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/!\ FORUM RP 18+ Yaoi au contexte contemporain fantastique. Monde dominé par les vampires. Maîtres/Esclaves - Politique - Action seront au rendez-vous /!\
 

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Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ

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Amour(s): Pas le droit de le dire. Ça le tuerait de honte si ça se savait.
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MessageSujet: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Mer 25 Jan 2017 - 23:54



La Cage Dorée était une boutique de taille presque modeste, si l’on ne se fiait qu’à sa devanture, mais elle compensait largement son manque de vitrines tapageuses par une décoration intérieure tout à fait charmante. Sans chercher à faire dans le kitch et la dentelle, le responsable avait opté pour un intérieur moderne aux couleurs neutres oscillant entre le gris taupe et le beige et un ameublement confortable mais passe-partout. Le but était de rendre l’endroit assez impersonnel pour que les hybrides soient mis en valeur, mais sans le rendre austère car les clients aimaient s’installer et prendre leur temps, parfois même repasser plusieurs fois avant de faire leur choix et pour cela il fallait qu’ils se sentent à l’aise. Ce décor somme toute assez épuré participait également au cachet de la boutique.
La seule touche de vie que voulait bien accorder le vampire à son lieu de travail, en dehors des esclaves qu’il vendait bien sûr, était purement végétale. De nombreuses plantes en pot ainsi que des fleurs décoraient l’accueil qui faisait également office de bureau de vente et dans le salon d’exposition se trouvaient également plusieurs jardinières suspendues et quelques hautes plantes vertes. Mais la grande majorité était en plastique, plus pratique à transporter et à entretenir lorsqu’on venait d’ouvrir sa boutique. Cependant le maître des lieux semblait ne plus se satisfaire de ces ornements factices.

« Je veux que ce soit authentique ! Comment pourrait-on prendre au sérieux une boutique haut de gamme qui rogne sur le budget en présentant des plantes en plastique ? Non, je veux que l’on puisse arroser les arbustes et sentir les fleurs. »

Plusieurs esclaves avaient déjà été vendus à de très bons prix et cette rentrée d’argent tant attendue avait décidé Mr Harnolds à faire une petite liste de course spéciale. Il avait passé la nuit à travailler dessus, inventoriant chaque panier de fleur, chaque feuille factice, pour les remplacer par leur double en tige et en sève.

Réveillé à la tombée de la nuit par la sonnerie commune, Amon avait traîné les pieds hors du lit jusqu’à la petite salle commune qui permettait à tous les hybrides en vente de déjeuner. Située au premier étage comme les chambres ainsi que le reste des commodités de la vie quotidienne, elle n’était pas bien grande mais tout le monde y tenait sans trop de peine et cela permettait à chacun de tisser des liens avec les autres avant de devoir se rendre dans l’espace de vente où le calme et les bavardages n’étaient pas très bien vus, surtout lorsqu’un client était présent. Amon aimait ce moment en début de soirée où chacun se retrouvait en pyjama, les cheveux et la fourrure ébouriffé, sans aucun atour particulier pour se mettre en valeur. Il trouvait toutes les créatures autour de lui particulièrement belles, chacune à leur façon. Ici une panthère noire dont les pupilles sombres nageaient dans le lac vert émeraude de ses immenses iris, là une antilope, la tête ornée de longues cornes noires. La Cage Dorée était spécialisée dans la vente d’hybrides exotiques, compensant le manque de diversité par une catalogue d’esclaves aux mutations rares et élégantes. Puisque quatre d’entre eux étaient déjà partis, il fallait s’attendre à un nouvel arrivage d’ici peu.
Après un petit déjeuner assez copieux pour tenir jusqu’en fin de journée – il ne fallait pas compter sur une pause déjeuner, après tout certains clients passaient à ce moment-là et s’ils trouvaient les portes fermées ou la moitié des esclaves manquants, c’était terrible pour les affaires – le brésilien retourna dans la chambre qu’il partageait avec un adorable petit hybride fennec. Une chance pour lui, son colocataire était d’un caractère très facile et la cohabitation se passait à merveille. Oh, on ne les aurait certainement pas changés de place s’ils en avaient simplement fait la demande, après tout tant que la marchandise ne s’entretuait pas, le reste importait peu, alors c’était plutôt une bonne chose de s’entendre. Contrairement à d’autres, Amon ne passait pas des heures à choisir ses affaires car il en possédait assez peu finalement. Cette nuit-là il opta pour un jean foncé, ses baskets montantes et un t-shirt bleu pétrole à manches longues dont le col en V avait toujours été apprécié par son ancien maître. Depuis que les vampires dominaient le monde, la mode des cols roulés était tombée en désuétude, surtout dans les rangs des humains.

Un brin de toilette et un long coup de brosse dans ses cheveux en prenant garde à ne pas se froisser les plumes et l’hybride était prêt pour faire sa journée. Il sautilla avec légèreté d’une marche à l’autre en descendant l’escalier, un livre sous le bras. Les journées pouvaient être longues et plutôt ennuyeuses lorsqu’il n’y avait rien à faire et pour l’instant, l’hybride n’avait aucun « prétendant » à l’achat, ce qui rendait son quotidien encore plus morne. Avoir un vampire qui venait régulièrement pour faire son choix entre deux ou trois esclaves avait le mérite de rendre les journées un peu plus intéressantes, mais il fallait croire que la plupart préféraient la fourrure aux plumes. À moins que le tarif d’Amon soit trop élevé ? Il ne connaissait pas exactement son propre prix, de même que celui des autres, ce qui permettait d’éviter tout sentiment de supériorité ou infériorité entre résidents de la boutique.

En passant devant l’accueil, l’esclave personnel du gérant interpela l’oiseau bleu et lui demanda d’approcher. Il avait, semblait-il, une petite mission pour lui. Le jeune homme s’en réjouit car cela présageait une occupation plus divertissante que de relire pour la troisième fois son roman. L’humain lui tendit une enveloppe non scellée en l’invitant à l’ouvrir pour en lire le contenu. Il s’agissait de la liste de plantes que souhaitait Mr Harnolds. N’étant pas en mesure de faire lui-même les achats, pour une raison qui fut passée sous silence, il tenait à envoyer l’ara bleu car ce dernier venant d’une région tropicale à la végétation abondante, il serait sans doute en mesure d’évaluer l’état des plantes du fleuriste chez qui il serait envoyé en mission. Le raccourci entre l’origine d’Amon et ses connaissances botanique était un peu facile, cependant l’hybride reconnaissait avoir passé assez de temps avec Miguel pour pouvoir juger de la santé d’une fleur exotique. Il accepta de s’occuper de la course sans rechigner et après avoir lu rapidement l’ensemble de la commande et remit la feuille cachetée au nom de la boutique dans son écrin de papier, il remonta dans son dortoir pour prendre une veste.
Le responsable de l’accueil lui passa autour du cou un collier de cuir à fermeture électronique et équipé d’une puce, afin d’être certain que son porteur ne puisse pas s’enfuir et Amon fut autorisé à sortir.

L’air était frais, toutes les lumières de la ville étaient allumées et le ciel semblait dégagé, ce qui augurait une belle nuit. L’oiseau rare se mit en marche sans se presser, ne souhaitant pas que sa petite sortie soit trop vite écourtée.
Le fleuriste chez qui il devait se rendre se trouvait à tout juste deux rues de là, dans le même quartier. On devait en dire beaucoup de bien pour que l’exigeant Mr Harnolds choisisse de refaire toute sa décoration chez ce commerçant. Lorsqu’il arriva en vue de l’adresse que l’on lui avait indiquée, le jeune homme haussa les sourcils d’admiration. Lui qui pendait se retrouver face à une petite boutique très banale ou à un temple de la fleur coupée était pris de court par la vue d’une serre en pleine ville. Une oasis sous verre, dont le squelette de métal avait été verdit par le temps. On pouvait voir la végétation se bousculer à l’intérieur, sous la lumière artificielle.
Un sourire naquit sur le visage de l’hybride.

Instinctivement, il s’approcha de la serre plutôt que de la boutique officielle et en poussa la porte sans trop de poser de questions. Immédiatement, une bouffée d’air tiède l’enveloppa et il ne tarda pas à refermer la porte derrière lui. Deux oiseaux passèrent au-dessus de lui en lançant un trille de bienvenue. L’endroit était paisible et semblait coupé du reste de la ville, figé dans une sorte de printemps éternel et doux où pouvaient s’épanouir arbres, arbustes, fleurs, fougères et bruyères. L’odeur de pétrichor qui planait renvoya immédiatement Amon à la villa de São Paulo, dans le bosquet dense et sombre qui poussait dans une partie du parc, là où il n’était plus possible de domestiquer la nature. Miguel et lui aimaient s’y promener et grimper aux arbres, oubliant un court instant la civilisation autour d’eux.
Ravi d’avoir trouvé ce qui lui apparaissait soudainement comme un sanctuaire dans cette ville froide dont il ne savait presque rien, le jeune homme aux plumes bleues s’avança dans une petite allée en oubliant un moment la mission pour laquelle il était venu. Il se pencha sur des jacinthes colorées, effleura les feuilles d’un jeune ficus et bifurqua entre deux rangées de camélias.

La mémoire lui revint cependant rapidement lorsqu’il tomba sur une jardinière débordant de fleurs jeunes et bleues et il s’employa à trouver quelqu’un de vivant – ou de non-mort – dans la serre. Il finit par tomber sur un homme en train de rempoter des arbrisseaux.

« Bonjour, navré de vous déranger. Est-ce qu’il serait possible de vous passer une commande ? »

Le vampire leva le nez de son travail et eut l’air très surpris de voir que quelqu’un se tenait là. Il se redressa en essuyant ses mains sur son bleu de travail et répondit avec un air embêté.

« Bonjour. Désolé, ce n’est pas moi qui m’occupe des ventes… Vous ne devriez pas être là, vous savez ? »
« Ah, pardon, j’ai vu de la lumière et ça a été plus fort que moi, j’ai poussé la porte. En réalité je viens passer une commande pour une boutique. C’est le vampire dont je suis à la charge qui m’envoie, il n’a pas pu se déplacer. »

L’autre posa les mains sur les hanches et poussa un profond soupir, l’air de réfléchir, puis haussa les épaules avec un petit sourire en coin, comme s’il avait estimé que la situation n’était pas si mauvaise. Il désigna le chemin qui longeait la verrière.

« Très bien, voyez ça avec le patron, moi je n’ai pas mon mot à dire. Continuez par là et vous devriez le trouver près des roses je pense. Cherchez un vampire assez grand, les cheveux longs et rose pâle. »

Amon remercia avec un sourire poli et suivit le chemin qu’on venait de lui indiquer en levant le nez pour suivre le ballet des deux oiseaux qui semblaient l’avoir suivi. Ce n’était pas inhabituel pour lui, il suscitait souvent de la curiosité chez les petits animaux à plume au lieu de la méfiance habituelle. Jacob avait remarqué le même phénomène chez Miguel et en avait déduit qu’il s’agissait peut-être d’une odeur ou d’une présence similaire à celle d’un oiseau, induite par les mutations génétiques et qui mettait en confiance les véritables oiseaux.
Le brésilien arriva en vue des roses dont lui avait parlé l’employé et fouilla l’endroit du regard jusqu’à apercevoir la chevelure rose dont on lui avait parlé. La couleur était plus douce que ce à quoi il s’attendait et elle lui plut instantanément. En tant que porteur d’une couleur de cheveux peu commune, il appréciait de voir les autres, mortels ou non, arborer des colorations différentes eux aussi.
L’homme semblait très concentré sur son travail et tournait résolument le dos à son client, aussi ce dernier s’approcha-t-il de plusieurs pas en espérant être repéré au bruit ou à l’odeur. Mais comme il n’obtenait aucune réaction en retour, il se pencha et tapota doucement l’épaule du jardinier du bout des doigts.

