis de son estomac. Je l’invite à sortir d’un regard insistant alors que je me tiens sur le côté de sa porte. Contrairement à Skanah qui est muselé en permanence, j’ai fait le choix de laisser sa mâchoire et ses mains libres, j’espère qu’il ne me donnera pas l’occasion de regretter cette décision. Lorsqu’il s’est enfin donné la peine de quitter sa niche je la referme soigneusement et les clés retrouvent leur place dans le revers de mon uniforme.

- Suis moi. J’ordonne en le guidant jusqu’à l’arène. Il est temps que je te vois à l’œuvre. J’imagine qu’après ta semaine de congé tu débordes d’énergie. Un oeil sur ma montre et j’ajoute : je te laisse dix minutes pour t’échauffer. Tâche de faire ça correctement, ensuite nous passerons aux choses sérieuses et j’aimerais éviter d’avoir à te réanimer. J’agite entre mes doigts gantés un flacon de sang de vampire qui ne m’appartient pas.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 20:41



Six jours très exactement que je rôde dans cette nouvelle cage tout aussi étriquée que la précédente, et je ne suis toujours pas certain d'être à l'abri de la banque de sang. Je suis sage comme un toutou bien dressé, trouvant un peu de satisfaction dans les repas que l'on m'apporte. Moi qui ai vécu toute ma vie en communauté très resserrée, je n'apprécie en rien l'isolement de ma cellule et encore moins les murs de bétons qui me séparent de mes pairs. Si mon voisin d'en face n'avait pas été muselé, j'aurais pu m'en faire un partenaire de conversation...

Mais non.

Et aujourd'hui, je dois supporter de une privation de nourriture qui sort de nulle part. Si le Capitaine terreur pense ainsi tester ma sauvagerie, il me prends pour une truffe... S'imagine-t-il que je sois assez affamé pour sauter sur la première main qui passera à travers mes barreaux ?
Quand on parle du loup... Le voilà, bien mis dans son petit pantalon, sa petite chemise et son petit haut.

Ravissant, vraiment.

Après lui avoir marmonné un « Bonsoir Capitaine Von Hertling », je déplie ma masse de ma couchette dans un grincement sinistre qui semble vouloir illustrer tout l'amour que je porte au vampire et sors de ma cellule sans faire d'histoires. Sur le chemin je distribue quelques sourires franchouillards aux gaillards qui traînent dans les cellules voisines et dont je découvre les visages pour la première fois. Pas un ne me le rends, et je comprends, à cela plus qu'aux cicatrices dont ils sont couverts, plus qu'à leurs postures aux épaules un peu courbées, que traîner trop longtemps dans les parages n'est bon pour la psyché de personne.

Il me faudra faire attention si je veux préserver la mienne.

Marchant à peine un petit centimètre en retrait derrière le vampire, je débarque dans ce qu'ils appellent une arène. Sol de sable poussiéreux, spots trop lumineux qui éclairent le terrain et éblouissent mes yeux de noctambule, quelques espaces de stockages sur les cotés et, bien évidemment, des gradins pour tous les vicelards qui prennent leur pied à voir des corps s'étriper.

Tout en écoutant la douce voix de Von Hertling, j'hume l'air, brièvement, levant à peine le menton pour cela. Sueur, sang, pisse, le cocktail des trois me fait froncer le nez. Elle pue, leur salle de sport, mais je me plie de bonne grasse à la demande du Capitaine, faisant pour cela passer ma chemise par dessus mes épaules : pas envie de la tremper de sueur. Tirant mes coudes devant moi, chacun leur tour, je jette un bref regard par dessus mon épaule, direction les yeux noirs du vampire.

« J'imagine que vous ne courrez pas avec moi ? »


Un regard sur sa poitrine, sa ceinture serrée et ses jolies chaussures. Je le vois mal s'adonner à une quelconque activité physique. Un instant plus tard, je pars tranquillement faire deux tours de piste. Courir dans le sable n'a rien d'une partie de plaisir, mais je serais heureux de mordre la poussière sur ce sol plutôt que celui du bureau de Von Hertling.

Le marbre, ça pète les dents.

Le sable, c'est juste dégueu.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Sam 30 Sep 2017 - 23:17

Le chant du loup
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Si la proximité du loup dans mon dos me dérange, je n’en montre rien car je n’ai aucunement intérêt à ce qu’il apprenne ce qui m’est désagréable. Or, d’expérience je sais que les mauvaises habitues, à contrario des bonnes, sont celles qui se prennent le plus vite. Je me contente de planter mes talons dans le sable une fois arrivé à bon port et ne peux que féliciter son système de freinage pour lui avoir éviter une collision qui l’aurait immanquablement envoyé mordre la poussière. Tant qu’il ne fait pas l’erreur de poser la main sur moi je demeure courtois. C’est la limite à ne pas franchir, limite qu’il, s’il n’en a pas déjà conscience, découvrira sans doute bien assez tôt.

L’arène est déserte à cette heures et les petites tribunes sont vides, tout comme le couloir qui nous surplombe et qui mène normalement aux bureaux. Mes hommes sont pour la plupart rentrés chez eux, tout du moins en ce qui concerne ceux qui ne sont pas de garde pour la journée. À l’exception du personnel de ménage, personne ne risque de passer à proximité et de me déranger. Une bonne chose car l’aube pointera le bout mortel de son nez dans quelques heures à peine et je ne compte pas passer ma nuit avec le cabot.

Ce dernier se dénude sous mon regard brillant par son indifférence et étire les muscles noueux de ses épaules. Il possède une silhouette balancée qu’il est si difficile de façonner « artificiellement », même grâce à un entraînement rigoureux, et que le loup a du entretenir par un dur labeur dans les bois avant sa capture. Je prends mentalement note de ne pas le garder inactif trop longtemps sans quoi il perdra une masse que son corps aura bien des peines à retrouver entre quatre murs. Il l’ignore mais les exercices que j’avais prévu viennent de monter en difficulté. Je ne compte pas le ménager.

- En effet... Rien de ce que tu pourras faire ne risque de me froisser un muscle aussi je me passerais de la course.

