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/!\ FORUM RP 18+ Yaoi au contexte contemporain fantastique. Monde dominé par les vampires. Maîtres/Esclaves - Politique - Action seront au rendez-vous /!\
 

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Clair de pluie [Varuna]
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MessageSujet: Clair de pluie [Varuna]   Dim 24 Sep 2017 - 0:55

Clair de pluie

Il y a longtemps que la ville a perdu le charme de la première découverte aux yeux du brun. L'émerveillement mêlé d'envie face à toute cette technologie juste hors de portée s'est dilué. Les éclats brillants des véhicules et les câbles tendus d'électricité se sont affadis. Durcis d'expérience, peut-être, aussi. Des premiers temps, il ne reste à Cyprian que le désir latent de conquête – de reconquête.

Sur le trottoir, ses pas sont d'un silence que les citadins négligent. L'énergie de ceux qui courent sans jamais s'arrêter de crainte d'y passer danse dans ses pas, pas tout à fait assez dissimulée sous les vêtements pratiques. Les mains enfoncées dans les poches amples de son sweat pour dissimuler ses poignets que ni liens ni codes-barres n'ont osé marquer, le Protecteur avance dans les rues, toute son attitude effacée – ou autant que son tempérament saura le tolérer. Au travers du voile de mèches sombres, il darde un regard aux alentours sans s'arrêter. La bruine qui colle à sa nuque sa crinière a le mérite de chasser une partie des importuns à crocs des rues. Pas assez à son goût, mais il faudra s'en contenter.

La lueur des lampadaires en seul bouclier, il tourne sur un pan de boulevard plus fréquenté, vers son détour du jour – ou de la nuit, plus exactement. À quelques mètres de là, l'enseigne se dresse au-dessus de vastes vitrines, ses couleurs indécentes pour le commerce qui s'y déroule – pour ces corps qu'on échange contre monnaie aussi sonnante que les coups par lesquels on brise esprits et coeurs, pour le naturel avec lequel on enferme des volontés et musèle des consciences. Pour ceux qui vendent leur âme au diable en achetant un être pensant.

Si un regard pouvait anéantir, l'oeillade que glisse le brun vers la boutique d'esclaves ne laisserait qu'un cratère fumant. Au lieu de quoi, le panneau brillant étincelle de plus belle, sème des reflets dans les flaques qui se forment. Les poings serrés de colère contenue sous leur abri de tissu, Cyprian prend note des vigiles qui protègent les lieux, s'efface d'un pas de côté du passage d'un vampire pressé. Celui-ci est trop grand pour être Virgil. Les deux silhouettes sur le trottoir d'en face n'ont pas sa démarche. Il ne saurait dire si le pincement au coeur et sa gorge qui se serrent le font sous le coup du soulagement ou de la déception. Un mélange paradoxal des deux, certainement.

Un oeil sur le reflet dans une vitrine de la boutique désormais dépassée, il se laisse porter au croisement suivant, pivote dans l'intention de faire le tour du bloc de constructions... et trouve, dans la largeur de la petite rue, les formes à l'assurance indécente de la Milice. L'étoffe humide en travers de ses épaules tente sans y parvenir tout à fait de dissimuler la tension qui couve sous sa peau. Une inspiration profonde la dénoue partiellement alors que le Protecteur poursuit sa route, s'écartant du chemin des patrouilleurs avec une méfiance qui puisse passer pour de la déférence. Un pas, puis deux, et ils passent dans un froissement de vêtements, ne le voient pas sur le moment. Encore un pas et le brun commence à relâcher le souffle qu'il retenait.

"Eh, toi !"

Les pas des bottes ferrées dans son dos se suspendent. Réticent, Cyprian s'immobilise, un rien de profil pour confirmer qu'il est celui qu'ils interpellent. Le binôme de visages pâles comme des pleines lunes, leurs expressions aussi froides que la nuit pluvieuse, rive sur lui un regard instigateur. L'envie sauvage de les laisser plantés là et de poursuivre sa route s'allume dans un coin de l'esprit du rebelle – une tentation qui signerait sa perte autant que de les laisser approcher, de les laisser réaliser qu'il est libre et compte le rester. Lové au creux de ses bottes, le poids de son poignard semble peser bien peu dans la balance.

"Qu'est-ce que tu fais à traîner seul dehors ?"

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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Lun 25 Sep 2017 - 19:59

Clochettes, claquement de porte. Tu expires, buée dans l'air frais, t'accordes un moment de répit, tête renversée. Le ciel est noir, ténèbres aveuglantes qui te font ciller après les néons de la boutique. Tu t'y attardes, regard dans le vide, la tête encore pleine des paroles d'Hinano. "Dans son sac, le monde balotte et tourne. La besace nous enveloppe et nous protège, encre du ciel, et parfois lorsque le cuir usé par l'éternité cède, une lueur filtre à travers, une lueur que toi et les tiens nommez Etoile." L'esclave a la voix usée de ceux qui se meurent à petit feu, trop occupés à rêver leur monde - une voix qui te séduit et fait rêver, petit être vieilli par les expériences mais jeune par l'imagination. Il te fait espérer, ses contes te soulagent après que tu te sois abreuvé au creux de son cou - et pour sa voix autant que son sang, tu l'aimes et l'admires.

