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/!\ FORUM RP 18+ Yaoi au contexte contemporain fantastique. Monde dominé par les vampires. Maîtres/Esclaves - Politique - Action seront au rendez-vous /!\
 

Un recensement de septembre est ouvert! C'est par ici!

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Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Lun 20 Fév 2017 - 20:37

Je ne joue pas, moi, dit le baiser de Sokar. Il ne joue pas, il veut plus, pas de la lenteur que l'oiseau lui a offert et qui l'amuse, lui. Qu'il use, dont il abuse en souriant du coin des lèvres sous le poil rêche de sa barbe. Le grand oiseau sait toutefois quand il peut se permettre de faire ce qui lui chante, et quand il est temps de cesser. Il s'est fait aux expressions, aux demandes silencieuses de l'égyptien qu'il lit bien plus facilement.
Alors il ne joue plus. Il l'accueille sur lui, se dégage une prise ferme sous ses genoux qu'il tient sans difficulté pour l'instant. L’adrénaline supplante efficacement la nourriture et le repos, bien qu'il soit très conscient qu'il ne tiendra pas des heures. Il n'en a pas tellement besoin : son métis chante la plus belle des mélodies dans ce que Baas a appris à reconnaître comme étant la langue de l'est qu'il manie. Celle qui glisse comme l'eau, moins mystérieuse que l'arabe qu'il commence à apprendre sans en avoir l'air. La langue de la perte de contrôle. C’est pour ça qu’il l’aime.
Il ne le quitte pas des yeux. Il accroche son vert de prairie dans le noir, refuse de baisser les paupières alors même que ses grondements se font plus erratiques. La dominance est douce mais sentir son amant prendre son plaisir comme lui le souhaite est bien plus excitant.

“ ‘ccroche !”

Pour le prévenir avant de se retourner et de se laisser descendre, précautionneusement, contre la stèle de pierre. Ses ailes totalement déployées pour lui permettre d'appuyer vraiment son dos contre la surface, il s'assoit sur le sol, son cavalier toujours dans son giron. Il vient chercher ses lèvres, fiévreux, passionné, et ses mains qui n'ont plus de raison de maintenir quoi que ce soit partent à l'aventure. Droite remonte fourrager dans les cheveux, gauche appuie fermement là, sur le pli de la cambrure de Sokar pour la creuser à sa convenance. Il sourit sur les lèvres de son compagnon. Mord l’inférieure lorsqu'il s'éloigne pour respirer, affermir sa main perdue dans les cheveux noirs.
De nouveau, il tire. Il force l'autre à cambrer plus encore, tout en lui laissant la maîtrise du rythme. Il lâche les rênes sur un plan pour les reprendre ailleurs, dégager de nouveau son cou en le forçant à lever le menton pour le couvrir de baisers, passer ses dents sur une clavicule. Se courber en avant. Mordiller un mamelon si obligement dressé par l'immortel.
Il le sent, plus qu'il le voit, mais le Gypaète a une imagination fertile lorsqu'il s'agit de Sokar. Il le sait magnifique, là sur lui, à s’empaler sur son membre. Il sait la courbure indécente de son dos, son visage aux traits détendus par le plaisir, les contractions de ses muscles et il se gorge de fierté de savoir qu'il est sien. Qu'ils s’appartiennent mutuellement. Alors il se réchauffe et il perd son souffle, ses pensées, tout et ça ne l’ennuie pas.
Lui, il ne craint pas les notions d'homme civilisé. Il a fait la paix avec lui-même, avec ses démons aussi, et il est parfaitement capable de prononcer trois petits mots en les pensant. Enfin… Lorsqu'il aura cessé de perdre tout semblant de sang-froid sur le torse de son compagnon.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Mar 21 Fév 2017 - 19:00

Sokar. Sokar. Sokar. As-tu bu à la source ? Mon enfant, mon enfant chéri, je ne t’ai pas oublié. Moi. Et pourtant tu t’es détourné de moi. Sokar. Si longtemps que je n’ai senti ton front ployer sur le marbre devant moi, si longtemps que tu n’as pas prononcé les mots délicats de l’adoration, que tu n’as pas sacrifié en mon nom. Tous ces moutons. En mon nom. Sokar, j’étais si fier de toi. Qu’es-tu aujourd’hui ? Anubis, mon frère, doit pleurer lui aussi. Tu as brisé notre lien qui repose aujourd’hui dans les tréfonds sableux d’un lac gelé. Et tu partages la couche d’un homme, un mortel. Y a-t-il un sens à tout ça ? Y a-t-il un sens… ? Sokar… Sokar…mon enfant…