« Heum… Excusez-moi ? Vous êtes le responsable ? J’ai besoin de votre aide. »


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Dernière édition par Amon le Dim 7 Mai 2017 - 16:01, édité 1 fois
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Vampire odieux

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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Mer 1 Fév 2017 - 20:21





Chaque fleur attire sa mouche

Amon - Zadkiel




- Zadkiel ? Vous avez l'air distrait.

J'ai l'air fatigué, imbécile.
Mais je souris, juste du bout des lèvres, et je hoche la tête. Dans la boutique attenante à la serre, je n'ai pas le droit d'être désagréable. Le bien de mon commerce dépend de ma capacité à me montrer aimable même lorsque je suis usé, lorsque mes jours sont trop courts, mes nuits trop longues, alors je te souris vois-tu, bien sagement, et je dissimule mon regard en baissant la tête. Je sais que j'ai l'air timide comme ça. Tu tends la main vers moi pour appuyer fugacement sur mon épaule, espérant me transmettre ton dynamisme. Tu ne fais que me dégoûter.
Nous ne nous connaissons pas. Tu es un client, tu es passé trois fois chez moi et tu penses déjà pouvoir être familier. Si je n'étais pas au travail… Je ne sais trop ce que j'aurais fait. Mais tu ne m'aurais pas approché avec tes grosses pattes de brute, ton regard de boeuf. Tu aurais eu mon mépris au lieu du pli poliment travaillé sur mes lèvres.
Pourquoi pensez-vous toujours pouvoir avoir plus que ce qui vous revient ? Mon amabilité vaut-elle lieu d'invitation dissimulée ? J'en doute fort.
Alors je te souris et je finis d'emballer ton poinsettia dans du papier mousseux, immaculé, et je le glisse dans un grand sac en toile de jute. Je peux me réfugier derrière ma caisse maintenant, taper d'un air absent des chiffres sur le terminal. Tu ne me parles plus parce que j'ai l'air concentré, je ne demande rien de plus.

- C'est une plante d'hiver, vous ne devez pas l'arroser entre avril et septembre. Elle est fragile, vous devrez être délicat avec elle.

Je te tend le sac, je vois tes doigts énormes se serrer le tissu, je n'ai pas besoin de boule de cristal pour deviner que ton pauvre euphorbe ne tiendra pas une saison. Tu veux l'offrir à un amant peut-être, parce qu'il est aussi beau que les fleurs de la plante ? Mais ce n'est pas un jouet. C'est un organisme qui va souffrir à cause de toi. Tu ferais mieux d'offrir un esclave à ton beau, ils sont fait pour ça.

- Prenez soin de lui donner de l'engrais régulièrement et en petites doses. Votre carte, je vous prie ?

C'est ça, tends-moi le bout de plastique en souriant, tu ne sais pas que derrière la frange désordonnée de mes cheveux mes yeux sont des billes de glace. Tu ne vois que mes airs de nymphe évaporée, mes doigts fins qui effleurent les tiens, et tu souris comme un benêt.
Tu es vulgaire.
Tu es un rhinocéros bas du front comme il y en a tant et je ne veux pas de toi.

- Merci pour votre achat. Repassez quand vous le souhaitez !

Fais-moi un signe de la main et sors. Fais-moi un signe de la main et laisse-moi appeler un de mes employés pour me relayer en lui disant que je doit aller soigner les Calathea Crocata que je viens de recevoir. Mon vendeur est devant moi en un instant, adorable, avenant et déjà je me calme. Je lui donne les instructions pour la caisse -il les connaît mais je ne peux m'en empêcher- puis je disparais dans ma serre.

Ma maison. Mon refuge. Les oiseaux chantent sous l'acier et le verre, les feuilles bruissent, les quelques hommes qui travaillent sur les plantes le font en silence. Je sors mes écouteurs de mon tablier et je lance une chanson tout en me dirigeant vers ma tâche.
Ça parle de sang sur des feuilles, ma musique. Ça parle de vengeance mais c'est doux, c'est tendre dans la voix du chanteur, tout en poésie triste. Je souffle les paroles, si bas que personne ne peut les entendre. Je souffle les mots pour ne pas déranger les feuilles, alors que je commence à humidifier mes fragiles plants. Ils ont besoin de soin, les pauvres, après leur trajet jusqu'à ma serre. Je n'en ai eu que quelques uns, il y a longtemps, mais je sais me souvenir de ce qu'il faut à la moindre de mes plantes. Mes nouveaux trésors auront les meilleurs soins, ceux qu'ils méritent. Ils seront magnifiques dans leurs feuilles sombres, leur floraison couleur de soleil d'automne, et ils iront décorer mon appartement dès que je serais sûr qu'ils se sont acclimatés à Dornia.
En attendant, ils vivent dans ma serre et je m'en occupe comme d'autres entretiennent des enfants.

Lorsqu'ils sont enfin propres, entretenus, parfaits, je peux les laisser pour me diriger vers mes roses. Elles n’ont pas tant besoin d’attentions, elles, je les ai depuis des années... Elles ont participé à des bouquets plus beaux que ceux des contes de fée, elles ont vu des mariages, des déclarations, des crises de larmes aussi certainement. Ce sont des compagnes de vie, seuls les imbéciles ne peuvent comprendre ça.
La musique a changé. Elle parle de monde disparu, d’amours perdues. Je ne la chante pas, elle. Je suis silencieux alors que je coupe les feuilles abîmées de mes plantes, que je vérifie les bourgeons et choisis ceux que je laisserais se développer. Ils ne peuvent tous rester sur mes arbustes, malheureusement, sous peine d’épuiser le pied. Je me fais décideur. Je deviens celui qui sait qui vivra, qui mourra, qui deviendra une rose colorée et qui finira séché dans ma baignoire un matin de grande fatigue.
C’est normal que je ne te sente pas arriver. Je suis concentré.
Mais toi…

Toi tu vis.
Ton pouls, je le sens dans tes doigts qui tapotent sur mon épaule, puis dans l’air tout autour de moi. Ta chaleur est dans mon dos, soudaine, imprévue, menaçante. Tu vis. Je ne veux pas de vivants ici. Je ne veux pas de bruit. Je ne veux pas de souffrance.
La lame avec laquelle j’entretiens mes fleurs te blesse. Je crois que c'est ta main que je touche, du bout de la pointe d'acier. Je crois que je sens ton coeur s'accélérer mais je repousse brutalement la sensation, l'impression dans mes oreilles, tout comme je te repousse physiquement. Tu pars en arrière, j'en fais de même. Je sais que je donne l'impression d'être à bout de nerfs : je sens mes sourcils froncés, mes lèvres pincées, le feu dans mon regard lorsque je le pose sur toi mais tu mérites, tu mérites tout ce que je te fais parce que tu vis.

- Sortez.

Je siffle et ma main se crispe sur le manche de mon arme improvisée. Une vague de force mentale s'abat sur toi, essaie de t'éloigner de moi. Je ne vois même pas à quoi tu ressembles, trop préoccupé par mes sens submergés.

- Sortez ou je vous fais sortir de force. Vous n'avez rien à faire ici.

Si tu es intelligent, tu feras demi-tour, tu ne tenteras pas de me raisonner ou de me comprendre. Tu saisiras le sens du regard fou que je jette sur toi. Tu n'as le droit qu'à un avertissement. Crois-moi, c'est déjà beaucoup.

CSS par Gaelle
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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Mer 1 Fév 2017 - 23:53



Tout devint flou pendant un bref instant et le corps réagit avant même que l’esprit ne comprenne la situation. La lame décrivit un croissant de lune brillant, prête à faucher sur son passage quiconque aurait l’imprudence de ne pas bouger. Mais l’oiseau fut plus vif qu'elle et s’écarta dans un élan de survie instinctif, levant une main devant lui pour se protéger. Le métal mordit sa chair, dessinant une ligne profonde en travers de sa paume, se teintant de rouge alors que l’hybride reculait sous l’assaut. La douleur rampa le long de son bras comme un serpent. Par réflexe, il ramena sa main blessée contre lui, se tenant par le poignet et eut tout juste le temps de voir le vampire se redresser avant d’être poussé en arrière. Brutalement.
Plus loin, encore plus loin.
Lorsque l'oiseau bleu releva la tête, le décor lui sembla avoir disparu, avalé en même temps que sa vision périphérique par l’adrénaline. En revanche, le visage de son agresseur était si net qu’Amon aurait presque pu compter ses cils. Une fois debout, le fleuriste était bien plus grand que lui, mais pas très épais. Pourtant il semblait à cet instant qu’il aurait pu briser en deux le perroquet d’une seule main.

N'approche pas !

L’ordre qui tomba entre eux claqua à ses oreilles avec la violence d’un coup de feu, quand bien même il n’était qu’à peine articulé. L’hybride attendit une demie seconde une attaque qui ne vint pas, mais tituba en sentant son esprit se brouiller. Il n’était pas habitué ce qu’on use de ce tour de passe-passe sur lui, il en avait horreur. C'était presque du viol de sentir une présence inconnue se faire une place à côté de votre esprit, là où elle n'avait rien à faire.

SORS DE MA TÊTE !

Il ferma les yeux et appuya sa paume valide contre sa tempe le temps que la pression sous son crâne redescende. Quelque chose de chaud dégoulinait le long de son poignet et dans sa manche, sur son autre bras. L’instant sembla se figer alors que le maître des lieux répétait sa demande en y ajoutant un avertissement. Amon ouvrit la bouche, prêt à répliquer, cinglant et agressif pour ériger ses défenses, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Comme si tout était bloqué depuis qu’avait jailli de sa gorge un cri de douleur lorsque l’entaille s’était ouverte sur sa peau.
À son tour il pinça les lèvres, furieux et fébrile, puis jeta un regard vers là d’où il venait. Sortir, il en avait envie. Qui voudrait rester un instant de plus en la compagnie d’un vampire fou qui agitait son sécateur dans tous les sens dès qu’un client l’approchait ? Mais il avait une mission. Ne pas l’accomplir, c’était encourir une punition. Et c’était quitter prématurément l’oasis où il se trouvait. Deux bonnes raisons qui le firent rester sur place, aussi immobile qu'une statue de sel, alors que son corps lui criait de détaler. Le vacarme de son pouls affolé bourdonnait dans ses oreilles.

Sa main libre plongea dans une de ses poches et il en sortit une enveloppe pliée en deux. À l’intérieur se trouvait la commande complète de la boutique ainsi qu’un petit mot du responsable expliquant la présence de l’hybride au lieu de la sienne. Son sésame, son bouclier de papier. Les yeux toujours posés sur le vampire, ne cillant pas un instant de peur de perdre le prédateur de vue, il leva l’enveloppe pour la lui montrer, puis abaissa doucement le bras afin de la déposer en équilibre entre les tiges d’un buisson de roses qui bordait l’allée. Enfin il recula de deux pas avec autant de précautions que s'il avait fait face à un grand fauve, quittant le couvert des fleurs pour retourner sur le chemin qui longeait la verrière et… se dirigea vers le fond de la serre.
Non, il ne prendrait pas la porte. Et si l’autre ne voulait pas se retrouver avec une dette colossale à rembourser auprès de la filiale à laquelle appartenait l’hybride pour meurtre d’un esclave en parfait état, il éviterait de lui trancher la gorge malgré l’affront.