Ma condition de vampire me rend nettement moins sujet aux contractures, déchirements et autres élongations que son corps mortel, même hybridé. Et même s’il s’avérait suffisamment étonnant de force et d’ingéniosité pour m’atteindre il ne fera jamais pire que me jeter par terre. Contrairement à ce que laisse présager mes rangers immaculées et mon uniforme cintré avec son col haut, rehaussé de la croix de fer qui pend sous ma pomme d’Adam... je n’aurais aucun scrupule à désordonner ma tenue si la situation l’exige. Je ne troque mon costume que pour les missions de haut vol ou en terrain accidenté... la séance de défouloir d’un hybride est loin de rentrer dans l’une ou l’autre de ces catégories. Tasunka n’a pas l’air de me croire capable de mieux qu’un petit tour de télékinésie pour venir à bout de mes adversaires et je n’ai pas l’intention de lui faire part ni de mon curriculum vitae ni des séances musclées auxquelles je m’astreins quotidiennement avant que le crépuscule ne tombe sur la ville.

L’esclave s’éloigne en trottant et j’attends paisaiblement que le temps imparti soit écoulé. Il a une bonne foulée, forte et puissante qui, avec le sable, doit sans doute le fatiguer plus que de raison. Je n’ai pas décidé de l’affamer par simple caprice mais bien parce que je veux voir les contours de son endurance. Ce n’est pas le jour J, sur le terrain, que le moment sera idéalement choisi pour me rendre compte qu’en dépit de ses deux mètres le loup est incapable de tenir la cadence après quelques heures de jeûne. J’imagine qu’il est habitué à courir le ventre vide, dans la nature la viande est moins abondante qu’elle ne l’est à Dornia, toutefois j’ai à cœur d’observer les manifestations physiques de son corps pour évaluer sa résistance avec exactitude.

Les dix minutes passées je pince ma lèvre entre mes dents et émet un sifflement impérieux qui sonne la fin de l’échauffement. Lorsque le mortel m’a enfin rejoint, je lui somme de s’immobiliser et glisse mon index et mon majeur contre sa jugulaire. Sous le cuir fin qui sépare ma peau de la sienne je prend son pouls pendant trente secondes, les yeux rivés au cadran argenté de ma montre.

- Bien, la mesure enregistrée dans l’un des nombreux tiroirs de mon esprit je recule d’un pas, me plante devant le loup qui me dépasse en taille et en muscles mais qui est loin de m’impressionner. Attaque moi. Si tu baisses ta garde ou commet trop d’erreurs je riposterais. Ne te retiens pas, c’est sans doute la seule occasion que je te donnerais de lever la main moi, aussi je te suggère fortement d’en profiter.

J’énonce les règles, qui sont simples, avec le calme qui me caractérise. Je me contenterais d’esquiver tant qu’il ne s’exposera pas et quand il le fera, parce que ça arrivera sans nul doute, je le sanctionnerai.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 1 Oct 2017 - 15:37



Le coup de sifflet qui passe les lèvres de Von Hertling est suffisamment strident pour ne laisser aucun doute sur ses intention et je rapplique au petit trot en ralentissant ma course pour ne avoir à freiner en catastrophe juste devant lui. Je suis certain qu'il détesterais avaler un nuage de sable... Même si je l'imagine bien rester totalement stoïque devant une telle situation.

Mes pieds se plantent dans le sol, et, les orteils enfoncés dans la poussière, je me tends un peu lorsque le vampire approche sa main de mon cou. Qui sait quel genre de lubie peu bien lui passer par la tête, et je ne peux m'empêcher de suspecter une fourberie. Mais non, ses doigts se posent sans heurt contre mon cou... Il est suffisamment proche pour que notre différence de taille devienne significative, et je ne peux nier prendre un peu de satisfaction à pouvoir le regarder de haut. Il prend mon pouls, je le sais... Mais il faudra bien plus qu'une course de dix minutes pour que mon gros cœur ne s'affole.

J'occupe les trente secondes de silence à imaginer le craquement de ses os entre mes bras si je parvenais à l'attraper là et à le coincer contre moi. L'idée est divertissante et me tire un peu le coin des lèvres jusqu'à ce qu'il s'éloigne de moi en m'annonçant qu'il souhaite servir de sac de sable. Allons bon, l'exercice promet d'être tout à fait frustrant : chacun sait que même un vampire nouveau-né peut se mouvoir avec tant de rapidité que même le plus vif des mortels ne peut espérer le toucher sans user de ruse. Et, à vrai dire, si je sais utiliser mon environnement pour tendre des traquenards à mes opposants, cette arène ne comporte aucune fourberie exploitable : aucun piège à loup camouflé sous la mousse, aucun trou recouvert de végétation. Et je dois bien avouer que mon seul combat contre un vampire fut celui qui m'amena à la captivité.

Je n'aime pas me battre.

Je préfère m'ébattre.

Mais je garde cette confidence pour moi, pas très désireux de me prendre un nouvel assaut mental en proposant à Von Hertling d'envoyer ses jolies gambettes en l'air avec moi en guise d’entraînement sportif. D'un sourire charmeur je lui signifie ma bonne compréhension de sa requête et, après avoir ramené mes cheveux en arrière, je jette un bref regard circulaire sur l'arène et me tasse un peu sur moi même, prêt à bondir comme un ressort. La vitesse n'est pas ma plus grande force et si je me sais capable de courir des heures dans des conditions difficiles en portant un homme sur mon dos, je suis également conscient que cet atout ne me servira à rien ici. Alors je fais l'inventaire de ce dont je dispose pour m'aider.

A droite de Von Hertling : la porte par lequel nous sommes arrivés. Inintéressant.
A sa gauche, le vaste espace de l'arène. Pas terrible : s'il est leste comme le laisse supposer son physique, il se contentera de virevolter comme un diable pendant que je perdrais mon temps à balancer mes poings dans le vide.
Enfin, derrière lui : les espaces de stockage. Il y a trois petits espaces : l'accès de deux d'entre eux est fermé par des grilles, le troisième est grand ouvert et je peux y apercevoir des barres de fer, des balais et d'autres trucs en métal qui brillent et dont j'ignore le nom.