La voix d’un très ancien Dieu m’est venue. M’a réveillé. Ma mémoire sensible palpite en ondes électriques dans mes tempes et je bouge comme pour chasser les frissons qui courent encore sur ma chair, et qui n’ont rien d’agréables. Je masse mes paupières, tellement lourdes. Ma bouche est pâteuse encore de ce cauchemar qui quitte mes esprits comme un fantôme plein de chuchotements. Heureusement rien qui n’ait tiré l’homme à mes côtés de son sommeil.
Mes reins sont en feu mais c’est de son fait, du fait de notre amour, et c’est comme ça qu’il me marque. J’aime le sentir toute la journée, en marchant, en m’asseyant, puis le retrouver dans le lit, encore, encore…
Nous ne sommes plus dans la crypte esseulée et froide, mais dans ce qui devait autrefois être une des multiples chambres des hôtes du très grand seigneur Dracula. L’endroit ne semble pas avoir fait l’objet de vandalisme ou d’outrages particuliers, comme si son aura l’avait préservé des vices de ce monde. Le lit dans lequel nous dormions était immense, et si la couverture était inexistante, la chaleur des ailes de Baas suffisait. Zoar dormait à nos pieds, en boule. Je caressai l'homme, d’une tendresse que je m’étais trouvé dans le cœur depuis quelques mois. La chose la plus précieuse que je possédais, hormis mon frère chacal, dormait là. L’homme auquel je m’étais attaché envers et contre tout, alors que toute mon existence n’avait été écrite que dans le sens parfaitement inverse des écritures gravées par le rapace dans le nacre de mon âme. Mais je ne m'étonne plus de ces changements, je les embrasse. Les dieux seuls savent si j'ai changé auprès de lui.

Je m’habille de pied en cape, sors chasser, me dégourdis les jambe, le souffle, me réapproprie mon corps, et ramène une belle perdrix que je saigne, vide, coupe, plume, cuis sous les premiers rayons de lune, avant d’aller réveiller l’oiseau encore endormi. Zoar baille, se colle à ses jambes, visiblement il ne lui tient plus rigueur de notre chute. Je me penche et prends son souffle à la base même de sa bouche si…si…je n’y résiste pas. Le baiser est doux, il cache parfaitement mon angoisse montante. Il doit être 20h. Nous avons peu de temps pour redescendre à l’auberge, quitter notre sauvagerie si attrayante et naturelle. Mon père n’est pas un vampire que l’on peut faire attendre…


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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Jeu 23 Fév 2017 - 17:31

Le sommeil de Baas est toujours lourd. S'il n'a rien sur quoi veiller, s’il est rassuré ou que ses ailes dissimulent déjà au regard du monde son compagnon, il se laisse aller à être aussi immobile que les pierres. Sa respiration se ralentit tant qu'elle semble parfois ne plus exister, sa peau se réchauffe puis encore, et il ne rêve pas. Il se contente de servir de duvet immobile et brûlant, au souffle régulier, avec son bras passé sur les épaules de l’immortel et ses plumes qui les couvrent tous deux.
Il n'y a rien entre le moment où ses paupières se ferment et celui où le vert glacé de ses yeux se dévoile de nouveau, parfois avant la fin de l'après-midi, parfois tard dans la nuit. Cette fois, ce sont les lèvres de Sokar qui le tirent de son sommeil. Il sent la pression, la fraîcheur avant même de les comprendre, puis son cerveau se remet lentement en marche. Son baiser doux chasse les ombres du sommeil, froisse ses ailes, lui ouvre les yeux très lentement. Il répond, tendre, à son affection. Sa main libre danse le long du cou du métis, se perd sur sa mâchoire, puis sur sa joue qu'il caresse du pouce. Les plaies de l’escalade ne sont plus à vif mais il reste des petites écorchures rugueuses qui lui donnent l’impression de sentir encore mieux le contact.