Le ciel est noir, étoiles déchirant son velours - sauf à l'est où l'anthracite se nuance à peine de mordoré. Tu ne peux pas rester là, le soleil n'attend pas. Il effacera les étoiles et tuera les cauchemars - te tuera toi. Faut que tu avances. A regret, tu baisses le regard pour te mettre en route. Un pas puis l'autre et comme le dit Tolkien, tous les chemins se rejoignent en une seule route infinie et tu sais tu y poses le pied mais pas là il te déposera.

Trottoir, croisement. Le béton gris est auréolée des tâches jaunes des lampadaires, ilots de sureté dans l'océan de ténébres. Tu avances, entrainé par le courant de la marche et tourne. Marcher est tout ce qui importe, un rythme qui remplace le coeur silencieux dans ta poitrine. Tourne à gauche, petite rue tranquille - non, petite rue bien trop encombrée. Trop de monde pour trop peu d'espace, tension. Le claquement régulier de tes semelles se trouble alors que tu hésites à faire demi-tour mais ton oeil est attiré. Dos droit et cheveux en pagaille, la tension contenue de l'animal prêt à bondir au moindre geste suspect : tu as vu ça dans ton cabinet pas plus tard que la semaine précédente.

Virgil.

Tap tap tap tap, tu avances. Tu ne laisserais jamais un de tes patients risquer quoi que ce soit - et Virgil, tout jeune vampire qu'il est, est bien capable de céder à la panique face au ton agressif de ceux qui lui font face. Avancer sans peur, sans reproche, sans agressivité - et une main sur l'épaule pour attirer son attention. L'important est de paraitre calme - d'être le joker qui gagne la bataille.

- Virgil, vous ne devriez plus être dehors à cette heure-ci.

C'est un doux reproche qui sort de ta bouche - une légére indication que tu maitrises la situation. Tu sais faire, tu as déjà fait bien plus. Ta main reste là, posée sans être invasive, tandis que tu te retournes vers les deux miliciens.

- Je m'occupe de lui, ne vous en faites pas.

L'un d'eux semble apaisé par ton intervention, pas l'autre. Ses dents serrées te font penser qu'il regrette un peu de ne pas avoir eu l'occasion d'étaler sa supériorité.

- Et t'es qui, toi ?
- Varuna Vhesson.

Arrêt. Vhesson.

- Le fils de... ?
- Oui.

Tu n'en jurerais pas mais il te semble avoir légérement blémi sous la lumière orangée du lampadaire. Toi en tout cas, tu as pâli. Devenu froid. Ton nom est une arme - et à chaque fois que tu l'utilises, tu te blesses un peu plus. Le diplomate du duo donne un léger coup de coude à son comparse pour le faire revenir sur terre, lève les yeux au ciel et prend les devants. Pas de souci monsieur. Faites attention à l'heure. On a repéré des libres en vadrouille, faites attention - et oui, oui, oui fait ta tête, ta main se refermant légérement sur l'épaule de Virgil qui connait bien mieux les libres que ces deux vampires. Bonne nuit alors - et bonne nuit ce sera penses-tu, alors qu'ils reprennent leur marche et vous laisse tous deux là, petit et grand mal assortis repartant dans le sens inverse.

Ta main relâche son emprise pendant que vous marchez lentement. Soupir. Virgil fuit ton regard, tu ne le reprends pas. Tu sais ce qu'il est, il sait ce que tu es, la gêne est normale. Un jour elle passera, tu l'espères - non, tu y crois.

- Je croyais que vous refusiez de venir par ici, Virgil, te contentes-tu de lui dire. Ta phrase flotte entre vous deux, ouverture de conversation qu'il est libre ou non de saisir.
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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Mar 26 Sep 2017 - 7:27

Clair de pluie

Virgil. Le nom fait mal. Il a des accents d'autrefois que le Protecteur doit encore enterrer – achever. Il porte des promesses perdues de lendemains ensoleillés, quand désormais les jumeaux ne risquent que de se croiser et se confondre qu'aux abords de l'aube et du crépuscule. Alors le nom fait mal et le brun tressaille – mais reste en place, malgré les muscles qui se tendent sous le contact.

Et par ce seul nom, les miliciens et tout leur danger deviennent quantité négligeable et négligée. Aussi instantanément que s'ils étaient partis en fumée, tout l'être de Cyprian s'incurve vers la silhouette au bout de cette voix inconnue qui s'empare avec un tel naturel du nom de son frère perdu. Le poids de son corps change pour inclure le nouvel arrivant dans son champ de vision, la tête s'incline sur le côté juste assez pour trahir toute son attention détournée, concentrée - acérée. Sur la nuque semée de perles d'eau, un frisson susurre qu'il ne tolèrera pas longtemps d'être touché. L'oeil bleu du Protecteur scrute, juge. Le visage d'ange a des crocs de démons ; l'autorité de la voix s'adoucit de calme ; la voix distribue tour à tour le reproche et la préoccupation. Une pointe douce-amère infléchit le coeur de l'archer. Il est qui, lui, pour prendre soin du jumeau que le brun voulait sauver et qu'il a promis de tuer ?