Bien, c'est là qu'il me faudra l'amener si je veux avoir ne serait-ce qu'une toute petite chance de le coincer.

« Capitaine... Fallait-il vraiment me priver de nourriture pour daigner venir vous mesurer à moi ? Je suis flatté. »

A défaut de coup de tambour, une pique fera l'affaire pour sonner le début des hostilités. Je m'élance sur lui, évidemment bien trop lourd, bien trop lent. Mon poing droit se lance vers son épaule gauche mais ne rencontre que du vide. Je sens un très léger tacle sur mon flanc droit alors que Von Hertling glisse de ce coté de mon corps : premier avertissement, pas plus fort qu'un petit lancé de caillou. Je rabats mon bras en pivotant légèrement sur moi-même pour tenter de lui envoyer mon coude dans le nez, mais le vampire n'est déjà plus là et c'est cette fois-ci sur mon flanc gauche qu'il m'envoie un coup : deuxième avertissement, un peu plus fort cette fois-ci. D'un rond de jambe je tente de faucher la sauterelle suceuse de sang mais mon pied effleure à peine le cuir de ses bottes et c'est cette fois sur mon épaule droite que s'abattent les doigts du vampire : troisième avertissement, cette fois impossible à manquer car il est presque douloureux.

Un grognement sourd et frustré racle ma gorge sans franchir mes lèvres et je continue à brasser de l'air. Je ne tarde pas à comprendre que le troisième avertissement était le dernier : en voulant me jeter comme un idiot sur le vampire, je lui laisse une si belle occasion de m'envoyer au tapis que la sanction ne se fait pas attendre. D'un mouvement trop rapide pour que je puisse l'analyser, Von Hertling m'attrape par le poignet, serre à peine et m'envoie bouler par dessus son épaule.

Je finis cul par-dessus tête, à 10 mètres de lui, les cheveux devant les yeux et le corps tartiné de sable. Je tousse, crache, marmonne ma vexation en me redressant et découvre que j'ai de la chance dans mon malheur : j'ai été envoyé à moins d'un mètre de l'espace de stockage où je voulais me rendre.

Tout en me redressant, je marque une pause en dévisageant le Capitaine sport extrême... Qui ne semble pas avoir le moindre grain de poussière sur son uniforme. Feignant de retrouver un souffle que je suis en réalité bien loin d'avoir perdu, je marque une pause, laissant le loisir au vampire de se rapprocher un peu... Ce qui arrangerait bien mes affaires.

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Dernière édition par Tasunka le Dim 1 Oct 2017 - 18:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 1 Oct 2017 - 18:42

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

Comme je l’avais deviné dans mon bureau, Tasunka est en pleine forme et regorge d’une vitalité dont peu d’hybrides captifs jouissent encore. Ses poumons sont gorgés de l’air pur des bois, ses jambes forcies par les courses dans la boue et surtout, sa tête est encore pleine des rêves que je dois m’efforcer de briser pour m’assurer sa servilité, il perdra forcément de sa superbe dans le processus, c’est inévitable. Pour l’heure, le loup est dans la force de l’âge, les quelques tours de piste ont a peine eu pour conséquence d’accélérer les pulsations de son énorme cœur. Les valves puissantes pompent et expirent le sang dont le reflue me caresse la pulpe des doigts à travers le cuir et provoquerait très certainement la sortie de mes crocs si je n’étais pas si vieux. Il y a longtemps que la soif ne m’handicape plus ; bien que je n’ai rien bu aujourd’hui et que ma peau ait à présent la fraîcheur d’un linge humide laissé aux courants d’air mes canines restent sagement à l’abris de mes gencives.

Je le lâche, referme la poche de mon veston et souris distraitement quand il prend la liberté de m’asticoter. Les chiens ont souvent un côté joueur, un peu canaille qui va de pair avec l’exercice que je lui propose. S’il a besoin de me provoquer pour se donner le courage de m’attaquer, peu m’importe, je lui laisse ce loisir sans me départir de mon calme habituel. Mes limites sont rapidement atteintes mais tant qu’il ne les dépasse pas, il ne subira rien de pire que mon indifférence. Je ne mesure rien d’autre ici que ses propres compétences, ce n’est pas contre un mortel tel que lui que je pourrais espérer moi-même m’entraîner, je doute d’avoir quoi que ce soit à apprendre de lui.

- Nous verrons bien assez tôt.

Et le simulacre de combat commence immédiatement. L’esclave est fort, ses grandes paluches brassent l’air qui agite les mèches sombres de mes cheveux mais, sans surprise, il m’effleure jamais. Peut-être que contre un autre humain il pourra espérer l’écraser entre ses gros bras noueux... si son adversaire est suffisamment ivre. Gottverdammt. Le loup n’a strictement aucune idée de ce qu’il est en train de faire, pas la plus petite once de technique ne transparait dans ses assauts. Les sauvages ne font-ils donc rien d’autre que se montrer les crocs et pisser contre des arbres pour asseoir leur dominance ? Soudain je comprends mieux pourquoi Tasunka s’est fait prendre avec tant de facilité... Chaque coup expose ses organes vitaux comme je m’empresse de lui signaler, d’abord avec une certaine délicatesse, puis de plus en plus vigoureusement à mesure que le chien omet de réfléchir et se contente de se ruer sur moi comme un bon lourdaud écervelé.

Quelle bêtise... Ma patience s’étiole et je ne tarde pas à le lui signifier à ma manière, comme je le lui avais annoncé. Ma main se referme sur son poignet, il me suffit de tourner sur mes hanches et de relâcher les doigts pour l’envoyer dans le décors où il rebondit sans grâce dans le sable. Je retire ce que j’ai dit : éventuellement, je pourrais copier son admirable capacité à ricocher. Sa belle assurance git quelque part dans le nuage de poussière qu’il vient de soulever par sa maladresse. Il tousse, grogne et pour peu que la génétique lui eut donné des oreilles elles se seraient surement plaquées contre son crâne. Sourcil levé, mains dans les poches, je m’approche avec une tranquillité feinte car le tonus dans mon corps n’a pas baissé d’un iota.