“Reste ?”

Sa voix est encore voilée par la nuit, son ton traîne, pâteux. Il fait l'effort de libérer son deuxième bras de sous lui pour effleurer les lèvres du vampire. L'homme sauvage réfléchit, un instant.
Les mots se bousculent dans son esprit, maladroits, désordonnés. Il n'est pas homme à dire mais il sait que certaines choses n'ont de sens que s'il les exprime à haute voix, sans détours. Il en a beaucoup fait avec l'égyptien, des détours, et quelque part il s’en offusque lui-même. Il a beaucoup parlé, et ça avait du sens, c'était important, mais ce n'était pas ce qu'il voulait vraiment dire. Il se doute que l'autre sait le comprendre quand il dissimule ses mots derrière d'autres… Il a tout de même envie d'être franc.

“Sokar…”

Attirer son attention sur lui, le pousser à le regarder dans les yeux. Il se redresse sur le lit pour pouvoir se placer plus près, nez contre nez, son front sur le sien et ses deux mains sur sa nuque. C'est important alors il parle tout bas, dans le feutré de leur intimité improvisée. Il les isole du monde juste le temps de dire trois fois rien.

“Je t'aime.”

Même s'il l'a déjà prouvé. Même s'il l'a déjà dit, sous d'autres mots. C'est plus important comme ça, murmuré avec toute la profondeur de son amour dedans, avec toute son adoration, son besoin viscéral de l'avoir près de lui. C'est important parce qu'il n'est pas homme à dire mais qu'il le fait quand même et que l'effort est encore plus méritoire…
Il n’attend rien en retour, en fait. Il veut juste affirmer la chose, l’ancrer là, maintenant, dans la grande maison d’un vampire antique, pour mieux affronter le père de son ombre plus tard.
Juste un peu plus tard. Pas maintenant.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Jeu 23 Fév 2017 - 19:42

Les lèvres bougent, les mains caressent, ondulent sur ma peau, dans ma nuque, bercent mes cheveux et mes tourments. Je m'efface et le laisse m'emplir de ses gestes si doux, si simples, si lui. Ses mains sont calleuses, presque comme le cuir de certaines bêtes, et contre ma chair tendre le contraste est d'autant plus beau. Cet homme est beau car il est abîmé. Son corps est chaud, j'acquiesce quand il me demande de rester et ferme les yeux pour déposer un baiser cette fois sur son front. Mais alors que je baisse ma garde et me pelotonne contre son torse redressé, mon instinct se met à trembler sur ses bases. Quelque chose...Non... Il se passe quelque chose dans les mimiques infimes du Gypaète, et ça ne lui ressemble pas de réfléchir pour dire des mots. Il est trop spontané, trop vif, il parle brusquement même si sa voix est douce et mesurée, elle est rauque, virile, mais pas hésitante. Je frissonne, sensation perdue, j'ai mal dans la poitrine là où autrefois pulsaient des veines et de grosses artères au sein même de ce qui animait la vie en moi. J'ai mal...Non tais-toi, tais-toi... Il prononce mon nom, je recule, fuis du regard, du corps, ma bouche est sèche, mes pupilles dilatées. Tais-toi... Pourquoi, pourquoi alors que je sais très bien que c'est ce que je veux, ce que je désire le plus au monde, et cet homme me le donne, il se donne ! Mais j'ai peur, tellement peur. Ma nuque se tend quand il m'attire et je suis incapable d'immobilité, moi qui sais être si impassible. Je me sens nu, entièrement nu, tellement vulnérable, pris au piège.
Ma tête explose. Il l'a dit. Il a été plus fort que moi, plus fort que quatre siècles de pérégrinations et de meurtres. Le sang a cessé de couler, il ne coulera plus dès lors qu'il a prononcé les mots, nos mots, et je le coupe, parlant presque en même temps que lui, le suppliant, me vautrant dans son offrande, dans son amour, le visage tremblant et fuyant encore.

- Urusee... Urusee [Tais-toi...]