"Varuna Vhesson", s'il en en croit l'échange, fils de quelqu'un, probablement pas des moindres. Et le nom devrait probablement lui parler mais Cyprian n'y voit qu'une succession de syllabes qui sifflent comme des serpents d'encre et de papier. Au fond, il s'en fout. Les miliciens battent en retraite et lui ne tente pas même de retenir le pli sarcastique de ses lèvres. Des libres dans le coin, vraiment... Qui l'eut cru ?

Sitôt leurs dos tournés, le Protecteur joue de l'épaule pour s'arracher à l'étreinte, le visage fermé et le geste assuré de celui qui a effectué la manoeuvre plus de fois qu'il ne l'aurait souhaité. Il est trop proche, l'autre, avec ses crocs et sa bienveillance. Alors sitôt libre, l'archer s'écarte d'un pas, puis deux – et la distance est symbolique, il le sait, mais qu'importe. Elle est là. Elle matérialise sa volonté en air saturé de parfums pollués et d'humidité. Une nouvelle oeillade vole, à la dérobée, sous les sourcils plissés d'un bouillon brouillon d'émotion qui font des bulles de colère et d'espoir amer, de méfiance et de vigilance. Il est qui, lui ? Et surtout, il est quoi, pour son frère ? La question lui brûle les lèvres et le bout des doigts sans qu'il la relâche. Dans sa lutte pour lui échapper, elle fait tressaillir le pli de sa bouche et blanchir ses phalanges.

Virgil qu'il l'appelle une nouvelle fois, et un instant, Cyprian envisage qu'il soit possible de jouer le jeu. De se laisser raccompagner, de se faire guider. De trouver le toit depuis lequel il faudra, une nuit, encocher une flèche empennée de plumes d'inséparables pour se résoudre à se séparer de son jumeau. La pensée se dissous sous la pluie.

Le Protecteur pile sans prévenir. Mesure de précaution vaine, ses mains se dégagent des poches où elles reposaient pour pouvoir réagir si besoin est. Les cals discrets laissés par l'arc sur la pulpe de ses doigts accrochent le tissu noir brièvement. Enfin, le regard se dégage de son voile de visage obstinément baissé et de mèches empoissées pour se river dans celui du vampire en face. Je vais où je veux clame la posture assurée, l'éclat infléchi des iris. Et il voudrait pouvoir savoir avec certitudes quels signes dans son attitude disent qu'il n'est pas Virgil sans y parvenir. Un air bravache à fleur de peau, probablement, une aisance de déplacement muet, l'absence de la retenue plus réfléchie de son jumeau...

Ses dents se serrent un peu trop, il expire vivement – un réflexe contrarié de vivant, qui pourrait signer sa mort. Des gouttes transparentes filent alors qu'il secoue la tête en un geste de dénégation volontairement flou. Non, je n'aime pas être ici, près des boutiques d'esclaves et des rondes perpétuelles des forces de l'ordre, pourrait-on comprendre, et c'est vrai. Non, je ne suis pas Virgil pourrait-on lire en signes discrets pas encore tout à fait avoués.

Quelques pas de plus, un nouveau carrefour se dessine, comme une croix d'asphalte noire percée de panneaux de circulations trop colorés. L'écho des bottes ferrées de la milice s'estompe dans le lointain pour son ouïe limitée d'humain. Encore trop proches à son goût. Un cri d'alerte et ils pourraient revenir bien trop vite, bien plus méfiants. Alors il tapote sa gorge du geste habituel que chacun comprend comme il veut, entre le "je ne peux pas parler" et le "je ne veux pas parler" qui composent tous les spectres de son peu de loquacité. Il repousse les mèches de sa crinière sombre pour dégager assez son visage pour se faire comprendre. Que risque-t-il, après tout ? Il porte les traits de son double. Lorsque sa main retombe, c'est plutôt pour désigner les multiples voies qui s'offrent à eux d'un signe du menton et d'un sourcil interrogateur haussé en question muette quant au chemin qu'ils emprunteront.

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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Mar 26 Sep 2017 - 12:28

Défiance-confiance, tes sourcils se froncent. Tension. Pas celle du cabinet - celle où tu dois arracher les mots et les croutes de cicatrices mentales pour mieux les panser, chut ça ira mieux après - mais celle de dehors. Distance, pas de reconnaissance et ça teinte les gestes de Virgil. Il ne te reconnait pas - non, il ne t'accepte pas, correction. Qu'as-tu fait à part tenter de l'aider ? Un pas de plus entre vous - c'est toi qui l'inities tout en cherchant ce que tu as pu faire pour causer un tel dédain. C'est ta faute, tu le sais. C'est forcément ta faute.

C'est Virgil qui rompt la tension d'une certaine façon. Il s'arrête, son regard te fouille - et tu frissonnes. Vous n'êtes pas au cabinet, le bureau de bois clair jouant le rôle de barrière. Ici, sous la lune, ton assurance te fait défaut - et tu te retrouves nu, sans la protection de ton costume de psy. Nu et vulnérable. Ses yeux fouillent, exigent et c'est toi qui fuis gêné, le corps légérement tordu comme pour détourner le faisceau de son antipathie ailleurs. Tu n'es pas là, vraiment, tu n'es pas important, tu ne vaux pas la peine d'être ainsi jaugé, laissez-moi - valse folle de pensées presque inconscientes que tu te forces à stopper net de tes doigts tremblants se repliant en paume. Stop.