D’un pas rapide et décidé, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine et le corps parcouru de légers tremblements, Amon avisa un établi un peu plus loin avec plusieurs outils mais surtout ce qui semblait être un bout de tissu propre. Ni une ni deux, il enroula le bandage improvisé autour de sa main. Répandre son sang partout en présence de vampires, c’était comme de verser du jus de fruit dans une cage à colibris. Stupide. D’un geste précipité il remonta la manche de sa veste qui commençait à boire le liquide épais et se teinter de vermeil. De longues langues brillantes d’un rouge soutenu couraient le long de sa peau mate, du poignet jusqu'au coude, traçant un nouveau réseau de veines en surface. C’était presque beau à voir si on oubliait que c’était du sang sortit d’une plaie toute fraîche.
Le brésilien serrait les dents pour ne pas laisser monter des larmes de douleurs. Sa peau ouverte le brûlait et le lançait. Il fallait qu’il se lave et qu’il soigne ça correctement. Harnolds allait l’étriper sur place s’il voyait qu’il s’était abimé de la sorte…

« Quel con ! Merda, merda, merda ! »

Il n’osa même pas élever la voix, susurrant ses jurons entre ses dents tout en serrant son poing pour que le tissu absorbe l’hémorragie.
Un bruissement dans son dos le fit sursauter et il réagit sans même réfléchir : sa main libre se referma sur la poignée du premier outil qu'elle rencontra, une grande tenaille pour tailler les haies, et il pointa son arme sur la menace potentielle, le cœur emballé par la peur mais le regard farouche et déterminé. Son entêtement n’avait pas encore de limite connue et il repartirait seulement avec la confirmation de la commande et la plante en pot qu’on lui avait ordonné de rapporter ! Et tant pis s'il avait l'air ridicule ou pathétique, tant pis s'il devait tenir le pot sous un seul bras pour cacher sa blessure dans le fond de sa poche, tant pis si on le menaçait encore. Sa langue se délia toute seule et il articula si vite que son accent chantant fut plus prononcé que jamais, libéré de la dictature de l’anglais pour un court instant.

« Jé né partirai pas ! Não sem flores. » Pas sans les fleurs.

La pointe de la tenaille tressautait légèrement alors qu’il la tenait à bout de bras. Ce que c’était lourd !
En tâche de fond, son cerveau ne pouvait pas s'empêcher de faire tourner en boucle ces questions : "Pourquoi j'ai été attaqué ? Pourquoi n'a-t-il pas l'air aussi mauvais qu'il devrait l'être, comme une de ces racailles dans le parc ? Pourquoi je devrais lui obéir, de toute façon ? Est-ce qu'il va essayer de me tuer ? Est-ce qu'il a vraiment les cils blancs ? Je ne suis plus certain..."

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Vampire odieux

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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Mer 8 Fév 2017 - 20:46





Chaque fleur attire sa mouche

Amon - Zadkiel



Tu me chasses.
Tu me chasses !
Tu essaies, misérable, de me chasser de ton esprit ? Mais ce n'est pas ta place ! Tu n'as pas à essayer de faire le brave, le rebelle de bas étage alors que je sens ton coeur battre à quelques mètres à peine de moi. Je suis bien trop paniqué pour essayer de te voir vraiment, je n'entend que le rythme de ta vie. Ton coeur, ton souffle, tes bruits partout dans mes oreilles, ça pulse jusque dans mes os et je n'arrive pas à me détacher. Toute mon attention ne se dirige que vers toi. J'attends autant que je crains le prochain son. Dès que le silence se fait, un instant, même pas une seconde, je me retrouve à attendre le suivant en sachant qu'il m’écorchera. Que j'aurais mal.
Parce que je souffre, même si tu n'as pas l'air de te comprendre avec ton air ahuri peint sur le visage comme une grossière caricature. Je souffre, j'ai mal à en crever à chaque passage d'air dans ta stupide gorge. C'est comme si on me tenait la tête sous l'eau.
J’étouffe.

Alors je ne comprend pas ce papier que tu sors, que tu poses sur mes roses. Mes roses que tu touches, avec tes doigts et ma gorge crisse, gronde, mais j'ai peur. J'ai peur ! Je ne veux pas -je ne veux pas être ça ! Je ne veux pas te fondre dessus, enragé, hurlant, te frapper jusqu'à te faire regretter d'être conscient… Non ! NON. Ce n'est pas moi ! Je suis Zadkiel, je suis moi, je suis là et pas ailleurs, pas en Allemagne, pas adolescent.
Je suis…
Je suis moi et pas lui.
Toi, tu t’éloignes en me regardant comme si j’étais une casserole de lait sur le point de déborder. Je sens un gémissement passer ma gorge, je me vois serrer mes bras autour de moi, agripper mes côtes sous le tissu épais de mon tablier. Je me fais mal, à enfoncer mes griffes entre les os. Je me fais mal mais dans le brouillard qui inonde ma conscience c'est salutaire : j’ancre mon esprit. La sensation aiguë, localisée, je peux m'en servir pour me stabiliser. Mon monde ne tourne plus qu'autour de cette pointe entre mes côtes. Je sens la moindre aspérité de mon t-shirt trop plaqué contre ma peau. Je sens que l'ongle de mon majeur est plus long. Je sais que mes mains tremblent parce que la douleur est parfois un peu moins forte puis elle redevient marquante, parce que je force un peu plus ma prise pour compenser.

C'est un de mes apprentis qui me trouve. Je suis au sol, je le sais car je vois d'abord ses genoux dans mon champ de vision. Je ne sais pas comment j'ai glissé à terre… Lui non plus. Son visage, vu d'en dessous, exsude l'angoisse. Je ne voulais pas lui faire peur, je souris difficilement pour le rassurer. Tout va bien, mon cher, tout va bien. S’il te plait, ne me regarde pas comme ça.

- Zadkiel ?

Je vais bien. Retourne à tes occupations.

- Il y a… Quelqu’un. Ici.

Tu renifles, tu lèves la tête pour essayer de percevoir le vivant -tu sais de quoi je parle, tu me connais- pendant que moi je m’efforce de ne pas me concentrer sur la présence pour la traquer. Je me lève, j’époussette mon pantalon, j’enlève le tablier pour m’occuper les mains le temps que tu finisse ton exploration mentale des lieux.
Le tissu est frais sous mes doigts. C’est agréable. Je le plie en carré impeccable malgré les tremblements de mes doigts. Je le pose sur ma table de travail. Ma trousse à outils attachée à la ceinture de mon pantalon se pose dessus une fois que j’ai défait les boucles, elle enfonce la surface impeccable d’un centimètre et deux millimètres exactement.

- Il a laissé ça ?

Tu pointes l’enveloppe de la main, je fais simplement oui de la tête en te laissant la prendre. Je ne veux pas savoir ce qu’elle renferme. Je me fiche du contenu du message, j’espère juste que l’intrus n’est plus dans ma serre mais je sens quelque chose de sourd me battre dans les oreilles, loin.

- Ca dit que quelqu’un est là pour acheter des plantes. Zadkiel, est ce que c’est la personne qui vous a mis dans cet état ?

Oui. Non. Je ne sais plus. J’imagine que oui, qu’il a une vraie raison d’être là, alors je hausse les épaules et je te lance un regard perdu sous mes mèches rose thé.

- Il est toujours ici ?

Je mord ma lèvre inférieure, je t’entends souffler de dépit.

- Je vais le chercher, faites pareil. Si vous le trouvez, appelez-moi. Ne lui parlez pas.
- C’est moi l'aîné ici…
- Je sais, mais vous l’avez effrayé. Je ne veux pas qu’il arrive malheur.

Je l’observe, mon apprenti, aussi silencieusement que je le peux. Il est peut-être plus jeune mais il a raison. Et puis il ne fait pas tant enfant, avec sa barbe de trois jours et ses cheveux roux coupés courts, alors que moi… Je lui fait signe de faire à sa guise en agitant fluidement ma main devant moi, il obéit sans un sourire pour partir vers les côtés de la serre.
Moi, je sais où est mon visiteur imprévu.
Je n’ai qu’à suivre le bourdonnement insupportable qui dérange le calme de mon abri. Je n’ai qu’à me concentrer, user de mes sens aiguisés par les années, jusqu’à sentir son sang.

Ton sang.
Dans mon havre de paix. Je me sens nauséeux.
Un souffle d’air et je suis près de toi. Le buisson de lin chante pour annoncer ma présence, je tente de le calmer d’une main aimable sur ses belles feuilles. Le contact m’apaise. Ta vision m’énerve.
J’imagine qu’on pourrait te trouver beau. Ta peau sombre, tes cheveux bleu, les plumes qui se tissent entre les mèches couleur d’océan les jours de tempête, ce sont des atouts certains pour une chose tel que toi. Sont-ils touchés, tes acheteurs potentiels, par tes yeux clairs ? Ont-ils des papillons dans l’estomac en voyant tes jolies lèvres sourire pour eux ? Peut-être qu’ils préfèrent ton accent ?
Rien de tout ça ne te sauvera de moi, tu sais ? Moi, je ne vois que le taille-haie qui tremble entre tes doigts, que cet air de défi sur tes Ô si jolis traits de bibelot exotique. Tu me menaces. Tu me menaces, HA ! Dans ma propre demeure ! Sais-tu qu’au dessus de ta tête, c’est ma chambre à coucher ? Le bois de la mezzanine sous laquelle tu t’es abrité, c’est mon chez-moi. Tu n’as aucun droit ici.

- Parle. Anglais.

Je siffle entre mes dents, comme un serpent. Je ne m’approche pas de toi mais je n’en ai pas tant besoin pour te faire peur. Tu vois cette jolie arme improvisée ? Je sais te l’arracher des mains sans bouger. Je sais forcer mentalement, je suis très fort à ce jeu, et je peux la faire flotter devant toi, au niveau de ta gorge, en t’assassinant de mes yeux bicolores.

- Je t’ai ordonné de sortir. Je t’ai dit que j’attaquerais, et tu es toujours là. Es-tu stupide, petit oiseau ?

La cisaille tombe, fichée entre tes pieds, profondément enfoncée dans l’allée de gravillons. Je ne sais pas quoi faire pour se faire peur, alors je retrousse mes lèvres sur mes canines. Elles sont fines, presque comme des aiguilles, et plus courtes que celles d’autres lignées. Mon frère les a toujours visibles, les miennes sont presque indétectables même lorsque je les déploie. N’est-ce pas risible ?
Mais tu ne devrais pas rire.
Je fais peur, quand je suis échevelé, quand je me blesse moi-même. La seule chose qui me maintient à flot, ce sont les griffures que j’applique sur mon avant-bras, les sillages sanglants que je creuse pour que la douleur en chasse une autre, plus profonde, plus viscérale. Ma tête va exploser.

- RAUS.

Tu sais, moi aussi je parle d’autres langues. Le Polonais et l’Allemand, que tu viens d’entendre échapper de mes lèvres en cri de banshee, et résonner dans ton esprit aussi. Je vais t’écraser comme un insecte, petit oiseau. Je vais te broyer sous ma volonté, si tu ne sors pas je vais te couper les ailes, je vais…

- Zadkiel !

Mon assistant, sur toi, devant toi, qui te prend dans ses bras pour t’isoler de moi, qui me regarde avec crainte, qui essaie de dissimuler les battements de ton coeur à mes oreilles. Et moi je ne comprends plus rien.
Que suis-je sensé faire ?
Comment je réagis, moi, quand le monde entier se met à tourner et que la douleur me fauche ?

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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Jeu 9 Fév 2017 - 16:28




Avec ses longs cheveux rose pâle et ses prunelles froides, le vampire ressemblait à une fleur exotique, montée sur une longue tige souple et mince comme certaines orchidées. Il était parfaitement à sa place dans cette serre, parmi les autres variétés de plantes élégantes et étranges à la fois. En d'autres circonstances, Amon aurait sans doute été fasciné par la pâleur de ce visage tout juste adulte, la fluidité de ses mouvements silencieux, la blancheur de ses cils - ses yeux ne l'avaient donc pas trompés la première fois -. Il aurait aimé observer cette créature avec curiosité, de très près puis d'un peu plus loin, sans forcément lui parler, juste pour la voir évoluer dans son environnement et s'activer à ses tâches quotidiennes. Oui, il aurait sans doute pris beaucoup de plaisir à le faire.