Mais mes lèvres au souffle paniqué rebondissent déjà sur les siennes, car dans mon émoi je suis incapable de les rejoindre et je dois m'y reprendre à plusieurs fois, gardant les paupières bien closes. Paupières perlées de rubis. Mon cerveau est fou, il brûle, répète en bouche ses mots je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime je t'aime, comme un fou, imitant le ton de Baas en une piètre mélodie, et moi je veux l'entendre encore, pour être sûr ! Comme si c'était un délire, comme si ça pouvait être "faux" ! Mon sanglot se bloque dans ma gorge comme un hoquet et je romps le baiser brutalement, me collant dans ses bras, contre son torse chaud, rassurant, contre son coeur battant. Ce coeur me protègera toujours, sera toujours là. Ne t'arrête jamais de battre, petit coeur...Ne t'arrête jamais... Ma source de chaleur intarissable. Je serre les dents, serre mes pleurs.

- Kore ga...hajimetedesu... [C'est...la première fois...]

Dans mon immense détresse je ne pense pas à la langue. Je suis calfeutré dans un écrin de bras puissants, comme l'enfant que je suis et qui a grandi sans ces mots, ce cliché de vie et d'amour qui pourtant me frappe de plein fouet et me réalise entièrement, me fait violence, impitoyable, merveilleux. Les accueillants pectoraux sont bientôt tachés de rouge, et je me dis que cette couleur lui va mieux que toutes les autres. C'est moi, je l'ai peint.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Dim 5 Mar 2017 - 12:00

Pas de contrôle de nouveau. Il parle encore dans la langue que son hybride ne connaît pas, Sokar laisse les mots couler comme un ruisseau de montagne, rebondir sur des rochers invisibles, éclater à la surface, mais lui il ne comprend pas alors il ne peut obéir. Et même s'il avait su… Baas ne se serait certainement pas tû. Il n'aurait pas retenu ni ses mots, ni ses gestes, ni ses baisers. Le silence blesse plus que les paroles, même si son vampire a l'air de souffrir là, de suite. Il s’arque-boute contre lui pour le fuir et soudain il ne le fait plus.
Il se réfugie. Il se réfugie sur lui comme le ferait un enfant qui n'arrive plus à faire avec sa douleur, sa détresse, et le grand oiseau protecteur se sent soudain cruel d'avoir imposé ses déclarations au vampire.
Il n'aurait peut-être pas dû ? Peut-être était-ce trop tôt ? Mais non, il a les mots qui se bousculent dans sa tête depuis des mois, et il a bien trop joué avec pour ne pas les offrir. Il a fait de ses éclats de verre, de sa brutalité animale de petits bouts colorés, émoussés à force d'être manipulés. Il a pris toute sa patience pour ne pas simplement lancer trois petits mots là, dans la nature. Pour ne pas lui affirmer qu'il l'aime au détour d'un chemin de campagne, au réveil sous un crépuscule timide, les pieds dans un ruisseau. Pour l'égyptien, il a voulu faire les choses bien -parce qu'il s'est souvenu de Cin et de son air outré lorsqu'il lui a fait une déclaration en débarrassant la table.
Alors ce n'est pas trop tôt non ? C'est même trop tard à son goût. Il enroule ses bras autour des épaules du métis, l'entoure de ses ailes, de toute sa chaleur, le laisse pleurer ses larmes écarlates sur lui en se disant qu'il faut simplement que des digues cèdent pour aller mieux. Ca a été son cas lorsqu'il s'est perdu lui-même dans le désert, lors de son deuil.

“Je t'aime, je t'aime, je t'aime..”

Il répète sa phrase en boucle, doucement, son visage enfoui dans les cheveux noirs. Il le fait sur tous les tons mais toujours avec sa voix basse jusqu'à en faire une prière, avec son rythme propre, avec de l'adoration dedans. Il va le lui dire jusqu'à ce que les mots deviennent naturels. Jusqu'à ce qu'ils calment Sokar, jusqu'à ce qu'il les accepte parce que ce ne sont pas des sons qui perdent leur force si on les utilise, contrairement à ce qu'on lui a déjà dit -mais seuls les imbéciles pensent que la langue est une arme qui s’émousse si on l’use trop souvent.
Je t'aime reste puissant, même après des années. Il ne va pas se retenir de parler à cause d'une fierté certainement imbécile : il dit ce qu'il pense lorsqu'il le pense.
Et là il veut juste lui répéter qu'il l'aime, en caressant le dos de son immortel, en parcourant du pouce le bracelet qu'il lui a mis au poignet -c'est une preuve, c'est important ce genre de petites choses-, en s’imprégnant de lui. Il ne veut pas bouger, il ne veut pas affronter le monde, sa hiérarchie cruelle qui fait de lui un objet et de l'ombre un maître. Il veut se noyer dans l'instant, le faire durer à jamais.

“Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime…”

Maintenant et toujours, car les grands oiseaux s'attachent pour la vie, et même un peu plus. Parce que le coeur qui bat tranquillement dans sa poitrine le fera toujours pour le chasseur, sans conditions. C'est une reddition qu'il offre. Sans termes, sans stipulations, juste ça : son âme mise là, entre les mains de Sokar, pour qu'il la fasse sienne.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Dim 5 Mar 2017 - 17:45

Je n'avais connu jusqu'à lors que les dunes de sable, mouvantes, instables, collines soumises aux caprices du temps et du vent, et mon âme était comme un grain doré dans cette immensité navigable ; je n'avais pas d'ancre, ni de racines. A courir sur les traces de mon père, à chercher à m'identifier à lui, à ma mère aussi, parents lointains, chacun à leur manière, l'un austère et froid, l'autre disparue, je m'étais peu à peu effacé jusqu'à n'être plus que du sable parmi le sable. Baas m'a fait connaître la solidité, la fidélité des montagnes, fières aux embruns, rayonnantes en tout temps, et je m'étais enraciné au pied de lui. Ma montagne. Je me serre contre lui, hume sa force, son odeur et son amour livré sans retenue, il se vide, me remplit, je bois tout, affamé, je prends tout ce qu'on me donne pour continuer d'exister, parce que je veux exister pour lui, parce que j'ai enfin trouvé l'étoile en laquelle l'enfant que j'étais croyait si fort, et cette étoile longtemps éteinte brille aujourd'hui d'un éclat impatient. Mais je ne dois pas trop l'être, je veux me livrer, basculer dans ses mots mais ma nature sauvage me retient solidement. Seul, je le suis resté l'infinie majorité de mon début d'immortalité, alors nouer des liens n'est pas si facile. Mon propre sang me coule dans la bouche et je renifle, tique fixée à son rocher comme une moule qui a peur d'être emportée par la marée. Mais rien ne m'arrachera à lui si ce n'est la Mort elle-même, et j'irai le rechercher aux enfers s'il le faut. Tu seras mon Eurydice ! Je serai ton Orphée.

- Baka.... [idiot...]

Mais un sourire chasse mes larmes et le voilà qui se met à la litanie, répétant les mots d'amour qui deviennent doux, forts et chauds comme ses mains qui me tiennent, plus, plus, et encore toujours plus. Je tremble longtemps, mais je finis par rire dans sa barbe, mangeant sa bouche brûlante, agrippant ses joues pour un baiser qui n'a rien de sexuel ou de sensuel. C'est juste le baiser d'un gamin, mon premier, ma façon d'accepter qu'il murmure et dise et rugisse encore ces mots à mon oreille, au réveil comme dans l'étreinte, sur la route et sous les étoiles.

- Tu es ma montagne.

Nous nous regardons longuement, le temps est arrêté, la pierre ancestrale nous isole et je veux que cette pause dure et dure, mais la vie et la mort ne tolèrent pas que les immortels prennent trop de temps, et ne leur vole trop de bonheur.

Nous nous sommes rhabillés dans la mesure du possible et la nuit est fraîche quand nous quittons le château, pour toujours cette fois. Il y a comme une suite logique à chaque étape qui nous consolide, me fait progresser dans une voie que je n'aurais jamais penser suivre. La forêt et la falaise, puis l'ancien sentier touristique entre les prés abandonnés où paissent quelques chevreuils et chèvres sauvages. La route, et nous retournons à l'auberge. Je n'ai aucune idée de l'heure, mais je comprends qu'il est plus de l'heure prévue quand une silhouette plus mince et noire que jamais se lève de devant la cheminée de la salle commune à la réception, et que l'aubergiste s'éclipse rapidement. Zoar se montre méfiant, restant dans mes jambes, et d'instinct je me place entre Baas et mon père. Il n'y a personne en bas. Nous sommes seuls. Il me dévisage, longuement, nous nous étudions, et je sais que son grand âge lui permet de lire avec une rare efficacité dans les expressions. Ses doigts sont gantés, soigneusement. J'incline la tête respectueusement.