Tes poumons se remplissent dans un sifflement lorsqu'enfin il bouge. Refus de communiquer, refus de verbaliser - comme lorsqu'il s'est installé la première fois sur sa chaise, genoux remontés et serrés contre sa poitrine comme un enfant égaré. Il a fallu du temps pour le déplier, ce jeune vampire chiffonné par la vie - le déplier et commencer à décrypter les pattes de mouches de sa vie. La tension partie est revenue, rien que de le voir te remet mal à l'aise par empathie pure. Où est l'amorce de confiance construite si difficilement au cours de ces quelques séances ? Qu'as-tu fait encore ? A coté de lui tu cherches - tourne et tourne tes mots, tes actes, tes pensées, tes tes tes tes tout ce que tu es.

L'évidence te frappe, tu tressailles - contraction. Protection. C'est ce que tu as dit. Il a dû faire le lien avec les menaces de son Père. Varuna Vhesson. L'attitude des miliciens. Fils de Vhe Miresson - le Maitre de la Meute. Celui qui musèle les Instables et s'en sert pour traquer les libres, bêtes féroces rendues folles par sa politesse exquise. L'air sort de tes poumons, incontrôlé. Vide. T'es vide - et ta main se plaque sur ton cou, clap, la pulpe de tes doigts palpant la Douleur fantôme de l'Argent qui te domptait fut un temps. T'as mal - un mal de souvenir qui reste incrusté dans ta peau - un mal dont tu ne pourras jamais t'extraire.

Ca parle avant même que tu ne le décides, mots en gouttes de pluie qui s'écoulent de tes lèvres. Des mots d'excuse, de honte - et de distance, de protection comme si tu t'écartais de lui pour son bien, pour ton bien, pour votre bien, pour leur bien.

- Mon Père n'a rien à voir avec vous. Ou avec...


Avec moi, c'est ce que tu as voulu dire - mais ce serait mensonge, mensonge pur et dur. Tu lui dois tout, Tout et c'est ce que rend si difficile votre relation. Tu sais trop de Lui pour ne pas le hair, tu Lui dois trop pour ne pas l'aimer. Tu n'as pas le droit d'en parler - alors silence, total, visage figé pour qu'il ne voie rien dans ton regard coulé de coté et le frémissement de tes paupières. Rien, rien, rien ! et ton corps se fait cri silencieux, figé dans la volonté paradoxale de ne rien dire.

Croisement - tu réfléchis pas. Tout droit, tu le dépasses vers les lumières de l'avenue menant à ton cabinet et seul ton dos tendu comme un élastique trahit - non, ne trahit rien, détends toi, force toi ! Epaules abaissées, forcées, relâchées sur poings serrés et tremblants. Où allez-vous ? Tu n'en sais rien, trop occupé à ne pas montrer comme tu as mal mal mal. Tes pas te conduiront devant ton lieu de travail - ton refuge - s'il ne te pousse pas changer de route.
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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Mer 27 Sep 2017 - 7:37

Clair de pluie

Ils ne sont pas nombreux, les vampires à reculer devant lui. Surtout pas en ville, surtout pas quant ils sont en position de force. Et ils sont toujours en position de force. Alors ils ne reculent jamais – jamais de leur plein gré. Il faut une flèche vibrante pour les faire se replier. Il faut lutter, il faut leur arracher le moindre bout de terrain... ou du moins le brun le croyait, jusqu'à cet unique pas de côté. Surprise et curiosité tracent des sillons dans son visage. Le lac de ses iris se trouble.

Il l'a blessé. Il l'a blessé sans traits empennés ni d'esprit. Un seul silence et Varuna Vhesson tressaille comme sous un coup que le Protecteur n'a jamais porté. L'archer serre les dents face au geste porté à la gorge. Trop humain. Trop vu chez les survivants d'attaques. Trop deviné sur les morts au cou déchiré. Trop imaginé sur son propre reflet. Arrête. Arrête. Tu ressemble à un être vivant, comme ça. Tu ressembles à un être sensible. Et c'est plus facile de continuer à penser que les coeurs morts ne ressentent rien, que parce qu'ils ne sont plus strictement humains, ils en deviennent inhumains.

Sauf que les mots qui pleuvent avec les pleurs des cieux disent trop de tourments familiers. Les intonations parlent d'excuses, le regard fuyant murmure des aveux honteux, la nuque courbée prend une distance douloureuse – et moins Cyprian comprend les mots, plus il s'attache à ce langage muet dans lequel il s'est lui-même retranché. Lui qui espérait des réponses, il ne trouve que des questions. L'incompréhension fait des cercles dans l'eau de ses iris, des ridules au creux de ses yeux. Le geste interrogatif des poignets lui échappe – et fort heureusement, le tissu couvre encore l'emplacement où le code-barre des esclaves n'a jamais été posé. C'est qui, lui ? Et son Père, avec sa majuscule qui roule sur les lèvres comme un présage d'orage, comme une prière ?