Mais sa paume pulsait douloureusement, à cause de cette jolie fleur.
Mais son cœur battait à tout rompre, à cause de cette jolie fleur.
Mais tout son corps frémissait de peur, à cause de cette jolie fleur.

Comme un animal effrayé, qui montre les dents sans oser s'en servir, il failli répliquer qu'il parlait la langue qu'il voulait, quand il voulait et à qui il voulait, que ce n'était pas son problème si l'autre ne comprenait pas. Mais il se tut car l'aiguillon chauffé à blanc d'une présence étrangère s'enfonça dans son esprit. Il gémit en essayant de lutter tandis que ses maigres défenses étaient déjà balayées comme un château de carte. La sensation était éprouvante et répugnante, ça s'agitait à l'intérieur de lui sans qu'il puisse rien faire, et il dut laisser les commandes au fleuriste.

Arrête ! Sors ! Sors de ma tête ! Non !

Son bras trembla plus encore alors qu'il essayait d'en garder le contrôle, mais le vampire était plus fort. Beaucoup plus fort. Ses mots furent autant d'aiguilles qui se fichèrent dans les endroits les plus tendres et fragiles, là où ils pourraient faire le plus de mal. Oui, sans doute était-ce stupide d'être resté après un tel accueil et de s'être entêté à faire ce qu'on attendait de lui. Mais voilà, il était toujours là et il refusait de baisser les yeux malgré le danger ou de se rendre malgré sa faiblesse. Une vraie cervelle de moineau à la fierté mal placée, ou peut-être un instinct de survie défaillant, allez savoir quel était vraiment son problème.
Incapable de soutenir plus longtemps la pression qui pesait sur lui, Amon lâcha son arme et recula d'un pas, se heurtant à la table dans son dos. Il n'arrivait pas à détourner le regard, hypnotisé par la vue de ce visage qui se déformait sous la colère, tous crocs dehors. C'était sans doute ça que ressentait une souris face à un serpent, incapable de bouger alors que les anneaux du reptile se refermaient autour d'elle.

L'oiseau bleu se serait laissé mordre et mettre en pièce sans réagir si le fleuriste s'était jeté sur lui à cet instant. Mais lorsque l'ordre résonna dans sa tête avec la force d'un coup de tonnerre, il tressaillit en plaquant les mains sur ses oreilles, fermant les yeux sous l'effet de la surprise. Il détestait les orages et les redoutait terriblement, effrayé comme un enfant à chaque éclair qui fendait le ciel et se réfugiant dans le recoin le plus étroit possible quand le tonnerre grondait. Il n'y pouvait rien, c'était plus fort que lui, rien n'était encore parvenu à le dissuader de craindre la colère du ciel. Cette langue râpeuse et agressive qu'il ne comprenait pas avait éclaté dans sa tête, le déchirant en deux de douleur et de peur.
Pas d'orage ! Il ne voulait pas !

Arrête ! S'il te plaît, arrête ! S'il te plaît...

Peu importait qui entendrait sa supplique silencieuse, peu importait à qui il l'adressait, tout ce que voulait l'hybride c'était que la soudaine tempête s'éloigne, que la peur reflue, que le vampire quitte sa tête.

Pourquoi tu me fais mal ? Arrête... Pardon...

Quelque chose coula jusqu'à ses lèvres sans qu'il sache si c'était des larmes ou du sang. Bah ! Quelle importance ?
Une nouvelle voix tonna et le fit sursauter bien qu'il ne puisse plus reculer, et quelque chose l'enserra. Par réflexe, le brésilien tenta de se soustraire au contact pour s'éloigner de ce qui devait être une nouvelle agression. Comment en aurait-il pu être autrement puisque depuis qu'il était entré dans la serre, on tentait de lui faire du mal ?

Il ouvrit les yeux, prisonnier de bras qui n'étaient pas ceux qu'il attendait. Un second vampire était apparu de nulle part, s'interposant entre le prédateur et sa proie. Amon fut de nouveau seul dans sa tête et aux commandes de son corps. Enfin. Le calme revint, comme si tous les nuages d'orage avaient été soufflés par un grand vent d'ouest. Il expira tout l'air qui se trouvait dans ses poumons, laissant aller son front contre le torse tout juste tiède de cet inconnu qui lui avait probablement sauvé la vie.
Sauvé. Car après tout, c'était bien lui la victime, n'est-ce pas ? Il n'avait rien fait pour mériter autant de violence et de colère, on lui avait même indiqué le chemin pour trouver le maître des lieux, c'était bien qu'il avait le droit, non ?

Les bras ramenés contre son corps, une main sur la bouche, il considéra du coin de l’œil la fleur qui avait bien failli l'empoisonner mortellement. La fureur s'était évaporée, balayée avec l'orage sans doute. Il semblait désormais étourdi et hagard, comme lorsqu'on se réveille d'un cauchemar. Amon eut l'étrange impression de se regarder dans un miroir, à l'exception que ce reflet rose et blanc n'avait personne contre qui s'appuyer. Ses iris céruléennes descendirent du visage jusqu'aux sillons sanglants sur l'intérieur du bras. Le goutte-à-goutte sur les graviers lui écorcha le cœur. C'était de sa faute, pas vrai ? De sa faute si on lui avait crié dessus pour le chasser, il avait déconcentré quelqu'un en plein travail. C'était de sa faute si sa main était blessée et si le vampire saignait aussi.

« Parfois tu n'en fais qu'à ta tête, Amon, et voilà ce qui arrive ! Est-ce que tu te rends compte ? »

Jacob lui avait déjà dit, ça pouvait rendre les gens fous de voir un esclave désobéir. Mais il avait oublié.

« Es-tu stupide, petit oiseau ? »

Oui. Il se sentait stupide.
En douceur il repoussa l'autre vampire, s'arrachant à sa protection avant d'essuyer d'un revers de manche ce qui avait coulé sur ses lèvres - il avait saigné du nez, trop peu habitué à lutter contre une incursion dans son esprit - sans s'inquiéter de salir son vêtement. De l'autre main il tendit le chiffon qu'il avait utilisé pour la plaie dans sa paume. Ça aussi c'était stupide, les blessures des vampires se refermaient si vite que ça ne servait à rien de les panser.

« Pardon. J'ai dit que je ne pouvais pas repartir sans les fleurs... » murmura-t-il d'une voix étouffée. « Je suis désolé, je... Je ne voulais pas vous faire peur... Ne criez plus. S'il vous plaît. »

Il ne voulait plus regarder personne. Ni le fleuriste blessé, ni le rouquin, il voulait juste repartir avec une date pour savoir quand les plantes seraient prêtes. On le lui avait ordonné et il n'était bon qu'à ça, suivre les ordres. Il ne voulait pas qu'on lui hurle de nouveau dans la tête parce qu'il faisait ce qu'il n'avait pas le choix de faire.

« Je vais attendre à la porte. Pardon. » Son regard croisa de nouveau celui de Zadkiel. Difficile à prononcer. Mais ça chantait sur le bout de la langue. « Je suis vraiment désolé. »

L'hybride esquissa un pas de côté, d'abord prudent, puis tourna tout à fait le dos aux deux vampires avec un certain empressement en longeant le fond de la serre, à l'ombre de la mezzanine. Arrivé au bout, il suivit la verrière pour rejoindre la porte par laquelle il était entré, louvoyant entre les plantes et les arbres sans ralentir le rythme. Sa main blessée était serrée au point qu'il s'enfonce les griffes dans la paume, juste sous l'entaille, mais au moins s'il sentait cette douleur là c'est qu'il était toujours vivant et entier.

Arrivé à la porte, le jeune homme se retourna pour voir s'il avait été suivi et surtout, s'il devait fuir à nouveau pour sauver sa peau. Mais tout était calme et immobile à présent. Un des passereaux qu'il avait vu à son arrivée descendit se poser sur la table la plus proche, parmi les sacs de terreau et les pots de terre cuites, sautillant dans sa direction avec curiosité. La vue d'un organisme vivant et bien portant au sein de la verrière procura un immense soulagement à l'hybride et il esquissa un sourire en s'adossant à la porte.

« Ne me regarde pas comme ça, toi aussi tu es une cervelle de piaf, tu sais ? »

Ses jambes se dérobèrent sous lui et il se laissa glisser jusqu'au sol en soupirant. Doucement, la tension quittait peu à peu ses muscles, le laissant tremblant comme une feuille avec la désagréable impression qu'au moindre choc, il se briserait en millier d'éclats. Mentalement il ressassait les mêmes phrases pour se rassurer : c'était terminé, personne n'était mort, il tenait toujours debout et avait toutes ses plumes. Chaque fois qu'il clignait des paupières, il revoyait la tenaille qui filait dans sa direction, les crocs, les griffes, le sang. Pourtant ni l'un ni l'autre n'avait vraiment attaqué, tout ça ce n'était que de la surprise et de la peur.

J'ai fais peur à un vampire... Ça n'a aucun sens.

Le petit oiseau avait sautillé jusqu'au bord de la table, penché la tête sur le côté pour mieux regarder ce drôle de congénère aux plumes bleues et s'était posé sur son genou, ses petites griffes bien accrochées dans le tissu du pantalon. L'hybride détailla la créature ailée pour occuper son esprit à autre chose qu'à repasser en boucle les images de cette rencontre mouvementée.
On ne le laisserait tranquille que quelques minutes tout au plus, il fallait qu'il se reprenne. Formaté pour sourire même lorsqu'il était malheureux, pour être poli même lorsqu'il était furieux, il avait le devoir de porter un masque lisse et propre. Si Harnolds apprenait qu'il était l'auteur de tout ce vacarme, qu'il avait désobéit et manqué de respect... Sa nature bienveillante n'en tolérerait pas tant.


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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Ven 17 Fév 2017 - 20:19





Chaque fleur attire sa mouche

Amon - Zadkiel



Je sens mon sang sur mes ongles. C’est une drôle de sensation, pour un être qui sait régénérer ses cellules : je saigne mais je sais, ou en tout cas un bout de mon âme sait, que ce n’est que temporaire. Que des plaies que je m’inflige aucune ne reste bien longtemps. Je n’ai qu’à descendre mes yeux sur mon bras -et je le fais, comme ça je n’ai pas à vous voir, à vous affronter tous les deux- pour me rendre compte de la vérité. Mes chairs déjà se referment sur les sillons rouges qui ont marqué les fleurs tatouées. Les muscles, puis la peau, qui se colore d’encre comme si rien ne s’était passé. Il n’y a plus que l’écarlate sous mes ongles, mêlé de terre, d’humus, qui témoigne de ma douleur.
La dernière goutte macule le gravier, et il n’y a plus rien.
Je relève mon regard pour voir, vraiment voir la scène. Les couleurs sont presque trop vibrantes pour moi, le bleu exotique des cheveux de l’un, le roux de bronze de l’autre, la peau mate et la pâle, sur fond de vert, de rose, de métal usé par le temps. Ce sont comme des points qui dansent devant mes yeux, sur le temps battu par la douleur dans ma tête. Je ne comprends pas ce que je vois. Je crois que je suis simplement parti vers un autre quelque chose, vers des hauteurs où personne ne peut me toucher, et le monde n’est plus qu’un larsen dans mon esprit épuisé.
Alors je vois, mais je ne comprends pas. Je te vois saigner, petit oiseau, je te vois me tendre le chiffon sanglant que tu as dû utiliser pour ta main, et je vois aussi ton regard. Les connections ne se font pas, voilà tout. Je pense que j’aurais dû voir de la peur dans ton regard. J’imagine qu’il y a une forme de compassion dans tes gestes -moelleux, étudiés, éduqué pour ça sans doute- et je n’arrive pas à noter réellement. Je suis spectateur de tout. L’acteur n’es plus là, plus depuis ton irruption dans ma routine tranquille, plus depuis les battements de ton coeur près de moi.
Ca non plus, je ne l’enregistre plus. C’est peut-être la source du larsen. Ou c’est ce battement désagréable qui parcourt tout mon dos, s’insinue dans mes muscles. Je ne veux pas savoir. Je me contente de regarder sans voir, mais sans me blesser.