- Père.

- Cher enfant, dans quel état es-tu...Je vais essayer de ne pas prendre ça pour un affront.

- Nous revenons d'une promenade.

- Et tu me crois assez bête pour ne pas comprendre que ta grosse bête t'a culbuté dans un recoin du bois ? Allons, Sokar, chéri, tu empestes la luxure...

Ses lèvres vermeilles s'étirent pour dévoiler des dents pointues et aiguisées. Son métissage a reculé avec l'âge, dur de le croire égyptien aujourd'hui. Ses yeux cassants se portent sur mon homme et je me campe sur mes positions. Il a esquissé un mouvement et s'immobilise en me voyant bouger imperceptiblement. Son sourire se renouvelle. Ce petit jeu tacite commence à m'agacer. Zoar a le poil hérissé.

- Tu n'es pas le premier qui baise mon fils, homme sauvage dont je ne connais le nom. Il a l'air de t'avoir bien apprivoisé, ou peut-être est-ce toi qui lui a mis la laisse ? Où as-tu déniché un spécimen aussi grand ?!

Me demande-t-il en prenant des airs aristocrates que je lui déteste. Son attaque me pince le coeur. Je le connais pourtant, il est évident que le grand oiseau n'est pour lui qu'un objet digne d'intérêt, de curiosité, dont il se lassera aussi vite qu'il s'y est intéressé. Mais je ne montre rien, il ne lira pas ce qu'il veut sur mon visage pâle.

- Nous nous sommes rencontrés durant mes voyages en Asie. Baas est mon compagnon et mon étoile désormais. Tu devras te faire à l'idée que ton fils se fait baiser, puisque l'idée te semble si improbable.


- Pas si improbable, non. Tu as toujours été une créature commode et soumise, avec un besoin intime d'être dominé. Par un dieu, ou par un homme.


Je humecte mes lèvres et brise la distance de sécurité d'un pas, avançant vers les fauteuils devant la cheminée. Il y a mon sac de voyage. Il a donc tenu promesse.

- Les dieux ne rendent pas, alors j'ai choisi les hommes. Merci pour mes affaires.

Mais quand je me retourne il n'a pas bougé, il s'est même avancé jusqu'à Baas, farouchement gardé par le zèle de Zoar, deux choses auxquelles je ne m'attendais pas. Je plisse les yeux, gronde et il se retourne avec un sourire moqueur.

- Mais de rien. Puis-je vous inviter à prendre un rafraîchissement ? Et vous me raconterez vos incroyables voyages. Nassim, veux-tu aller chercher ?


Je remarque alors la présence d'un très jeune homme, de dix-sept ans tout au plus, des cheveux blonds mi-longs et un corps androgyne, qui nous regarde avec de grands yeux bleus. Son hybridation est évidente, c'est un très jeune chat. Il acquiesce, ravi visiblement de recevoir un ordre, et file en cuisine demander ce que mon père lui a ordonné. Je connaissais ces goûts en matière de jeunes créatures, mais là... Je rejoins rapidement Baas et glisse mes doigts autour de son poignet. Nous nous regardons une seconde et je voudrai lui dire que c'est un mauvais moment à passer, que je dois m'y soumettre et lui aussi, pour avoir des années de tranquillité devant nous. Mais bien sûr, il l'a déjà compris tout seul.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Mer 8 Mar 2017 - 23:12