- Je suis déçu, Tasunka... Je pensais qu’une grande bête comme toi pouvait survivre quelques heures le ventre vide, me serais-je trompé ? Dis-je en claquant de la langue pendant que le loup s’ébroue et se redresse.

- Peut-être devrais-je m’attacher les mains dans le dos ou me bander les yeux pour te laisser une chance... à ce rythme tu auras bientôt avalé tout le sable de l’arène, j’ajoute en lui jetant un regard désolé.

C’est sans doute en franchissant les derniers pas qui nous séparent, quand je m’arrête à un petit mètre de lui que je relâche, brièvement ma vigilance. Je m’abime une seconde dans le dessin complexe et familier du sable blanc sur sa peau, hâlée par la caresse d’un soleil que je ne peux plus voir, renvoyé trois siècles auparavant dans la petite crique ou nous nous baignions dans les eaux froides de la Mer du Nord.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 1 Oct 2017 - 19:34



Et il décide de s'approcher. Aucun des traits de mon visage ne trahis mon contentement, et je me relève en m'essuyant le visage, du revers de mes mains. Tout dans ma posture exprime la reddition et je réponds à sa verve en passant une main dans mes cheveux et en expirant mon air pour simuler une immense frustration contrite. C'est à cet instant que son regard quitte mes yeux pour se poser sur ma peau et, juste en surface de ces prunelles sombre, j'aperçois un voile sur lequel je m'interrogerais plus tard. S'il feint la baisse de concentration, j’essuierais un échec de plus, mais si la brume de ses yeux est née contre sa volonté...

La main que j'ai encore dans mes cheveux jaillit vers lui, à sa droite. Son regard tressaute, il me voit  venir. Mais cette fois j'ai la chance de pouvoir prédire sa trajectoire : il ne peut esquiver à sa droite sans quoi il s'encastrerait dans une grille en métal. S'il esquive en arrière, il me suffira de prolonger mon mouvement pour finalement lui mettre le grappin dessus. S'il décide de se laisser tomber au sol : je lui tombe dessus et je l'écrase de tout mon poids. Alors il ne lui reste qu'une seule possibilité :

Il esquive à gauche.

Et je le cueille au vol.

Ma poigne se referme sur son biceps. Je n'ai ni le temps de m'attarder sur la finesse de celui-ci ni sur sa dureté de pierre, et je pivote sur moi-même, usant de la force centrifuge pour l'envoyer bouler tout au fond de l'espace de stockage. Par chance, il passe tout juste dans l'ouverture sans s'arracher la tête dans l'encadrement métallique des portes. Ce n'est que lorsque le bruit de son atterrissage me parvient aux oreilles que je prends conscience de la force monstrueuse que j'ai mis dans mon lancé. Un grincement strident attire mon regard au-dessus de sa tête, et mon cerveau court-circuité passe en mode automatique lorsque je vois l'étagère en métal, qui porte d'énormes disques en fonte, céder brusquement.

Mon sourire victorieux s'efface et tout en m'élançant vers le Capitaine encastré dans le mur, je croise son regard noir. Ce n'est pas celui d'une personne en danger...

Pourtant je fonds sur lui comme une bête, absolument certain que s'il se fracasse le crâne ici et qu'il meurt, mon histoire s'arrêtera là. Mon corps se fait barrière de chair, je courbe le dos au-dessus de lui et enroule mes bras autour de sa précieuse cervelle. L'instant d'après, l'intégralité de l'étagère me tombe sur les épaules. Et sans doute que l'un des disques de fonte m'est tombé sur la tête car malgré le grondement sourd qui tourne dans ma poitrine, ce n'est pas vers la douleur que vont mes pensées. Non.

Le nez plongé dans les cheveux noirs de ce foutu vampire, mes doigts se resserrant un peu autour de sa tête par réflexe, je ne peux passer à coté de son odeur. Elle s'est infiltrée dans mes narines pour partir tapisser mes poumons. Il sent le bois.

La forêt.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 1 Oct 2017 - 22:03

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev


Ses mains mouillées m’enlacent, les miennes qui sont sèches repoussent le sable qui lui colle à la peau, deviennent poisseuses du sel qui le recouvre. C’est chaud. Je pourrais presque me brûler. Puis il y a son sourire, large, rayonnant de vie, rayonnant de lui qui s’abaisse sur moi.

L’action défile trop vite même pour mes capacités surhumaines. À l’orée de ma conscience, son geste m’arrache à la douceur-amère de mes souvenirs et je n’ai qu’une fraction de seconde pour prendre une décision. Je pourrais enfoncer la grille pour lui échapper mais mon esprit pratique me pousse à bondir loin du battoir qui fend l’air en direction de mon visage. Je viens de me jeter dans son piège. Et quelle embuscade grossière... Il n’aura donc jamais de cesse de me tourmenter au pire moment ?! Si je n’étais pas si préoccupé par ce qui m’attend en bout de course je pesterais. Tasunka ne m’en laisse pas l’occasion et je suis trop surpris pour penser à contre-attaquer. Sa force de buffle me projette avec une aisance remarquable. Tel un boulet de canon, je traverse le local de rangement à toute vitesse et siffle quand mon dos s’encastre avec fracas dans les étagères, presque sonné. J’imagine que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même et que je devrais remercier mes muscles bandés d’avoir un peu, à défaut de totalement, absorbé le choc.

Je jette un regard sombre au loup goguenard qui me fait encore face, son grand sourire étalé en pleine figure. Maudite bête, maudite ressemblance et maudite force. Bon sang, c’est un loup, pas un pachyderme ! Dans un grondant je remue pour me redresser et - accessoirement - m’extraire du métal plié qui me retient. J’ai bien peur d’avoir, moi aussi, perdu de ma superbe car un courant d’air me caresse le creux des reins et m’informe que mon uniforme est bon pour la poubelle. À cet instant, je suis incapable de déterminer qui de Tasunka ou de moi-même m’insupporte le plus. J’admets être outrageusement... vexé de mettre laissé avoir par son ignominieuse reddition factice, et encore plus d’avoir été déconcentré par ces réminiscences poussiéreuses.  