- Il vaut mieux, oui.

C’est la voix de mon aide, son regard désolé, puis son air de reproches vers moi quand la chaleur s’éloigne de nous à petits pas craintifs. Je sais. Je sais ce que tu vas me dire. J’en ai une conscience très aigüe.

- Zadkiel, vous allez bien ?

Je te jette un regard que je sais être hagard. Je dois ressembler à un épouvantail, avec le rouge sur mes mains, avec mes yeux qui se sont immobilisés sur le rien derrière toi, avec mes crocs toujours déployés qui s’appuient contre mes lèvres entrouvertes. Je dois faire peur, pas comme ces très anciens vampires faits de glace polaire mais comme un enfant qui ne sait se contrôler. Un enfant avec assez de force pour pouvoir briser une nuque par la pensée.
C’est un gémissement plaintif que je sens passer sur mes lèvres. Je n’arrive pas à répondre autrement. Pire, je sens des tremblements se répandre dans mes membres, maintenant que je comprends ce que j’ai failli faire.
J’aurais pu tuer quelqu’un. Moi, j’aurais pu tuer quelqu’un sur le coup de la colère, de la peur, et ça n’aurait rien pardonné que je sois à bout, effrayé, traumatisé. Rien ne m’aurait excusé. Je suis un monstre. Je suis lui en haut de ses escaliers, avec son regard vide.

- Zadkiel, écoutez-moi. Il n’y a pas mort d’homme. Concentrez-vous sur ma voix. Vous n’avez rien fait de mal, j’étais là. Vous allez vous excuser, d’accord ?

Je fais non de la tête, désespéré. Pourquoi veux-tu que je m’en approche encore ? Je vais le blesser !

- Je serais là.

Mais moi, je ne veux pas !

- Tout se passera bien, mais vous devez vous excuser, vraiment.
- J’ai peur.

C’est ma voix que j’entends, avec un tremblement dedans, avec des ombres cachées dans le refus simple. Je te vois hésiter, puis te reprendre. Je vois ton regard se durcir, ton menton se relever juste d’un cran, et moi je me recroqueville, je marque de nouveau ma peau, à peine plus légèrement. Ca, ça t’arrête. Ca te fait t’approcher de moi pour prendre mes poignets, les tenir légèrement.

- Je vais chercher votre casque en haut, et une couverture. Vous n’aurez qu’à être là et je parlerais à votre place. Il va avoir besoin de ses plantes pour partir… Choisissez un des Canna pendant que je suis en haut.

Toi, tu me connais. Tu sais appliquer les mêmes techniques que j’ai utilisées pour te stabiliser pour moi, avec une grande intelligence. Me donner une tâche simple, me trouver des objets de réconfort, voilà tout ce dont j’ai besoin. Je fais oui de la tête maintenant, et je pars à la recherche de la plante dont a besoin l’invité surprise.
J’en choisis un de taille moyenne au milieu de ses frères. Sous espèce : “Durban”. Des fleurs aux couleurs de soleil qui se lève, de feuilles comme un incendie, vert presque noir et rouge éclatant. Il n’a rien d’apaisant mais ses couleurs iront à l’intrus : le rouge fera un contrepoint à l’azur de ses cheveux, le orange complémentera le brun de sa peau. La terre cuite du pot est fraîche entre mes doigts lorsque je le soulève, vérifiant rapidement son état de santé avant de chercher du regard mon assistant. Je refuse d’affronter seul le battement d’un coeur.
Heureusement, il arrive vite.
Je le vois descendre les marches de la mezzanine avec les bras chargés : une de mes couvertures en laine -la grise et vert d’eau, bien entendu, ma préférée-, mon casque, une des tasses de transport que j’imagine pleine de thé brûlant. Pour rassurer le petit oiseau, j’imagine… Il s’avance vers moi, avec mes bras chargés, le visage à demi dissimulé derrière ma plante, et je le vois sourire. Il sait qu’il a gagné. Que je vais venir avec lui, ne pas m’excuser mais au moins faire acte de présence pendant qu’il réconfortera l’invité surprise.
La couverture est posée sur mes épaules, sa chaleur m’enveloppe, son odeur rassurante de fleurs de prunier également. Je l’entortille comme je peux autour de mes doigts sans lâcher le Canna pour mieux sentir sa texture, m’imprégner de son impression rassurante. Enfin, je peux lever les yeux.

- Le casque ?

Il le place également sur mes oreilles, chaque geste lent, délicat comme si j’étais une biche effrayée qu’il doit calmer. Il sourit lorsqu’il lance la musique, il sourit encore plus lorsqu’il parle et que je hausse subtilement les épaules pour lui dire que je ne l’entend pas. Je vois ses lèvres bouger, je comprends ce qu’il dit, mais je n'entend pas.
Inspiration.
Expiration.
Je peux y arriver.

Tu es hagard, petit oiseau, quand mes yeux te captent. Tu dois entendre nos pas parce que je te vois te recomposer, reposer un sourire sur tes lèvres. J'essaie de me dissimuler derrière les feuilles de la plante. J'essaie de me cacher un peu, pas assez, de ne regarder que mon assistant pour lire sur ses lèvres les excuses qu'il fait à ma place en te tendant la tasse. Widows and orphans aren't hard to find, fait ma chanson. They're home missing daddy who's saving the abandoned tonight.

- Amon ? J'ai vu ton nom sur la lettre. Je suis Kenneth.

Je le vois mettre la paume de sa main sur son torse pour se désigner, très simplement. Un sourire fleurit sur ses lèvres. That you are the patron saint of lost causes.

- Je suis l'aide de monsieur Rosenwald.

Il me désigne, je me recroqueville dans la couverture. All you are to them is now a lost cause.

- Je suis désolé pour l'accident…

All you are to them is now, causes. Je me sens honteux de le forcer à s'excuser pour moi, mais je ne sais pas faire autrement. Je sais juste me réfugier dans mon casque, ma couverture confortable, derrière une plante que je connais par coeur et trembler en attendant que se terminent des excuses qui devraient franchir mes lèvres mais qui ne peuvent. Si j'étais un commerçant correct, si j'étais courageux, j'aurais été capable de mettre de côté ma peur de toi, petit oiseau, et j'aurais dit les choses que dit mon aide.
Je ne suis pas courageux.

- … Monsieur Rosenwald n'a pas l'habitude des vivants. C'est pour ça que la boutique leur est interdite normalement, de même que la serre. Est ce que tu aura besoin de sang pour ta plaie ?

Je n'ai pas l'habitude ? Quel doux euphémisme pour définir ma condition. Je suis une cause perdue, voilà la vérité. Et la chanson dans mon casque, qui continue de laisser filtrer ses vérités, elle aussi… Aren't we all to you just lost causes ?

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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Dim 19 Fév 2017 - 19:16



Il s’était redressé rapidement, apercevant trop tard qu’on revenait vers lui. Le grand rouquin et… un enfant. Caché derrière la plante qu’il tenait, caché sous sa couverture, le regard obstinément ailleurs. Et Amon se sentait aussi comme un enfant, un qui viendrait de faire une bêtise et qui en avait fait les frais, pour sa plus grande honte. Il s’obligea à sourire rapidement, pour bien présenter et se rendre agréable. C’était un réflexe si profondément ancré en lui qu’il ne s’en rendait pas compte, il ne s’apercevait même pas qu’il faisait en sorte de se rendre aussi aimable et inoffensif que possible pour éviter de subir un nouvel assaut ou une réprimande.
Le plus grand des deux lui tendit la tasse qu’il tenait entre les mains en se présentant comme l’assistant du fleuriste. Il ne haussa pas la voix et expliqua en quelques mots ce qui venait de se passer, s’excusant pour les péripéties, bien qu’il n’y soit pour rien. Amon se contenta de hocher la tête, son faux sourire toujours accroché aux lèvres et il prit la tasse d’une main.

Pas habitué aux vivants.

Et plutôt que d’aller vivre en campagne ou dans un petit village peuplé de vampires, il avait choisi d’installer sa boutique en plein cœur d’une ville immense et à moitié peuplée par des humains et des hybrides se promenant librement dans la rue. Il devait sans doute y avoir une logique quelconque là-dessous, mais sur l’instant elle ne lui sauta pas aux yeux…

« Je l’ignorais. Je vous prie de m’excuser pour mon intrusion, ça ne se reproduira plus. »

Inoffensif et docile. Voilà. Faire profil bas, et tant pis pour l’orgueil.
Par réflexe, le regard de l’hybride tomba sur sa main blessée, qu’il ouvrit pour observer la plaie. Les bords étaient net, rouges et un peu gonflés, la chair le brûlait et il y avait des traces de sang séché partout autour ainsi qu’entre les doigts. De longues traces sombres descendaient dans sa manche.

« Non, je vais… La garder. Il faudrait simplement que je puisse me laver les mains, je ne veux pas alarmer les autres en rentrant. »

Jacob avait l’habitude de dire que certaines leçons cuisantes ne s’apprennent qu’en marquant le corps en même temps que l’esprit. Une cicatrice dans la paume était facile à cacher, cela n’entamerait pas le prix auquel était vendu Amon. Et pour une raison qui lui était propre, il préférait garder la blessure et laisser son corps faire le travail. Peut-être que l’idée de goûter au sang d’un vampire étranger n’était pas à innocente dans sa décision.
Le regard iridescent du brésilien fut attira comme un aimant vers ce qui se cachait derrière la plante. Un bout de visage, des cheveux rose en désordre, des iris pâles qui refusaient de croiser les siennes. Il avait l’air de vouloir disparaître dans les replis de sa couverture et on pouvait entendre la rumeur sourde d’une mélodie à travers son casque. La vision terrifiante du vampire qui l’avait agressé laissait place à celle d’un être timoré et mal à l’aise, qui se faisait visiblement violence pour approcher. Kenneth n’avait pas précisé ce qui dérangeait tant son patron chez les êtres vivants, mais Amon n’avait pas besoin de connaître le détail pour deviner que ça devait avoir un rapport avec le bruit qu’il faisait, sans le vouloir. Lorsqu’il était arrivé, Zakdiel portait des écouteurs et à présent il avait un casque sur les oreilles, sans doute pour qu’aucun bruit organique ne vienne le déranger.

Comme si c’était ma faute…

Le silence s’installa sans qu’il ne s’en rende compte. C’était étrange, cette atmosphère. Comme si l’oiseau attendait qu’on lui bondisse dessus ou qu’on se remettre à lui crier des ordres en allemand. Comme deux gosses qui viennent de se battre et qui, sous la surveillance d’un adulte responsable, doivent se dire pardon mutuellement. À la différence que cette fois, il aurait pu y avoir un mort et pas simplement un jouet volé ou une règle de cache-cache bafouée.
Pour une raison inconnue, Amon conçu beaucoup d’irritation à ce que son agresseur ne daigne pas le regarder dans les yeux et il sera un peu les dents en se détournant pour regarder Kenneth, celui qui l’avait sans doute sauvé et qui servait visiblement de béquille sociale au fleuriste.

« Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps. Sur la lettre, il y a le numéro de téléphone que vous pourrez appeler lorsque la commande sera prête. La boutique est à deux rues d’ici, il n’y a pas besoin de faire beaucoup de route. Il me faudrait une facture à présenter à la direction, s’il vous plaît. »

Un rapide coup d’œil en coin, pour revenir à la plante. Elle était superbe et plutôt massive… Est-ce que le vampire allait la lui donner en main propre ? Il avait un doute à ce sujet.