La jalousie éclabousse d'acidité la conscience de l'humain sous le coup d'une réalisation tardive. Il l'a blessé. Il l'a blessé d'un seul silence dont le vampire pense qu'il vient de Virgil. Or l'on ne se blesse que des absences de ceux que l'on apprécie, que l'on estime, que l'on chérit... ceux dont on partage d'une façon ou d'une autre la vie – ou ce qu'il en reste. Une cannette en travers du chemin fait les frais de la saute d'humeur du Protecteur : un coup de pied sec et elle valse dans un bruit de métal martyrisé et de flaques traversées au gré d'une vague d'émotions pas très avouables.
Parce qu'il sent pointer le remords de laisser son tempérament isoler son jumeau.
Parce qu'il sait que la précaution est absurde, quand il a promis de tuer ledit jumeau.
Parce qu'il ressent, contre tous ses efforts, l'envie face à cet autre qui fréquente son frère librement.
Parce que c'est, encore une fois, idiot.
Mais c'est Virgil, le futé du duo. Ou c'était. Allez dire. Y'a pas de temps entre la vie et la mort, pour les vampires, pas de conjugaison qui décline au passé leur futur.

Il suit quand même l'autre avec ses crocs serrés sur un cri muet - ravalé. L'hostilité franche des muscles de l'archer noués à en faire pâlir d'envie le noeud gordien se métisse d'une note d'injustice dont il est à la fois victime et bourreau. Le brun trouve tout de même assez d'assurance déplacée pour lâcher du regard le vampire et s'ébrouer. Le geste chasse l'eau de sa crinière et guère plus. Les questions et l'incompréhension frustrée demeurent.

Alors il faut se résoudre à hausser les épaules au travers des vêtements détrempés et balayer d'un revers de main l'espace entre eux – si vaste, quand c'est autrui qui l'instaure, si vain, quand c'est l'ennemi qui le traverserait sans même lui laisser le temps de ciller. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas ça. Ce n'est pas lui, surtout. Le mouvement de poignet retombe sans que les signes d'irritation du brun ne disparaissent tout à fait. Un soupir. Il s'agace tout seul, l'archer. Sa patience s'étiole sous les affronts du temps. Il n'en claque pas moins des doigts pour capter regard et attention de son vis à vis. Un réflexe impérieux de sauvage, que n'adoucit pas vraiment la mimique préoccupée à destination de l'inconnu, la question muette en mouvement de menton et haussement de sourcils d'un "ça va aller ?" qu'il regrette presque immédiatement d'avoir esquissé.

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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Sam 30 Sep 2017 - 23:09

La rue bruisse de votre silence empesé. Plus âme qui vive - plus âme qui meure. Tu t'en fous. Ton silence à toi s'étend entre les os de crâne - et jamais il ne résonne, jamais tu ne l'as connu. Dans ce vide vivent à tout jamais les voix de tous les autres dont tu as pris la place, sa voix à Lui qui gaine d'acier et d'Argent tes nerfs à vif en une armure de torture et en prime ton souffle rauque, bestial, atone - inanimé. Tu souffles comme tu vis - mal, dans l'espoir de rattraper un passé à jamais enterré.

Cette parodie de vide, tu la fuis. Pas après pas, de plus en plus vite, entrainé par ta propre peur, frayeur qui roule et pousse et amasse mousse de cauchemar. Oui, tu fuis. Lâche - et ton silence est peuplé de leur déception, amertume qui t'empoisonne. Ne cours pas ! cingle le Fouet dans ta tête - et c'est tout ce qui te contient, tout ce qui te maintient dans ton posture d'humain. Sois Homme, pas Bête, raison et pas instinct - musèle toi pour t'empêcher d'hurler. Tout semble trop fort : son regard accusateur, l'écho de ce tintement qui rompt le vide, l'absence de ton coeur - mais en as-tu seulement eu un un jour ?

L'eau, la pluie, les larmes du ciel te collent la chevelure en amas, dessinent sous ta veste trop fine les à-plats et courbes de ton corps. Chien nu, trempé, vulnérable - mais ce n'est pas lui qui s'ébroue, sois homme -c'est Virgil. Le geste, senti du coin de l'oeil, te fait sursauter et ton pas manque le rythme, tes pieds s'égarent sur la chaussée. Où est le chemin qui te ménera - qui te ménera où ? réalises-tu, où emmener Virgil ? Le cabinet est à quelques mètres mais ses murs de béton te semblent fragiles comme la mince pellicule de savon chatoyant qui forment les bulles qui volent au gré du vent de mai. Les pensées coulent, froides, loin de ton corps qui se replie d'un coup sec. Virgil a bougé, Virgil a rompu la distance tant de la pensée que du geste - tu dois reculer. Claquement de doigt comme on hèle un chien - dents serrées pour retenir l'aboiement de rire et de terreur. Ton regard se dérobe, jeté par dessous, et ton corps tremble, tension contenue, ne sachant si caresse ou coup s'ensuivra - atroce douceur et douleur destructrice.

Tu trembles. Et dire que c'est toi le psy. Putain.