Et le pire dans cette affaire c’est surement que l’hybride parvient, pour la seconde fois en un laps de temps définitivement trop court, à me décontenancer. Alors que j’esquisse un pas dans sa direction, bien décidé à sortir du cagibi pour lui donner une bonne leçon qui le laissera épuisé sur le carreau : le loup me heurte de tout son poids. Trop frustré, trop surpris, je n’ai rien vu des étagères branlantes et de la fonte trop lourde pour leurs fondations compromises. Le grincement métallique attire trop tard mon attention, quand les bras noueux m’emprisonnent.

Ma stupéfaction est totale.

Mon reflex premier : le repousser aussi fort que possible avorte à la seconde où ma joue entre en contact forcé avec la peau brûlante de son torse. Souffles courts et sueurs mêlées me catapultent.


- Hertling ?

Je levai les yeux du rapport que j’avais entre les mains pour croiser lentement mes paumes au dessus de ma correspondance. Un sourire reptilien tordit mes lèvres quand le soldat se mit au garde à vous. Que c’était bon de se sentir puissant.

- Un rom a été retrouvé près des Messerschmitts, je l’invitai à poursuivre d’un regard appuyé, nous pensons qu’il trafiquait les châssis, Monsieur.

Je plissai les yeux. S’il y avait bien quelque chose que je détestais plus que les juifs, c’était bien les roms. Toujours à fouiner partout comme les petits être insignifiants et vicieux qu’ils étaient.

- Amenez-le ici, soupirai-je en reprenant ma lettre comme si de rien n’était. Je n’avais plus de temps à perdre avec ce genre de bêtises, désormais.

Mes soldats jetèrent dans ma tente un individu étrange à la longue silhouette... Familière. C’était un homme grand, au visage bien taillé et aux yeux verts plein de malice que j’avais peur de reconnaître. De longs cheveux noirs et brillants tombaient sur ses épaules et lui donnait davantage l’air d’un indien que d’un rom. Il semblait si serein, si tranquille que je ne résistai pas à l’envie de me lever, sifflant comme un serpent dérangé. Où se croyait-il dans un camp de vacances ? Un zoo ?

- Je ne vous dérange pas ? susurrai-je au tzigane qui s’était penché sur l’une des petites plaques qui ornait son bureau de fortune.

Je manquai de m’étouffer dans ma salive quand l’autre avança ses mains menottées pour s’en saisir, son sourire délicat toujours aux lèvres. De toute évidence, il lisait l’écriteau, je levai les yeux au ciel, c’était du latin. Moi-même n’avais aucune idée de ce qui y était écrit, on m’avait offert ce bidule pour ma promotion, alors, comment un tout-juste-homme comme lui aurait-il pu-...

- « Demain vive d'amour qui jamais n'a aimé,
et qui a aimé, demain vive d'amour. »


Il avait reposé la gravure, levé ses grands yeux émeraudes sur moi, un moi figé, mortifié.

- C’est beau. Je suis étonné de voir ça sur ton bureau... Wolfgang.

Vedel...




Je reviens au présent avec une brutalité inouïe, pupilles dilatées, narines frémissantes. Pendant un instant, je ne sais plus où je me trouve ni ce que je fais là, un voile rosé obstrue ma vision et j’ai la désagréable impression que mon col m’étouffe. Je suis comme un steak congelé dans une poêle brulante, écorché vif. C’est l’odeur ferrugineuse du sang qui me remet les idées en place : un disque de fonte de quatre-vingt kilos vient de percuter l’épaule du loup et a tranché sa chair. Sa clavicule forme un creux étrange là ou le flot vermeil clapote gentiment.

Non sans une volée d’injures très germaniques je l’écarte vigoureusement de moi, pour une multitude de raisons auxquelles je me refuse d’accorde une seconde. Les priorités s’organisent en vitesse et la première demeure de sortir urgemment du local et de soigner cette plaie. Ma force me permet de forcer l’hybride hors de la gangue d’acier en dépit de son corps que la douleur appesanti. Je le fais asseoir contre le mur de l’arène où il s’écroule plus ou moins sous mon regard réprobateur.

Ce n’est qu’après lui avoir glissé le flacon de sang entre les lèvres que je persifle.

- As-tu besoin d’une paire de lunettes pour me confondre avec une demoiselle en détresse ?

L’os de la clavicule a lâché sous l’impact, j’extirpe un mouchoir de ma poche pour essuyer le sang et m’assurer que la régénération suit bel et bien son cours.  

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Dim 1 Oct 2017 - 22:55



Tiré, porté ou traîné, je n'accorde pas vraiment d'importance à la façon dont je retrouve le maudit sable de l'arène. Lorsque mon dos racle contre un mur, je grogne d'inconfort, mais surtout de mécontentement d'être arraché à l'odeur boisée qui m'a laissé fantasmer l'espace d'un instant. Il me faut quelques secondes pour réussir à remettre mes yeux bien droit dans mes orbites et lorsque Von Hertling me coince son flacon de sang entre les lèvres je louche un peu dessus en bloquant ma déglutition.

Ignoble ! Le liquide froid me tartine le palais et la langue, pâteux et écœurant.

Ma main droite se lève pour aller hôter la fiole de ma bouche : très mauvaise idée, la douleur m'irradie tout le bras, de l'épaule au poignet, et j'avorte mon mouvement pour tenter le même, mais par la main gauche. Je recrache presque proprement ma gorgée dans la bouteille et la pose au sol à coté de mes fesses. Les lèvres tartinées du sang d'un inconnu, mon esprit sort doucement du coton et mon regard glisse sur la main du Capitaine qui s'approche pour poser son mouchoir sur ma clavicule et...

« MRRRHAÏE ! »

Je lui grogne dessus sans pourtant esquisser le moindre mouvement, ramenant pour l'occasion mon regard sur son visage. Il est tout ébouriffé... Mais intact. J'assimile sa phrase avec un temps de retard et réponds sur un rire étourdi.