« Merci pour… Votre aide. Elle est très belle, je suis sûr qu’elle plaira. »

Il ne reconnaissait pas cette fleur, mais il ne décelait aucun dessèchement ni décoloration de feuille, les tiges étaient robustes et semblaient en pleine forme. S’il avait pu choisir de quoi décorer sa chambre, Amon se serait sans doute tourné vers le frangipanier aux fleurs délicates et parfumées, la passiflore aux formes extravagantes, peut-être l’hibiscus, dont il aimait beaucoup la variété aux teintes sanglantes, ou des lantaniers multicolores. Mais il n’avait pas le droit de personnaliser son dortoir, il devrait attendre d’avoir une chambre bien à lui.
Par politesse, l’oiseau prit une gorgée de thé. Un peu trop chaud, mais parfumé, il se surprit à bien l’aimer. Toutes ces mésaventures pour une simple commande de fleurs… Les lèvres bleues de l’hybrides, qui avaient perdu de leur couleur lorsque la peur avait fait affluer le sang dans son cœur et ses jambes plutôt qu’ailleurs, retrouvèrent une teinte plus soutenue. Le liquide chaud était plus efficace que ce qu’il aurait pu imaginer : il le sentait descendre le long de sa gorge et drainer la tension qui l’habitait encore, se nicher dans le creux de son ventre et répandre sa tiédeur doucement dans tout son corps.
Il entendait toujours la musique filtrer de derrière la plante. Qu’est-ce qu’elle pouvait bien raconter ? La prochaine fois il prendrait la sienne aussi. Bizarrement, il pouvait parfaitement comprendre que ce soit un refuge, lui aussi s'enfermait parfois dans sa bulle, se laissant bercer par les impulsions d'une mélodie pour ne surtout pas penser à ce qu'il y avait autour de lui, ne rien entendre et ne rien voir, juste noyer son cerveau sous la musique. C'était une façon comme une autre de se sentir moins seul tout en s'isolant des autres.


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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Lun 6 Mar 2017 - 22:28





Chaque fleur attire sa mouche

Amon - Zadkiel



Je vois mes oiseaux autour de toi. Je vois une volée de petits rouge-gorge se percher non loin de ta tête pour te chanter leurs malheurs, leurs préoccupations, leurs vies et tout ce que tu voudras bien entendre. Je saisis le passage de mon Gris du Gabon là haut, sous les carreaux de verre de ma serre, puis l'observe se poser près de toi pour tenter d'attirer ton attention. Je vois tout cela mais je ne te vois pas, toi. Je m’acharne à ne pas te voir, à saisir mille et un détails autour de toi tant qu'il ne s'agit pas de ton visage, de ta présence.
Tout m'aide. La familiarité m’ancre dans un monde connu, maîtrisé, qui ne me fait pas peur. J’ai besoin de ça. J’ai besoin de mes repères, depuis toujours, depuis bien des centaines d'années. Lorsque mon univers est sans dessus dessous, lorsque tout bascule et que je ne sais plus où est le ciel et où se trouve la terre, j'ai besoin de savoir qu'une chose au moins demeure stable. C'est mon prunier, ma serre, la couverture sur mes épaules et la pression du casque sur mes oreilles. Ca a été un terrain vague, un coin sur le plancher entre un lit et une table de chevet, une autre maison de verre et d'acier, ou encore les bras d'un homme. J'ai toujours réussi à trouver mon point stable.
J'en ai besoin pour survivre.
Je ne suis toujours pas très courageux.
Mais je n’ai pas à penser à ça maintenant, puisque je n’ai pas besoin de penser, tout simplement. Je porte la plante, là est ma seule tâche. Mon assistant se charge du reste. Je me concentre de nouveau sur Kenneth, dans une vaine tentative de faire cesser  papillonnement de mon esprit. Je n'ai pas besoin de songer à mes refuges dans l'immédiat, vraiment. Je peux me concentrer sur son roux-brun flamboyant, sur ses lèvres qui s'agitent en réponse à des mots que je n'ai ni entendus, ni vus.

- Je vais te chercher ça.

Quoi ? Non ! Tu ne peux pas me faire ça ! Tu ne peux pas partir chercher -chercher peu importe quoi en vérité ! Tu ne vas pas me laisser seul avec l'oiseau, avec cette chose fragile qui m'effraie, pas alors que j'ai admis qu'il me fait peur, que je ne veux pas l'affronter… Mais si. Tu le fais. Tu me jettes un regard ferme qui me fait me dérober derrière ma plante et je comprends parfaitement le message.
Tu veux me punir. Me punir, moi, alors que je t'ai sauvé des griffes de la soif et de la bestialité, que je t'ai offert un toit et une main pour t'aider. Oh, je sais bien que de nous deux tu es l'adulte lorsqu'il s'agit de voir le monde en face. Je sais que tu es terre à terre alors que je suis l'éther. Mais je ne peux pas m'empêcher de t'en vouloir pour cette trahison. Je vois ton dos s'éloigner -pas loin, jusqu'au robinet le plus proche- et je serre les lèvres. Je ne veux pas, je ne veux pas, je refuse d'être seul avec cette chose qui bouge, qui vit, qui me regarde.
Je me réfugie derrière la plante avec encore plus de détermination. Je ferme mon visage autant que mes sens, je me dissimule comme je peux derrière les feuilles tout en sachant parfaitement que je suis visible. La pâleur de ma chevelure doit bien trop trancher avec les ombres et lumières franches du Canna… Je n'en ai que faire. Je m’acharne à me cacher là, je cherche de l'esprit une mélodie plus prenante pour mon système audio et je finis par la trouver, la lancer dans mes oreilles, me fondre dans les sons pour qu'ils me portent, m’engloutissent avec bienveillance.

Stardust | In you and in me | Fuse us | Into unity.
Je ne parle pas et je ne pense pas que tu le fasse non plus. Tu es stupide, petit oiseau, mais je ne te pense pas aveugle. Tu as vu le casque, tu dois bien te douter que je n'entend rien du monde extérieur. Je perçois certaines choses mais je rejette en bloc les sensations en me laissant noyer par la mélodie dans mes oreilles.
Parfois, je regrette mon âge. Plus un vampire vieillit, plus il se fait dangereux. Nous sommes des prédateurs après tout, nous aurions besoin de notre ouïe, de notre vue si nous n'étions pas des créatures civilisées. Les pierres brutes que nous sommes à notre mort ne font que s'affiner, polis par les années. Et je suis âgé… Agé et sensible. Comme si l'univers avait voulu me punir -lui aussi, Kenneth tu n'es pas seul- en se concentrant sur mon ouïe plutôt que sur ma vision, ou mon toucher.
Alors je perçois des sons même quand je ne veux pas.
Et j'ai appris à les rejeter, lorsque j'en ai conscience.
Farewell | The void is calling | Don't fear | For futures and dreams.
Je sens la présence de mon assistant non loin qui revient, je sors de ma bulle pour relever les yeux, chercher les siens. Il a un tissu propre dans la main ainsi qu'une bouteille d'eau. Du verre teint de violet, décoré, presque ancien. J'aime mes objets du quotidien avec une âme, même les bouteilles.

- J’appellerai alors. La commande sera prête dans…

Pourquoi me regardes-tu ? Veux-tu réellement que je participe à votre conversation ? Il en est hors de question. Tu n'aura pour toute réponse que mes lèvres qui bougent en silence pour indiquer une semaine. J'ai bien lu la lettre et je sais qu'il y a des plantes que je dois faire venir de plus loin. Une semaine, c'est mon avis de professionnel et ça, tu le respectes, je le sais. Suffisamment pour ne pas me forcer à parler à haute voix.

- Dans une semaine. Tiens, pour ta plaie.

Il tend l'eau et le linge, touche les doigts de l'oiseau comme si de rien n'était.
Puis il me regarde. Ils me regardent, tous les deux, je le sens et je sais, merci bien, ce que je dois faire.
Je dois donner mon Canna. Je dois m'avancer -quatre pas exactement, j'ai de longues jambes-, tendre les bras, m'assurer que l'invité a une bonne prise, et je dois m'éloigner.
Je n'y arrive pas.
Quatre pas c'en est quatre de trop. Je sais que je vais avoir mal, j'en ai peur, ça me paralyse. Je me terrifie moi-même. Je vais avoir mal et après ? Après quoi, je vais sortir les crocs ? Hurler, gronder, attaquer ? Je vais tuer le petit oiseau. J'ai peur -PEUR vous comprenez ?- de moi, de ça, du monde entier dès lors que son coeur bat. Mais vous ne voulez pas l'entendre. Vous m’observez comme une bête curieuse, avec votre bleu, avec votre brun d'automne.
Je vous hais, vous savez ? En cet instant je vous hais viscéralement de me pousser dans une telle situation. Je suis une biche effrayée que vous acculez contre un mur.
Vous êtes des monstres.

- Ne bouge pas.

Cette fois, je te vois. Je saisis le bleu de tes lèvres, des plumes dans tes cheveux. Je vois tes traits fins de jeune homme, presque androgynes, presque féminins. Le brun de ta peau pour contraster avec tes yeux clairs. Tu es comme mon frère, petit oiseau : tu as eu le droit au haut du panier de la génétique. J'imagine que les scientifiques qui ont présidé à ta création s'en sont frotté les mains, qu'ils étaient ravis de te voir ainsi devenir un bel animal d’ornement. Tu es comme ces pendules de cristal, tu le sais ? Tu es joli, tu fais du bruit, mais il suffit d'un rien pour qu'une main trop brutale puisse te marquer.
Tu es éphémère. Et si tu bouges, tu comprendras le sens de ce mot.

Un pas. Deux. Mes ongles crissent sur le pot, je le sens, mes muscles se contractent sans que je le commande. Trois pas. Tu es chaud, je le sens, dans ta respiration et exsudant de ta peau. J'ai envie de m'enfuir. Je me sens nauséeux. Quatre pas. La musique. Il n'y a que ça qui compte. La mélodie dans mon casque, là, là elle me berce, elle me réconforte, elle m’enveloppe. Don't leave me lost here forever. J’ai vraiment peur, je me mord la lèvre pour ne pas hurler mais j’ai peur. I need your starlight and pull me through. Je tend les bras pour mettre le Canna entre tes mains. J’évite de te toucher, de t’effleurer mais je n’ai pas besoin de ça pour te sentir bien trop proche. Il y a du sang dans ma bouche. J’ai percé ma lèvre ? Bring me back to you. Tes doigts sous le pot. Ton contact qui tient, maintenant.

Je m’éloigne en un éclair. Pour l’oeil vivant, je suis là, puis je ne suis simplement plus à portée : je me retrouve à six pas de toi, la couverture tout autour de moi pour cacher les tremblements de mes mains, les griffures que je fais sur mes poignets. J’ai réussi, pourtant, j’ai fait l’effort de te donner le pot en main propre, j’imagine que je peux en être fier ? Je cherche le regard de mon assistant pour me rassurer, je le vois tranquille. Un demi-sourire au bord des lèvres. Toi, tu ne sera satisfait que lorsque je cesserais d’avoir peur, c’est ça ? Tu m’agaces prodigieusement lorsque tu fais ça. Je dessine des lèvres une phrase, “n’oublie pas qui est l’aîné”, tu souris plus encore puis tu te détournes vers le vivant.

- Suis-moi à la boutique, je vais te faire la facture et te donner les instructions pour t’occuper du Canna. Laissons monsieur Rosenwald tranquille.