Respire - et ton souffle repousse la bruine en nuage blanc. Pense - à son inquiétude dont la bienveillance te fait comme du sel sur tes plaies. Réagis - muscles raidis et relève-toi, bien droit, bien loin, bien pro. Si tu te montres fort, tu pourras le devenir - peut-être.

-Ca va aller.

Voix de la même teinte que l'éclat jeté par le lampadaire : blanche. Les mots sont jetés, petits cailloux lourds, dénués d'émotions-couleurs. Tu détestes ça mais c'est nécessaire pour ne pas l'affoler, pour ne pas l'obliger à s'occuper de toi par culpabilité. Quoi que tu aies fait pour mériter son dédain, c'est mérité. Ce qui compte, c'est lui - lui et la lumière blafarde qui émanent des réverbères. Il est tard, plus tard, peut-être même trop tard. Où Virgil doit-il aller ? La réponse est simple : à l'abri.

-Le jour est proche...


Regard levé, tu observes l'un des épais cumulus à l'est se parer d'une bordure d'or liquide. Son coeur est d'argent et plomb, tu l'imagines brulant et pesant - comme ce qui trône dans ta poitrine alors que tu t'obliges à continuer.

-Vous risquez d'être surpris par le soleil. Voulez-vous entrer ? Vous pourriez appeler votre Père pour qu'il vienne vous chercher en voiture.


Quelques marches suffisent pour accéder à la porte d'entrée. Tu les gravis, yeux fixés sur la serrure tandis que tu fouilles tes poches. Serrure pour fermer que tu vas devoir ouvrir aujourd'hui, hélas, trois fois hélas. Ce que la logique veut, tu dois le faire. Peu importe qu'il soit le premier être à entrer dans ce presque-chez-toi de jour - peu importe que ton intimité soit violée. Tu le mérites.
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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Dim 1 Oct 2017 - 13:39

Clair de pluie

Et l'autre qui bronche et tressaute au rythme du crépitement de la pluie sur le pavé. Ça n'a pas de sens – et de fait, plus le brun y pense, moins cela a de sens. C'est l'autre, le prédateur – avec toute sa force qui tremble et qui tressaille, avec ses crocs qui se serrent de tension et ses yeux détournés qui pourraient sinon si facilement hypnotiser. Corps et coeur à vif. Tes émois saignent sous la pluie. Et en saignant, ils rappellent douloureusement à l'archer que les vampires aussi ont été un jour humains, avant que la nuit ne vienne les ravir.

Le retrait de Varuna devrait le contenter, lui donner un sentiment de sécurité. Ou autant que faire se peut, dans les rues grises d'une ville où son humanité à lui n'est libre que dans la clandestinité. Elle n'y parvient pas vraiment, pas assez. Cyprian, il a trop l'habitude de dire merde à la mort autant qu'aux morts qui marchent le long des avenues pour apprécier cette relative sûreté. Peut-être aussi qu'il a trop appris à apprécier le danger – Provocateur autant que Protecteur. Ça commence pareil et ça finit... presque pareil : mal, sous la rime qui sonne juste.

La réponse pince les lèvres de l'humain. Ça ne va pas mais ça ira. Peut-être qu'il pourrait y croire ; sûrement qu'il ne devrait pas s'en soucier. Sauf que voilà, l'autre s'acharne à vouloir aider le spectre de Virgil qu'il voit chez le vivant – et ça fait mal, cette humanité chez quelqu'un qui devrait être un monstre.

Le pas du sauvage s'arrête avant l'entrée, bien avant les marches sur lesquelles il ne posera pas le pied. Les bâtiments ont des airs de piège, après l'air libre. La majuscule qu'il entend dans ce Père le hérisse en entier. Le bleu de ses yeux prend des airs de feu. Père. Père de son frère et de ses colères. Père jamais partagé par les jumeaux. Que le mot est amer.

Un souffle symptôme d'impulsivité échappe à Cyprian. Il rive son regard sur cet allié inconnu, allié à l'insu de leurs pleins grés, probablement. Sa crinière oscille dans son dos dans un ondoiement de gouttes et de reflets encore plus argentés que dorés, trahit le besoin furieux d'extérioriser frustration et irritation. Les doigts dansent, la lippe suit pour articuler sans un bruit – pour qu'il lise dans ses mains ou sur ses lèvres les mots qu'il garde silencieux à défaut de secrets.

"Je n'ai rien à craindre du soleil."

Le nez relevé de fierté déplacée clame qu'il ne bougera certainement pas de l'avant, vers l'abri et ses ombres. Les doigts déliés retombent sur le côté sans s'ancrer, des fois qu'il faille réagir aussi vite que ses réflexes le lui permettraient – la main gauche prête à s'emparer de la lame contre son mollet, alors que la droite remonte sous une lèvre relevée, tapote la pointe d'une canine pas assez acérée. Humaine dans un demi-sourire de chasseur.

La déclaration est idiote – doublement idiote alors que le vampire a proposé d'appeler un Père qui n'est pas sien et pourrait tout aussi bien attirer la Milice qu'il chassait il y a un instant. Il faudrait probablement faire demi-tour déjà et déguerpir de suite. Il aurait même fallu se taire – se contententer d'être brave mais pas téméraire.
Trop tard.
Ou trop tôt pour l'aveu en cette aube pas encore affirmée. Timing is a bitch.