« Non Capitaine, vous cognez trop fort pour décrocher le rôle de la princesse... Mais vous avez un joli cou, j'aurais été peiné de le voir tranché par un disque en fonte... »


Le goût métallique qui me colle aux papilles me procure un dégoût certain, mais je prends sur moi d'avaler un bon coup pour faire disparaître le goût. Von Hertling ne m'ordonne pas de me relever alors je reste affalé contre le mur. Bon sang qu'il me serait agréable de m'étaler sur une couchette de fougères devant un feu, si possible en bonne compagnie...

Mais il me faut me contenter de celle du Capitaine.

La tête me tourne un peu, et je la cale contre le mur, relevant le nez vers le plafond.

« Capitaine Von Hertling... C'était un test ? Vous comptiez vous téléporter avec vos super-pouvoirs si je ne me dévouais pas à me prendre la ferraille sur la figure ? »


Ses doigts n'appuient plus sur ma plaie et, face à son silence, je ferme les yeux en riant de moi-même.

« Ah. Si j'avais sût... »

J'ai faim.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Lun 2 Oct 2017 - 0:42

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

J’ai toujours pensé que la souffrance, à l’exception de la torture, rendait les hommes silencieux. Le loup me prouve par A + B que cette règle ne le concerne absolument pas. Il grogne, geint et crache partout comme le sale cabot qu’il s’avère en réalité être. Et j’ignore superbement tout ce qui sort de cette grande bouche ingrate que je meurs d’envie de coudre. Je suis persuadé que le potentiel sympathie de Tasunka, du moins à mes yeux, augmentera de manière significative s’il est dans l’incapacité la plus totale de s’exprimer. « Joli cou », me  « téléporter avec » mes « super-pouvoirs », je roule des yeux.

Gottverdammt.

Il dodeline à mesure que l'endorphine produite par son corps le drogue afin de minimiser sa douleur. Quelle idée... je dois avouer que tout cela me laisse terriblement perplexe et je préfère ne pas m’y attarder pour l’heure. Le moment est mal choisi pour me faire un nœud au cerveau en tentant de comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête. J’essuie d’un geste vigoureux le sang qui lui goutte sur le menton et lui fourre le mouchoir dans la poche. Maudits mortels. Je serais bien incapable de dire s’il a bu suffisamment de sang pour se régénérer mais rien n’est moins sûr. Je devrais certainement le laisser là et aller chercher de quoi le revigorer mais les récents souvenirs qui m’ont assailli m’en empêchent. Je prends la deuxième mauvaise décision de la nuit.



Couvert de sang et les tempes en miettes, je décharge mon fardeau au beau milieu de mon bureau, à même le sol : pas question de le laisser se vautrer dans mes cuirs ! Je viens de traverser tout le bâtiment en longueur, traînant à bout de bras Tasunka, qui s’est gentiment évanoui pendant la manœuvre, me laissant tracter son quintal de muscles et de poids mort. Même avec mes pouvoirs, j’ai eu un mal étonnant à le transporter dans le QG. Le loup excède largement la petite centaine de kilogrammes que mes pouvoirs me permettent de promener à ma guise et ses deux mètres sont tout ce qu’il y a de plus encombrant. Il m’a fallu user de ma force toute vampiriques ET de mes pouvoirs pour le mouvoir jusqu’ici. J’ai pris deux escaliers avant de me résoudre à le pousser dans un ascenseur où, coincé dans la petite cabine je lui ai malencontreusement cogné le crâne dans la poignée pour handicapé (comme si j’avais des estropiés ici !) et ai récolté un grognement outragé. Si j’avais su, je l’aurais poussé plus fort.

D’un geste que je veux digne, je retire ma veste déchirée, tâchée et la laisse tomber près de la porte où elle termine d’éponger le sang que l’hybride s’est appliqué à répandre absolument partout avec un soin tout particulier. En deux cents ans de carrière... jamais aucun esclave ne m’a donné autant de fil à retordre et le comble demeure qu’il est parfaitement inconscient. Si Engel me voyait. Bon sang. Si mes hommes me voyaient.

Je contemple le résultat de cette très étrange soirée en caressant du bout de la langue mes crocs devenus douloureux. Toute cette hémoglobine ne me laisse pas indifférent surtout après l’utilisation continue de mes pouvoirs. Je suis toutefois trop civilisé pour me jeter sur le loup et c’est bien pour cette raison que je prends le temps de boire un verre de sang avant de passer un bref - et désagréable - coup de fil à mon technicien de surface encore sur le site. Après m’être assuré qu’il aura bien nettoyé le carnage avant de partir, je m’occupe des caméras de surveillance. La tâche me prend quelques minutes mais je m’en acquitte avec soin : personne n’a besoin de savoir que j’ai pris la peine de charrier moi-même un esclave qui a failli se faire décapiter pour me venir en...aide. Geste que je ne comprends ni ne m’explique.

Apaisé par mon repas, je fais monter par le milicien de garde celui que j’avais initialement prévu de faire prendre à l’esclave une fois l’entraînement terminé. Tasunka n’est pas encore revenu à lui quand le roulis discret du chariot se fait entendre.

- Laissez ça là, dis-je en grognant sous les yeux ébahis du vampire qui ne m’a jamais vu dans cet état. Il a la bonne idée de ne faire aucun commentaire et de quitter les lieux en vitesse en me souhaitant une bonne journée. En effet, la nuit touche déjà à sa fin et si je ne veux pas dormir sur mon canapé, Tasunka sur mon tapis, je ferais bien de régler rapidement cette histoire.

C’est donc avec une certaine satisfaction que je lui verse une tasse d’eau sur la visage, debout au dessus de lui. Je me tiens toutefois prêt à esquiver un éventuel retour de flamme.

- Ton épaule n’a pas cicatrisé, je te suggère de ne rien faire de stupide, dis-je néanmoins, plus par soucis d’éviter une nouvelle gerbe de sang sur mon marbre que pour atténuer ses peines.

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Dernière édition par Wolfgang J. Von Hertling le Dim 8 Oct 2017 - 14:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mar 3 Oct 2017 - 17:09



Il roule des yeux. Le capitaine terreur roule des yeux, et moi, comme un ivrogne, je réponds à sa mimique d'un sourire solaire, fier de mon baratin léger et bien incapable de réprimer ma sincérité. A sa demande je me relève avec la souplesse d'un bloc de granit. Ma cervelle flotte dans une mer d'eau tiède tout à fait agréable et malgré la lourdeur de mes pas qui s'enfoncent dans le sable à la suite de Von Hertling, je me sens léger comme un poil de pissenlit.