Monsieur Rosenwald
. Kenneth, dès que tu es libéré de ce client, je m’assure que tu regrettes à jamais cette formulation. Là, maintenant, elle me hérisse. Tu ne me donnes pas du monsieur Rosenwald après m’avoir forcé à m’approcher autant d’un vivant, tu ne me fais pas ce sourire entendu alors que tu le guides vers la boutique, et tu ne tires surtout pas le bout de ta langue entre tes crocs.
Faux adulte.

Une semaine, alors ? J’ai une semaine de répit avant de devoir affronter de nouveau le monde. Une semaine pour me préparer, me réfugier dans ma serre lorsque l’on viendra chercher les autres plantes, pour ne surtout pas être à proximité. C’est facile.
En théorie, c’est facile.

CSS par Gaelle
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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Jeu 9 Mar 2017 - 17:04



En silence il avait laissé Kenneth retirer le sang de sa main, se mordillant l'intérieur de la joue pour ne pas faire de grimace lorsqu'il sentait que ça piquait un peu trop fort. Au moins ça ne semblait pas aussi profond que ça en avait l'air, il pourrait cicatriser rapidement. Sans doute qu'on ne verrait même pas la trace, une fois guéri, elle se confondrait avec les plis de la paume. À présent venait le moment où la plante devait passer des mains du vampire rose à l'oiseau bleu. Toute une épreuve, à en juger par la réticence avec laquelle le fleuriste avançait. Amon ne se sentait pas la force d'essayer de comprendre ce qui clochait avec celui-là, il se contenterait de réceptionner ce qu'il était venu chercher en évitant d’encaisser d’autres dégâts sur sa personne. Et si pour ça il suffisait de ne pas bouger, alors soit.
Sa main intacte passa sous le pot tandis que l'autre venait accrocher le rebord, pour être sûr de pas tout faire tomber. Le nez dans les feuilles, il positionna correctement la plante entre ses bras et lorsqu'il chercha instinctivement le regard du vampire, qui aurait dut se trouver quelque part en face de lui, il ne rencontra que du vide. L'immortel était reparti aussi loin que ce que la décence et une certaine politesse lui permettait. Sans doute serait-il allé se cacher dans un trou s'il en avait eu l'occasion... L'hybride se retenait très fort de lui faire remarquer que ce n'était pas la peine d'avoir l'air aussi inoffensif et malheureux alors que c'était lui qui avait été agressé en premier lieu. Et il pensait là à une réelle agression, du genre avec une lame tranchante, pas une petite frayeur causée par un manque d'attention. "Pas l'habitude des vivants". C'est vrai que lui, il avait l'air très menaçant comme vivant.

Refourguant ses piques et son insolence dans un coin très reculé de son esprit, il se contenta d'un hochement de tête et d'un "au revoir" à peine audible avant d’emboîter le pas au rouquin. L'échange silencieux entre les deux vampires lui passa complètement au-dessus de la tête, concentré qu'il était à mettre un pied devant l'autre sur le gravier sans que sa fleur ne vienne lui cacher la vue. Il se sentait également un peu tendu à l’idée de tourner le dos à la menace que représentait le fleuriste et devait discipliner son esprit pour paraître le plus calme et serein possible.
Au fond de la serre, une porte donnait sur la vraie boutique, celle toute carrelée et pleine de fleurs colorées, regroupées en bouquet ou rassemblées par espèces. Il y avait également du matériel de jardinage, des pots vides et du terreau à la vente, ainsi que de nombreux écrans diffusant chacun un paysage différent. Le nez en l'air, Amon s'avança jusqu'au comptoir où il posa son Canna pour s'épargner ce poids autant que possible, absorbé par la contemplation des écrans sur les murs. C'était une idée plutôt originale pour décorer une boutique, il aimait bien. D’autant plus que la majorité des télés diffusaient des levers ou des couchers de soleil, autrement dit les moments qu'il préférait dans une journée. Kenneth le ramena à la réalité en lui tendant la facture, expliquant précisément le coût de la commande puis s'attachant à détailler comment prendre soin de la plante en pot. L'hybride nota scrupuleusement dans sa mémoire toutes les informations et remercia en souriant poliment. La facture dans sa poche et le pot dans les bras, il quitta enfin les lieux, non sans un profond sentiment de soulagement et en ayant renouvelé ses excuses auprès du vampire.

À la Cage dorée, on l'accueilli avec une certaine impatience car il s'était absenté plus longtemps que prévu, ce qui provoqua une nouvelle flopée de "pardon, c'est ma faute" plus ou moins sincères, suivit d'un rapport détaillé de la commande, de la facture et de l'entretien du butin avec lequel il était revenu. Évidemment, il passa sous silence l'affaire avec le fleuriste et Mr Harnolds ne remarqua même pas sa coupure. La journée pu reprendre son cours habituel.
Se plonger dans un livre ou faire la conversation aux clients permit au jeune homme de tenir à distance tous les souvenirs de sa matinée plutôt désastreuse et il eut la naïveté de penser que la page était tournée. Mais une fois au calme dans son dortoir, prêt à trouver le sommeil, une flopée d’images et de pensées vint le ravir aux bras de Morphée pour le tourmenter pendant plusieurs heures.

Il avait eu peur. Vraiment très peur. C’était une décision stupide de s’être obstiné, avec le recul il se demandait ce qui lui était passé par la tête à cet instant, alors qu’il aurait pu se faire tuer d’un battement de cil et tout ça pour une stupide plante ! À ce moment-là, il avait mal calculé, ne s’était pas rendu compte de la gravité de sa situation, mais à présent qu’il l’observait avec de la distance, il lui semblait évident qu’il avait inutilement joué avec le feu. Jamais aucun vampire ne l’avait agressé de la sorte. On lui avait pourtant bien dit qu’il y avait des gens dangereux, des vampires avec de mauvaises intentions et d’autres qui se fichaient bien de la vie des humains et des hybrides, mais jamais il n’avait expérimenté ça. Pour lui, un mauvais vampire avait la même expression malsaine et agressive que les deux types qui lui étaient tombé sur le râble dans le parc. Ça ne pouvait pas être un fleuriste délicat aux longs cheveux rose et avec une mine effrayée. Pourtant, c’était à ce type là qu’il devait d’être si chamboulé.

Recroquevillé dans sa couverture, il finit par attraper son casque et se laisser bercer par sa musique, sans se rendre compte qu’il n’était pas loin de l’image que lui avait renvoyé Zadkiel un peu plus tôt. Le souvenir inquiétant de sa visite dans la serre le hanta toute la semaine, souvent en tâche de fond sans qu’il n’en soit vraiment conscient. Pour la première fois, il envisageait que les vampires puissent être ses bourreaux et non ses protecteurs. Le spectre de la solitude, qu’il avait tenu éloigné depuis son arrivée à Dornia, vint planer jour, alimenté par l’idée que malgré les apparences et les discours rassurants qu’il se faisait à lui-même, Amon était seul et démunie. Une proie facile et isolée au milieu d’une ville immense, remplie de vampires qui, sous des airs fragiles ou aimables, pouvaient lui tordre le cou juste pour le plaisir ou parce que sa simple existence les dérangeait.

Le samedi de la semaine suivante, le réveil sonna très tôt pour tous les esclaves de la boutique. La Cage dorée ouvrait ses portes aux premières heures du soir afin que les clients qui ne travaillaient pas le week-end puissent profiter autant que possible de la sélection exotique de l’enseigne et se laissent tenter par un des jolis petits esclaves proposés. Levés dès cinq heures de l’après-midi, chacun était tenu de se préparer correctement afin de présenter au mieux à sept heure, quand le petit carton « ouvert » serait retourné sur la porte. Pour l’ara bleu, ce réveil très matinal signifiait qu’il devrait sans doute faire le pied de grue devant le fleuriste car Harnolds voulait sa commande le plus vite possible.

« Tu n’auras qu’à demander un chariot pour tout transporter. » avait-il simplement lancé la veille.

La parole du patron était loi entre ses murs et le brésilien n’avait émis aucune objection. Il avait passé son vendredi à se faire une raison : il n’avait pas le choix, il devait retourner faire face à Monsieur Rosenwald, alors plutôt que de trembler comme une feuille il avait tout intérêt à se préparer mentalement pour rester droit dans ses bottes. À défaut d’être vraiment courageux, il pouvait au moins préserver sa dignité.
Le casque vissé sur les oreilles, les cheveux nattés dans son dos, il enfonça ses mains – dont une en cours de guérison – dans ses poches et franchit le seuil de la boutique pour se rendre à la serre. La fin de journée était froide, mais ensoleillée, ce qui lui mit du baume au cœur. La lumière du jour déclinait, mais elle était encore trop forte pour que les non-mort se risquent dehors, aussi les rues étaient-elles exceptionnellement calmes et vides. Seuls les humains et les hybrides déjà levés s’y promenaient, vaquant à leurs occupations quotidiennes.



La musique switcha au morceau suivant alors qu’Amon arrivait dans la rue de la boutique de fleurs. Une version douce d’une musique qu’il aimait particulièrement. Quelques notes de piano un peu triste. Il inspira et redressa la tête, comme s’il s’apprêtait à entrer dans l’arène.
♪ If this night is not forever / At least we are together / I know I’m not alone. ♪
Ses pas ne faiblirent pas, mais il enfonça doucement ses ongles dans la paume de sa main droite, juste sous la blessure. Le picotement était désagréable, mais cette douleur-là il la contrôlait parfaitement, il l’avait faite sienne et choisissait de se l’infliger ou de se l’épargner. Au moins quelque chose sur lequel il avait de l’emprise.
♪ I know I'm not alone. ♪
Les derniers rayons dorés venaient mourir sur le verre de la serre, il pouvait voir les reflets même de loin. La boutique se trouvait juste à côté et pourtant il n’avait d’yeux que pour cette oasis artificielle, cette petite jungle domestiquée qui semblait si paisible sous sa cloche de verre.
♪ Apart, but still together. ♪
Ses enjambées se réduisirent alors qu’il arrivait devant la porte en verre derrière laquelle il distinguait les fleurs coupées et les écrans sur les murs. Aujourd’hui il devait essayer de faire les choses bien. Passer par la porte principale plutôt que d’entrer sans permission dans la serre.
♪ Unconscious mind / I'm wide awake ♪
Non, il ne devait même pas essayer de pousser ce battant, il n’avait pas le droit d’entrer. Les vivants n’étaient pas les bienvenus. Cette jolie cage de verre était faite pour qu’aucun battement de cœur ne vienne en troubler la tranquillité, au risque de réveiller le fauve qui y vivait. S’il voulait bien faire, il devait rester dehors et attendre. On devait s’attendre à sa visite après tout… Il était très tôt, s’il attendait sur le pas de la porte, il finirait sans doute par voir quelqu’un et lui ferait alors signe.
♪ Anywhere, whenever / Apart, but still together / I know I'm not alone. ♪
La litanie bienfaitrice dans ses oreilles apaisa les battements de son cœur et ses inquiétudes. Inconsciemment, ses lèvres se mirent à former les mots de la chanson alors qu’il s’approchait pour regarder de plus près à l’intérieur. Personne. C’était étrange comme sensation, d’habitude c’était lui qui se trouvait dans une cage et qui regardait les gens passer dehors, mais cette fois il avait l’impression d’être le passant qui jette un œil dans la cage pour voir ce qui s’y trouve. L’image lui arracha un sourire malgré lui et il décida de s’adosser à la vitrine. Les dernières notes de piano moururent dans ses oreilles et après un silence, le morceau suivant se lança.



♪ You were the shadow to my light, Did you feel us ? ♪

Son ipod avait-il décidé de lui faire une blague ? Il fredonna malgré tout la mélodie et les paroles, le cerveau saturé par les basses de la musique techno qui faisaient pulser tout son corps au même rythme. Tout irait bien cette fois.