Non content de s'être mis dans la ligne de mire du péril, Cyprian recule à peine, s'enhardit de promesses de soleil. Le besoin lancinant de savoir court le long de ses veines, l'empêche d'achever le geste de repli qui transparait dans un pied en arrière, en appui – plus intéressé par une réponse, n'importe quelle réponse, que par l'immédiateté des impératifs de prudence qui désertent déjà ses iris bleutés.
Et tout au fond, il ne peut s'empêcher de se demander - si Virgil l'a prévenu, cet autre, qu'ils étaient deux à porter son visage ; si le vampire regrette déjà de l'avoir tiré des griffes des miliciens empressés ; si tout son être de force frissonnante redeviendra prédation et danger face à son humanité... s'il sait.

Est-ce que Virgil t'as parlé de moi ? Est-ce qu'il t'a dit que je viendrai le tuer ?

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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Mar 3 Oct 2017 - 10:38

Le trousseau de clefs bruisse d'un éclat de chaines au fond de ta poche - souvenir d'enfer à l'odeur de paille, gorge serrée sous le fantôme du collier étrangleur. Même à ton quotidien le passé se mêle et te fait manquer une seconde, ton geste fluide stoppé net puis repris sans que tu réalises. Clefs dans ta main, froid du métal au creux de ta paume et tu pioches la petite carrée qui ouvrira la serrure qui t'enferme loin du monde d'ordinaire.

Tu l'introduis. Tu t'arrêtes. Tes doigts sont encore agrippées à l'anneau de la clef, l'acier appuyant presque douloureusement sur la pulpe de ton pouce. Tu t'arrêtes parce que ça ne va pas - et réaliser ça arrache comme un voile de tes yeux. Virgil a peur de son Père bien plus qu'il ne l'aime, comme beaucoup de nouveaux-nés - alors cette colère ? Depuis un moment ça ne va pas en fait mais c'est le soupir de rage que tu as perçu derrière toi qui fait tomber les dominos. Son mutisme, ses réactions un rien trop décalées, cette distance spontanée, cette méfiance ; La presque normalité qui n'en devient que plus étrange par cette infime pointe d'incompréhension.

L'accueillage reste dans la serrure, barrière hermétique entre dehors et dedans. Rien qui rentre, rien qui sort - même pas toi, même pas lui, même pas l'idée qui vient d'être larguée sous ton crâne et d'exploser en un million de schrapnels d'interrogations fugaces. Ton pouce glisse et laisse l'anneau seul dépasser, le métal encore tiède de ton contact alors que tu te retournes à demi. Pieds lourds, plantés dans le béton et torse qui se tord - contraste du figé et de l'inquiet.

Il n'est pas monté avec toi le presque-Virgil. Ton souffle se relâche, soulagé qu'il ne soit pas à portée de contact. Ses menaces quant à elles te laissent froid. On t'a toujours fait mal de près et il n'est pas près. Il est loin d'une distance qui vient plus des battements de son coeur que tu perçois désormais, yeux légérement plissés, que des deux mètres qui vous séparent. Est-ce que c'est mal de dire que tu es soulagé ? Soulagé que ce ne soit pas Virgil qui t'aie vu ainsi, qui t'en veuille de ton nom, de ton Père, de tout ce que tu n'as jamais demandé à être.

- Cyprian.

Le nom coule de tes lèvres, reconnaissance tacite de ce qu'il est et de ce que tu sais. Les sons l'en habillent de réalité dure, pure, violente - mais pas envers toi. Perdu de nouveau, ton regard, alors que tu regardes ses mains tellement plus expressives que son visage se tendre, prêtes à se défendre au moindre signe de danger. Toi un danger ? Ah. C'est lui le danger - lui qui viendra tuer Virgil et lui qui finira par gésir dans son sang, son jumeau pleurant des larmes du même écarlate en contemplant ce qu'il a faire de ses propres mains.

- Ne vous approchez pas de lui. Ca le détruirait.

De nouveau, ce décalage et ce froid étrange dans ta voix- protection pour toi, pour lui, pour Virgil. Tu ne sais plus comment le déchiffrer maintenant que tu sais que tes attentes sont fausses mais ça ne le rend que plus compréhensible paradoxalement. Tu ne déchiffres plus, tu le prends brut de décodage. Ton corps s'aligne sur le sien et mime ses émotions. Jalousie. Amour. Colère. Culpabilité. Et en contrepoint, partout, toujours, mais noyée sous le reste, la tristesse immense et profonde de celui qui a perdu la moitié de son âme. Ca fait mal. Mal à en donner envie de mourir. Tellement mal que tu te forces à fermer les yeux, espérant ne pas avoir laissé entrevoir tout ce que tu as perçu chez lui.

- Ca vous détruirait aussi.

C'est soufflé. Tu ne peux pas lui en dire plus, pas sans trahir Virgil - pas sans trahir l'ordre que son Père lui a donné de rester en vie quitte à tuer les sources de menace. Sa confiance, tu l'as acquise dans les larmes et tu ne peux pas la trahir ainsi - et certainement pas auprès de son double. Tu ne peux pas le blesser encore plus en lui expliquant que son propre frère...