Si léger que mon esprit fini par se prendre d'une envie de voyage aérien et, lorsque je sens que la conscience m'échappe, je n'ai guère plus que le temps de bredouiller un « Capitaine... » pour l'avertir avant de m'écraser contre le dos de celui-ci. Une bouffée d'air forestier me monte au nez et puis...

… Plus rien.

¤

Il fait chaud. L'air sent bon la nourriture, le sol est frais sous son dos nu. Sur sa hanche exposée aux rayons du soleil, une main vient poser une caresse et s'enrouler autour de sa taille. C'est Io, le drôle d'hybride tortue qui vient parfois faire du commerce avec le campement Lakota. Il est jeune, fluet comme une fille, ses cheveux sont blonds comme les blés et sa peau est couverte d'écailles lisses. De jolis yeux clairs, des lèvres charnues. Tasunka ouvre un œil ensommeillé et tourne vers lui son visage basané.

« Hm... ? »

« Tasunka... Est-ce que tu m'aimes... ? »


Le loup baille sans retenue en dévoilant ses crocs avant de venir poser un baiser sur le nez de l'homme-tortue. Il sait bien ce qu'implique cette question et, non, il ne peut y répondre sans que le joli visage du garçon ne se teinte de déception.

« Bien sûr... Je t'aime comme le champ de pâquerettes, là bas, comme Mamé Griffon ou comme le soleil. Mais je suis désolé, Io... Cet amour là... Tu n'es pas le seul à qui je le porte. »


Du dos de sa grande main, le loup caresse le visage peiné d'Io, calmement, puis, après de longues minutes de consolation silencieuse, il se relève, s'étire de tout son long entre les plantes qui tapissent le petit abri de planches de bois. Dans son dos, il entends la question dépitée du garçon : « pourquoi... ? ». L'Amérindien lâche un soupir tendre et revient sur ses pas pour s'accroupir devant Io et lui passer une main dans les cheveux.

« Parce que, Io, les loups n'ont qu'un seul amour dans leur vie. Et j’espère bien ne jamais rencontrer le mien. »

¤

Bwark, y'a une fuite dans la tente ou quoi ? J'ouvre les yeux, sourcils froncés, un peu hagard... Le retour à la réalité est rude. De retour dans le bureau du Capitaine Von Hertling... Il m'a porté jusque là ? Dans la case de mon esprit dédiée au Capitaine terreur, je note que celui-ci est assez costaud pour tracter 130kg sans transpirer. Parce que, malgré l'eau qu'il me fait dégouliner sur la figure, son odeur me parvient toujours, et elle n'est pas plus forte qu'au commencement de mon entraînement.

J'ai faim, soif, et finalement l'eau sur mon visage n'est pas si mal venue et, d'un coup de langue, je récupère quelques gouttes sur mes lèvres qui ont au moins le mérite de me rincer la bouche. Un peu. Le temps d'un yo-yo tranquille, mon regard parcours la silhouette du Capitaine... Sa chemise blanche bien ajustée, humide de sang, lui colle à la peau par endroits et me tire un sourire cabotin. Puis c'est l'odeur de la nourriture qui attire mon attention, et mon visage se tourne vers le chariot...

« Suggestion bien assimilée, Capitaine... Le chariot est pour moi, ou pour vous... ? Vous m'avez ouvert l'appétit... »

Malgré ma clavicule en bouillie, je me redresse, non sans mal. Je ronchonne à voix basse jusqu'à être debout.. Il m'est bien plus appréciable d'être dans cette position plutôt que de devoir regarder le vampire depuis le sol : partager le point de vue d'une fourmi fait pas vraiment partie des choses que je juge agréable, surtout face à Von Hertling.

Ma main gauche se pose à reculons sur ma plaie... Elle saigne encore et mes doigts se retrouvent tartinés de rouge. Je les lève jusqu'à mes yeux et mes lèvres se fendent d'un rictus joueur que je peine à retenir. Mon regard glisse vers Von Hertling...

« Vous en voulez ?... »

Au regard qu'il me jette je hausse un sourcil et me hâte de lui tourner le dos pour retirer ma boutade. Mes cheveux noirs roulent depuis mon épaule vers le creux de ma nuque. Dans mon esprit rendu mou par la perte de sang, une ligne supplémentaire s'écrit dans le coin réservé au Capitaine. Écrite plus grosse que les autres.

On ne plaisante pas avec le capitaine Von Hertling lorsqu'il vient de déchirer sa veste.

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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mar 3 Oct 2017 - 20:11

Le chant du loup
Tasunka

« On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt.» Ivan Tourgueniev

La belle au bois dormant des temps modernes ouvre ses grands yeux dorés, tout plein de surprise et... tout plein de l’eau que je lui vide sur le visage. Il se pourlèche les babines, un sourire qui ne me plait guère aux lèvres. Malheureusement la tasse que j’ai en main est vide. J’aurais du prévoir un pichet entier.

- Je ne mange pas ce genre de choses, lui dis-je, las de devoir exprimer ce qui me semble être une évidence. Pourquoi diable avalerais-je ce genre de ragoût ? Les hybrides avec lesquels je travaille sont bien nourris mais je ne m’hasarde plus à goûter la nourriture humaine qui me fait l’effet d’une pâté pour chien : grasse et épaisse. Je ne me laisse tenter que dans de rares moments de gourmandise, par quelques pâtisseries ou par des plats gastronomiques qui ne sauraient être chauffés au micro-onde.

Le temps que je dépose la tasse sur ledit charriot et que je me retourne, Tasunka a trouvé le moyen de mettre ses doigts dans sa blessure et les exhibe sous mon nez, poisseux de rouge, comme des trophées. Je n’ai pas besoin d’ouvrir la bouche pour qu’il comprenne combien sa crétinerie m’afflige. Toutefois, je ne peux nier que le parfum épicé de son sang caresse mes canines et me met en appétit malgré mon repas récent. Par mesure de sécurité, je me sers une autre coupe dans laquelle je trempe mes lèvres. Le nectar glisse sur ma langue, excite mes papille, doux et lisse comme un velouté, mais je n’y retrouve pas l’amplitude frivole que promet les effluves de la bête qui me fait à présent dos.  