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Vampire odieux

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Vampire odieux

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MessageSujet: Re: Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ   Dim 7 Mai 2017 - 14:22





Chaque fleur attire sa mouche

Amon - Zadkiel



Une semaine.
Des jours tellement faciles, tellement communs, qu’ils finissent par se confondre dans mon esprit. Lorsqu’on vit depuis longtemps et lorsqu’on va vivre à jamais, on oublie rapidement ce qui ne vaut pas la peine d’être retenu. Je ne sais plus combien de clients j’ai vu à la fin de la journée. Je ne connais pas la date, pas l’année, et je n’y ferais pas attention si je ne faisais pas de factures. Je ne me souviens que de ce qui importe ou de ce qui marque car la mémoire ne s’étend pas. Il y a un moment où trop d’informations conduisent à la folie, je tiens encore au peu de santé mentale que j’ai su préserver.
Je ne veux pas devenir un de ces monstres sans humanité, ceux qui ont vu passer trop d’hivers pour être encore vivants.
Je ne veux pas devenir esclave de souvenirs d’autres temps, d’autres personnes.
Alors je ne garde dans mon esprit ce que je juge être important, le reste devient un tourbillon de couleurs, de mots confus, de sensations abstraites dont je ne me préoccupe pas. J’ai de bons mécanismes de gestion, lorsqu’il ne s’agit pas d’affronter mes peurs. Et oui, je suis parfaitement conscient de ne pas être capable de grand-chose lorsqu'il s'agit de faire face à mes propres démons, ça ne rend la chose que plus atroce.
Je sais que je blesse. Que je fais peur. Que je suis un danger. Et tout ça parce que je ne suis pas capable de maîtriser la douleur.

Je sais exactement ce qui me tue.
Mais je ne laisserais personne tenter de m'en sauver. Jamais. Je ne suis pas un cas perdu, je ne suis pas un défi ou une sculpture cassée que l'on réparé pour faire joli dans un salon. Je suis moi, rien de moins, et je suis capable de faire avec mes défauts. Je suis capable de mettre en place des sécurités pour me protéger de ce qui m'effraie : j'ai ma serre, mon arbre, mes casques et mes assistants. Il n'y a que lorsque des incidents arrivent que plus rien ne va.
Des incidents comme le petit oiseau.
Tu le sais, petite chose fragile, que j'ai passé des heures dans mon prunier après ta visite ? Non, tu ne sais pas. Tu n'as pas la moindre idée du séisme que tu as provoqué, de la réponse que j'y ai opposé. Toi tu dois voir ta main, la cicatrice qui se forme sous le sang séché, la douleur certainement. Quelque chose de sourd, lancinant, qui erre aux confins de l'esprit quoi que tu fasses. Et des fois, tu oublies qu'elle est là et tu tentes quelque chose que tu ne devrais pas -saisir un objet, tresser des cheveux, peu importe mais c'est toujours quelque chose d’insignifiant, toujours- et la douleur revient. Comme une brûlure, profonde, à travers les muscles, presque jusqu'aux os. Crois moi, bel oiseau bleu, je sais très exactement ce que je t'ai fait.
C'est pour ça qu’après ta visite, je n'ai quitté l'arbre que lorsqu'on est venu me chercher en insistant vraiment. J'ai eu le temps de m’enfoncer les ongles tellement profondément dans la peau que ma nature de vampire n'a reformé l’épiderme que plusieurs minutes après que j'aie arrêté de me faire du mal. Ça faisait longtemps que ça n'avait plus été le cas.
Félicitations, j'imagine ? Tu as éprouvé les limites de mon immortalité sans même faire attention. Tu m’as fait retourner à peu près quatre-vingt ans en arrière, lorsque j’ai tordu le cou à quelqu’un pour la dernière fois.

Heureusement, le reste de la semaine a été notablement inintéressant. Des levers de lune qui se ressemblent tous, des clients aussi ineptes les uns que les autres, une routine monotone qui bruisse autour de moi sans me toucher. Se lever, manger, repousser les avances du troisième homme de la journée, sourire comme un bel animal tendre lorsqu’on complimente mes yeux, mes cheveux, ma serre ou mes poignets ou que sais-je encore. Non, je me fiche de savoir que vous trouvez mes tatouages jolis mais oui, je veux votre carte bleue. Non, je ne veux pas vous accompagner boire un café à la fin de ma nuit de travail, mais je veux que vous écoutiez les instructions. Non, mon patron n’aura pas grand-chose à faire de mon éventuelle disparition le temps de vous accompagner dans un coin tranquille, puisque je suis le patron. Et non, non, trois fois non, je ne veux pas de vous ! Vous êtes des buffles, des mufles, des crétins incapables de comprendre qu’au travail, je ne suis pas là pour être distrait. Que je ne souris que parce que je suis poli et que, bien souvent, je suis bien plus âgé que vous.
Mais vous n’êtes pas seul à m’agacer. Sachez-le, vous n’êtes jamais l’exception. Vous pouvez vous pavaner autant que vous le voulez, vous pouvez faire le paon imbécile, vous assurer d’être unique… Vous ne l’êtes pas. Vous ne le serez jamais.
Oh, je vous vexe ?
Je m’en fiche. Je vaux mieux que les phrases prémachées, que les regards en coin, que les techniques de drague adolescentes. Je vaux mieux que ce que vous pensez pouvoir faire de moi -et je sais parfaitement ce que vous voyez en moi, ce n’est pas un hasard si vous êtes souvent plus grands, bien plus larges que moi. Je suis une jolie poupée que l’on manipule, vous dites-vous ?
Ha ! Faux. Vous avez tout faux. Et vous n’aurez jamais le bas de mon dos.

Ce qui ne veut pas dire que personne ne l’a.
Regardez, je me réveille en cette fin de journée et on bouge dans mon lit. On s’agite mollement, en grommelant des choses incohérentes, on se retourne pour me présenter un dos, une touffe de cheveux blonds, une odeur d’été un peu chaude, un peu fruitée. Et je ris de le voir comme ça. Je ris sincèrement, du fond de la gorge, je me rapproche pour me blottir contre lui. Pointe du nez contre sa nuque, mains sur sa peau pour le faire grogner encore. Je peux griffer gentiment ses côtes, même, et il grogne encore sur un autre ton. Il est amusant. Et il a les épaules pleines de tâches de son, on dirait des gouttes de soleil marquées sur lui à jamais.
J’aime bien ses épaules. Je l’aime bien tout court, c’est pour ça qu’il a le droit de dormir ici.

- Rafael, je me lève.

Ha, tu réponds ? Mais je ne te comprends pas, mon cher, si tu n’articules pas.

- Tu peux trainer. Je vais faire du café et ouvrir la boutique. Je remonte après.

Il va vraiment falloir que tu apprennes à parler, tu le sais ? Je ne sais pas déchiffrer le grand chat endormi. Je crois que je saisis l’idée générale, toutefois : tu restes là, tu veux bien du café, et tu m’attendras. Et vu que tu passes ta main sur mes fesses pour m’attirer contre toi, j’en déduis que tu as déjà un vague plan. Je m’en voudrais de t’empêcher de le mettre à exécution, vraiment…
Alors je me lève pour de bon. J’enfile un pull bien trop grand, un short, rien de plus. Je lance la cafetière d’une pression de l’esprit en traversant ma demeure, puis je descend les marches menant à la boutique. Je dois avoir l’air absolument échevelé, avec ma tresse défaite par la nuit, avec mes vêtements manifestement prévus pour être enlevés rapidement dès que j’en aurais l’occasion, les marques sur mes jambes, mes pieds nus. Et je m’en fiche. A cette heure, personne n’attend l’ouverture de mes portes. A cette heure, je ne le fais que pour permettre à mon personnel d’entrer pour commencer leur journée, pas pour…
Les clients ?
Le client. C’est du bleu que je vois derrière les vitres ? C’est bien du bleu. Mêlé de plumes, bien entendu, parce que je n’ai pas le droit à un matin tranquille. Je sens le soupir m’échapper, mes muscles se tendre. Moi, je ne voulais que retourner à ma mezzanine après avoir tourné les clés dans la serrure. Pas affronter du bruit et de la chaleur. Ais-je le choix ? Je ne vois pas d’autre option, peu importe la manière que j’ai d’y réfléchir.
Mais je vais rester loin, petit oiseau. Cette fois je vais me protéger avant même d’avoir à t’affronter, cette fois tu ne t’approches pas de moi. Je resterais dans ma bulle.

Un : ouvrir la porte. La clé est déjà dans la serrure. J’aime la tourner à la main, sentir le métal froid contre mes doigts, les aspérités et les usures tellement lisses qu’elles en deviennent soie sur ma peau. Là, je le fais pas la pensée. J’entends distinctement le mécanisme, même si je ne le sens pas. J’entends le léger grincement des gonds, la musique faible dans ton casque, ton souffle, le bruit de ton coeur.
Deux : m’éloigner. Je sens une montée de nausée, déjà, ma peau qui gratte aussi. Non, cette fois tout se passera bien. Cette fois je suis en sécurité. Cette fois, je donne mes ordres et tu ne t'approches pas de moi. Tout ira. Je suis en sécurité, je suis dans mon domaine, je suis plus fort et plus rapide. Tu ne me feras pas mal, et je ne t’en ferais pas non plus et nous serons tous les deux satisfaits de l’issue de cette rencontre.

- Je t’apporte les plantes. Si tu entres, tu meurs.

C’est facile, même pour toi. Je formule de manière simple pour que tu puisses comprendre plus facilement, avec tes capacités limités de vivant. Tu vois ? Je suis prévoyant.
Tellement que j’ai déjà mis les plantes dont tu as besoin sur un chariot dans la serre, que je vais chercher. Elle sont toutes étiquetées, les instructions sont notées dessus, la fréquence d’arrosage, d’apport d’engrais également. Si ton propriétaire n’est pas stupide, elles devraient vivre bien. S’il l’est… Alors ce seront de nouvelles plantes innocentes tuées pour faire joli et je ne serais même pas surpris. Je ne le suis plus très souvent. Rares sont ceux qui ont autant de respect que moi pour le végétal.
J’ai une hésitation au moment de pousser mon chargement. Je dois te l’apporter. Je n’ai pas d’autre choix que de m’approcher de toi, maintenant… Je suis terrifié. Et je suis seul. Si l’oiseau bouge, s’il me touche et que je prends peur, qui m’arrêtera ? Personne.
Mais je n’ai pas le choix. Je peux le faire, vraiment, je peux y arriver. J’inspire volontairement, j’expire. Une épreuve, une seule, et je pourrais retourner chez moi, dans mon lit, et paresser toute la journée si je le veux. Une épreuve et je suis enfin tranquille.

Un courant d’air. Tu ne dois sentir rien d’autre, petit oiseau. Un courant d’air pour te frôler, le temps de quelques battements de coeur, et je ne suis plus là. Le chariot est près de toi et moi, je suis de nouveau à l’intérieur. Je te fixe, non je te toise avec tout ce que j’ai de haine glacée, et je laisse filtrer un sifflement douloureux comme seule salutation.

- Passe une bonne nuit.

Phrase machinale, je n’ai pas le sourire poli qui va avec. Ca, je n’y arrive pas. Mais je peux me détourner, t’ignorer, retourner dans mon monde de silence feutré. Remonter les escaliers, boire un café, un thé, peu importe, me glisser sous ma couverture et me rendormir. Parce que ça n’était qu’un cauchemar. C’est obligé. Ce n’était qu’un mauvais rêve et je vais vite l’oublier, comme beaucoup d’autres choses. Si je ne m’en souviens pas, ça n’a jamais existé.
Passe une bonne nuit, et ne reviens plus jamais. Laisse-moi mon univers sans sons, sans douleur, et retourne au tien. Si je t’oublie et que tu fais pareil, nous serons tous les deux bien plus tranquilles.

CSS par Gaelle
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Chaque fleur attire sa mouche. [Zadkiel F. Rosenwald] - TERMINÉ
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