- Partez. Oubliez-le. C'est mieux pour vous deux.

Paupières toujours fermées dans un visage figé par la mort, pour ne pas lui montrer tout le chagrin, toute la pitié que tu ressens pour lui, pour Virgil, pour toi. Pour ne pas le blesser encore plus, ce reflet de vampire qui n'a pour seul péché que d'aimer quelqu'un même par delà la mort. Pour ne pas lui faire gouter le sel des larmes sur ses plaies à vif - larmes d'autant plus douloureuses qu'elles viennent d'un inconnu, outrage tant que blessure.
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MessageSujet: Re: Clair de pluie [Varuna]   Mar 3 Oct 2017 - 19:49

Clair de pluie

Cyprian. Nouvelles intonations, nouvelle voix sur son nom familier, sur ce nom qui le fait moins broncher que celui de son reflet. La poignée de syllabes porte une reconnaissance trop forte pour son identité diluée de pluie et de gémellité. Alors il sait, cet autre qui ne court pourtant pas alerter ses pairs. Juge-t-il aussi ? L'oeil bleu de l'archer l'enserre de son attention bleutée – acérée.
Cyprian. De quoi en fait-il le synonyme ? Témérité déclinée en danger ou en projets insensés ? Ephémère fragilité à écarter, préserver, abréger ? Stupide vanité d'une humanité vouée à ne redevenir que poussière foulée au pied ?

Le visage penché sur le côté se peint de mèches humides enroulées à sa gorge trop blanche. La pluie qui les gorge les fait sembler noir corbeau dans les demi-teintes de l'aurore – autant que le regard contrarié. Ah. Il aurait dû savoir. Tous les avertissements de sa vie commencent ainsi : par son prénom, comme une prière à la prudence qu'il n'exauce presque jamais. Et parce que l'avertissement est trop familier, la tension qui blanchissait ses phalanges se relâche alors qu'il renâcle. Ombrageux, il bronche de tout son être face aux mots de sûreté, comme bronchent les coursiers rétifs que l'on tente de brider. Le fruit d'une lignée racée retournée à l'état sauvage, la robe couleur de rage et d'orage. Regarde-moi ruer dans les brancards.

"Je ne comptais pas approcher."

Les mots prononcés sans un son lui brûlent les lèvres et les doigts – le sous-entendu dessous, surtout. Toute sa fierté d'archer chevronné vire à l'aigre sous le constat qu'il n'aura pas à approcher, ou juste à portée de tir. Et il ne dit pas qu'il ne pourrait pas approcher et tuer Virgil, pas si près. Sa volonté n'y survivrait pas, flancherait. La pensée doit toutefois percer dans l'inspiration trop vive et trop brève qui lui crève d'un même élan poumons et coeur. Sa crinière bruisse alors qu'il détourne la tête – commence, s'arrête en plein geste parce qu'on ne lâche pas du regard un vampire sans risque d'en sentir les crocs dans sa gorge et les éperons dans ses flancs.

Le vouvoiement de l'avertissement suivant éclaire d'un angle différent un conseil mille fois répété. Arrête. Tu vas te tuer. Tu ne feras peut-être pas exprès mais tu vas te tuer. Pas juste tomber au champ d'honneur ou du déshonneur, abattu ou capturé – perdu dans tous les cas. Pas juste mourir, comme ceux dont le Destin a décidé qu'il les voulait plus morts que vifs, mais bien prendre le mors aux dents et s'immoler de bravoure furieuse et déchaînée.
Mais de quel droit il s'en inquiète, lui ? De quel droit sa pâleur de linceul porte-t-elle au fond de ses paupières scellées le spectre d'une douleur encore trop vivante ?

Et l'oublier... Le concept percute Cyprian comme un trois tonnes trop bien lancé. Le masque rebelle se fracture de stupéfaction. L'amande des yeux s'ouvre en grand en un aveu de jeunesse qui ne pensait pas vivre assez vieux pour avoir à oublier la moitié de son être. La bouche si peu locace s'arque en un cercle sidéré. L'oublier. Il n'y a pas pensé. Il ne l'a pas envisagé. Il a écarté sa voix – leur voix – avant le souvenir de cette promesse de tuer son propre frère.

Puis, aussi vite qu'il s'est fissuré, le masque glisse en place, figé, distant d'incompréhension. Le Protecteur reprend le pas sur le frère. Je ferai ce que je veux qu'il veut rétorquer d'un geste balayé de poignet – et tous ses silences sonnent comme un je ferai ce que j'ai promis. Aussi transparent que les fausses larmes que la pluie en phase de passer pose en travers de son visage.

Son écart et l'éclat de son tempérament maîtrisé, Cyprian pivote, la foulée souple et la courbe de la nuque trop droite traçant les contours d'une assurance contrariante autant que contrariée. Au-dessus de sa tête, les nuages dans le firmament blanchissent et se parent d'argent comme pour le couronner. Prince des butés, vivant sous l'or de l'astre solaire pour éviter les fers.

Il part. C'est mieux pour eux deux. Mais il n'oublie certainement pas.

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