Une araignée. Si Sokar est un serpent, son père est une araignée aux longues pattes, à la toile solide, au venin mortel. Il rampe devant lui, devant le regard du farouche oiseau, tout en mouvements précieux, étudiés, en morsures délicates qui pourtant font souffrir. Que doit-il faire face à ce genre d'hommes ? Baas est habitué à la simplicité. Les attaques se font de front, noblement. On crie ou on parle lentement mais on ne dissimule pas le poison dans le miel, pas chez les siens.
Les choses sont différentes pour les immortels. Il ne peut comprendre la dangerosité de cette joute, ne voit tous les enjeux. Il ne sait rien de son ombre. Il ne sait presque rien de lui, de son passé. Le sang dans la neige. L'ours enfui. Les dieux et le père. Il n'a aucune idée des ténèbres dans son sillage mais commence à se dire qu'elles sont plus sombres qu'il le pensait, qu'il n'a aucune idée de qui est celui avec lequel il partage sa vie. Il le voit. Il le lit dans le regard de l'araignée.
Est-ce que ça change quelque chose ? Il ne sait pas. Non. Non, ça ne change rien : il aime le chasseur du présent, pas celui qu'il a été, de la même manière que le métis l'aime -mais l'aime t’il ?- tel qu'il est maintenant, et pas celui qui vivait dans un refuge, pas celui qui fuyait dans le désert.

“Zoar, hadi.”

Il parle doucement, lentement, pour taire l'éboulement dans sa voix autant qu'il le peut. Le grand homme n'est pas une grosse bête et il veut le prouver, même si son anglais est difficile, même s'il porte des dizaines de kilo d’hybridation son dos. Il n'a rien en commun avec la petite chose fragile qui s'est éclipsée pour aller chercher, sagement.
La main de son compagnon sur lui. Son regard qu'il croise. Il est inquiet ? Baas lui sourit et c'est discret dans sa barbe mais ils savent se lire maintenant. Les petites rides au creux de ses yeux suffisent à le trahir.

“Ton fils n'est pas la première personne que je… Baise ? Non plus. Et ce n'était pas dans les bois.”

Pas cette fois en tout cas. Il veut mettre les choses au point, même si ce ne sont que des détails. Le Gypaète lève le menton, puis il entreprend d'ôter son manteau pour se mettre plus à l'aise : la chaleur de la salle commune le prend à la gorge, l’oppresse alors qu'il est habitué à vivre torse nu… Il n’ôtera pas son autre haut. Il rassure du regard l’égyptien sur ses intentions, quoi que l’idée de prouver sa supériorité physique lui caresse l’esprit. Il ne le fera pas, bien entendu, il restera terriblement décent pour une fois.
Alors la lourde veste est déboutonnée, les fermetures éclair dans son dos aussi au prix de contorsions étudiées. Ses ailes se déploient à moitié, sa longue natte passe devant lui, avec les deux petites pierres vertes dedans et le même lien de cuir que Sokar au bout. Qu’il voie chacun de ces détails. Que l’araignée s’en gorge, s’en gargarise en pensant trouver des points pour l’attaquer, le blesser, il n’y parviendra pas. Ce sont des marques de fierté qu’ils tient là dans sa chevelure aux couleurs de désert. Des sources de stabilité, rien qu’on puisse utiliser contre lui.
Le manteau est posé sur un dossier de siège, la natte rabattue dans son dos, et son regard se fixe sans ciller sur son compagnon. Pas sur son père, uniquement sur le fils, comme si l’autre n’était qu’un détail du paysage au même titre que les tableaux au mur, que les tapis au sol. Il n’a que faire de Sekhmet et de ses crocs. Et il peut parler sans qu’il le comprenne. Il lui suffit de bouger sa voilure subtilement. “Pas peur”, font ses ailes. “Venin inutile”, ajoute-t-il avec une inflexion moqueuse dans le battement qu’il leur imprime, et là, là seulement il lève les yeux sur l’homme ganté avec tout l’hiver de l’Oural dans le regard.