L’os forme toujours un angle inquiétant et il me suffit de le contourner pour constater que la blessure n’a pas du tout évolué. Le peu qu’il a daigné ne pas recracher a au moins eu le mérite de stopper l’hémorragie mais c’est loin de me satisfaire. Sa clavicule doit être remise en place et il lui faudra deux à trois mois de repos pour retrouver l’usage complet de son bras. Je pince les lèvres. C’est bien trop long. D’ici là, il aura perdu sa musculature de bœuf à cause de l’immobilité forcée. Sans parler des frais médicaux astronomiques qu’il n’est pas question que je dépense pour un ancien libre qui m’a déjà coûté bien assez cher... je suis certain qu’il trouvera le moyen de rechuter en se pavanant.

Sans un mot je tourne sur mes hanches et vais me poster près du chariot. Évidemment, personne n’a pensé à me fournir un flacon supplémentaire et puisque l’esclave a eu la bonne idée de gaspiller celui que je lui avais prévu... il ne me reste plus qu’à retirer mes gants. Et c’est ce que je fais.

Te per te juva.

Le cuir rencontre le bois de mon secrétaire dans un bruit mat tandis que je soulève la cloche en plastique qui protégeait le contenu de son assiette. L’arôme du beauf aux herbes se répand dans la pièce, donnant à mon bureau des airs de cafétéria. D’épaisse pomme de terre baigne dans la sauce, accompagnées de rondelles de carotte. Je suis presque devant le charriot et si l’esclave avait la mauvaise idée de se ruer sur la nourriture... il lui faudrait d’abord se débarrasser de moi car je lui bloque le passage.

- Bien, ne perdons pas davantage de temps, je suis déjà en pleine course contre la montre. Je remonte ma manche dans un réflexe qui consiste à vouloir protéger l’éclat de ma chemise d’hors et déjà ruinée, et m’empare de son couteau. La lame caresse mon poignet, mord la chair pâle. Si tu comptes manger ce soir et cette semaine... mieux vaudrait pour toi que tu ne craches pas cette fois-ci.

Je serre le poing, gonfle mon biceps et un filet vermeil ne tarde pas à s’écouler avec fluidité dans le petit verre de cantine. J’accumule l’équivalent de quelques gorgées avant de presser un kleenex sur ma plaie, mon mouchoir en soie ayant été abandonné dans la poche de Tasunka, là où je ne compte pas le récupérer. Un coup de langue referme l’entaille alors que je lui tends avec exigence un verre de mon propre sang, mon regard planté dans le sien. Je ne saurais tolérer un refus.  
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MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mar 3 Oct 2017 - 21:45



Qu'est-ce qu'il fait... ?

Je sais depuis longtemps que l'instinct de protection est très développé dans mon gros cœur de loup. La fatigue, la faim, la perte de sang et la relative liberté qui m'a été laissée ce soir dévient quelque peu ma psyché de son axe standard et mon bras gauche amorce un mouvement réflexe vers Von Hertling lorsque le tranchant du couteau mords sa chair. Le geste est infime, à peine un soubresaut, et meurt prématurément lorsque ma cervelle me rappelle l'identité de celui qui se tient face à moi.

Définitivement pas un agneau à protéger, tu te souviens, Tasunka ?


Ah... Oui, c'est vrai, il sent la forêt, le bois, mais il n'est pas de ma meute.

Mes sourcils se froncent lorsque je comprends ce qu'il fait. Le verre se rempli de son sang et Von Hertling peut remercier l'endorphine qui me tape le cerveau car, sans elle, j'aurais certainement mené une bataille verbale pour ne pas avoir à ingurgiter ce truc. Mais je n'aspire à présent qu'à un repas et une couchette, aussi c'est sans faire d'histoire que j’attrape doucement le gobelet d'entre ses doigts fins, usant de toute la délicatesse dont je suis capable pour ne pas l'échapper, le renverser ou faire déborder le sang en l'amenant à mes lèvres. Le tout est avalé en moins de trois secondes et je repose le verre sur le chariot en me retenant d'y mettre trop de vivacité.

Au moins, ce sang là est chaud.

Pas une goutte ne coule sur mon menton et j'attends sagement que le Capitaine daigne pousser ses jolies fesses de mon chemin pour attraper l'assiette entre mes mains. J'avale presque tout rond son contenu : moins de cinq minutes plus tard, mon repas est terminé. Je pressens depuis un moment que le temps que m'accorde le Capitaine touche également à sa fin, et cet instinct s'avère juste.

Nous marchons à grands pas dans le couloir vide qui me ramène à ma cellule, et je me tiens silencieux, marchant d'abord derrière le Capitaine jusqu'à ce que je comprennes à sa marche qui ralenti... Qu'il attends de moi que je reste dans son champs de vision. Pas de problème, Capitaine terreur...

Dans mon estomac, son sang s'agite, active mes cellules à vitesse grand V en me pompant une quantité phénoménale d'énergie, mais je me tiens droit. La grille de ma cage s'ouvre dans un grincement sinistre qui réveille le muselé d'en face, et je rentre sagement dans mon clapier. A peine ais-je le temps de me retourner pour enrouler ma main gauche autour de l'un des barreaux de fer que déjà le vampire amorce de nouveau sa marche bien rythmée.

« Capitaine... » Ma voix l'appelle dans un murmure bas, trop bas pour être entendu par les oreilles endormies des autres hybrides. « Êtes-vous convaincu ?... »

Qu'il me réponde ou non, quels que soient ses mots, j'esquisse un sourire, suivant de mes yeux dorés sa silhouette élancée jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse de ma vue.


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General Der Miliz
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General Der Miliz
MessageSujet: Re: Le chant du loup [Tasunka]    Mer 4 Oct 2017 - 11:15

L'aventure se poursuit dans les bois.
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Le chant du loup [Tasunka]
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