“Je ne connais pas ton nom.”
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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Jeu 9 Mar 2017 - 16:24

Il y a 400 ans je n’aurais jamais défié mon père, il n’y a que depuis une petite cinquantaine d’années que je lui offre mon dos et que j’ai commencé à me détourner de lui. Chaque seconde en sa présence m’empoisonne et me rappelle les sacrifices, les prières et les cérémonies sous les temples, dans les plus profonds et intimes naos que la terre d’Egypte ait portés. Mais Baas est là, son regard sur moi comme tous les encouragements du monde. Son regard, son amour chauds, sa présence gigantesque. Ma montagne, mon bouclier. Zoar obéit à son ton calme et se couche entre nos jambes quand nous prenons place dans les fauteuils modestes de l’auberge. Si je suis son frère, Baas est devenu une sorte de cousin avec le temps et les épreuves, et s’il n’aime encore guère le voir m’approcher pour les choses des hommes, il lui voue une docilité sans faille le reste du temps. Nous formons un tout, une famille, et c’est cette étrange famille que j’oppose à mon père, plus que mon dos solitaire. Il ne semble pas désappointé le moins du monde, fidèle à lui-même, et quand ledit Nassim revient avec des boissons humaines, mon père lit sans mal le soupçon qu’il discerne dans mon regard quand je ne vois pas de sang parmi les verres. Une fois de plus, il m’a pris à revers. Moi qui croyais qu'il ferait l'affront d'en proposer à mon homme. Sa bouche si étroite esquisse un S hostile et riant quand il répond aux affirmations de Baas. Nassim frissonne, il se pelotonne contre lui avec un ronronnement plus nerveux qu’autre chose.

- Il faudra apprendre à ton mashia [rustre]à faire la distinction dans sa manière de s’adresser à des entités supérieures. Si je l’avais eu sous la main au Centre, il aurait bondi sur ses jambes en m’entendant arriver dans le couloir. Mais bien sûr c’est un himaji [sauvage]…


Ce sont des mots que je n’emploie jamais, un arabe que je n’aime pas, que Baas ne connaît pas par moi, et mon père le sait, voilà pourquoi il en use. Il sait qu’il ne comprendra pas, mais ce qu’il ne sait pas c’est que cela ne le frustrera pas, que c’est un guerrier franc et droit, et je suis sa lance, même s’il n’a pas besoin de moi.

- So, anata wa futatabi nokoshite imasu ka? [Et donc, quand est-ce que tu repars ?]

Le japonais le fait imperceptiblement bouger. Il n’aime pas ça, ça lui rappelle ma mère. Nous marquons un point. Je ne sais pas si mon homme a tout saisi, mais la bataille ne se fera pas en anglais. Les consonnes glissent mélodieusement, je nous sers du champagne et m’installe plus confortablement, croisant les jambes. Mon père plisse les yeux, ses cheveux raides tombent avec une élégance classique sur ses tempes.

- Toki ni watashi no musuko wa, kenri o torimodoshimashita. [Quand mon fils aura retrouvé la raison.]

- Dore ? [Laquelle ?]

- Anata wa orokamono o saisei shimasu… [Tu joues les imbéciles…]

Siffle-t-il.

- Je veux simplement avoir l’assurance que tu n’interféreras plus jamais dans ma vie.

Il feule, mais sa patience est un mur d’airain à entamer. Ses yeux instigateurs se posent sur l’homme-montagne.

- Et quelle est ta nouvelle lubie ? Tu comptes aller sur la Lune avec ton oiseau géant ?

- As-tu pensé à mon téléphone ?

- Sokar tu n’iras nulle part gâcher tout l’or que j’ai placé dans tes mains.

- Tu veux dire cet or ?

Je sors le revolver gravé à la signification de mon nom : « celui chérit entre tous, celui qui dort sur le sable ». En lettres arabes dorées. Je le pointe sur lui, et la symbolique ne me fait pas peur. Nassim miaule mais Sekhmet ne bouge pas. Il s’est levé, fondu dans son manteau noir, et son flair de chasseur semble avoir saisi quelque chose. Soudain ma gorge me paraît atrocement nue. Je marque un infime mouvement de recul et constate que je suis dans le fauteuil. Il me devance, et sa colère irradie ma colonne vertébrale comme une langue de feu païen.

- Anata no mune…doko ka ? [Ton pectoral…où est-il ?]

J’ai retroussé les lèvres sur mes gencives noires pour feuler, lui intimer de ne pas avancer plus. Le bracelet de laiton étincèle timidement à mon poignet. Il le saisit, me tord le bras, je gronde sourdement.

- C’est à moi maintenant ! Je m’appartiens ! Tu n’as plus rien pour me contrôler je ne veux plus de tes dieux de tes mensonges et du sang versé !


- Mais tu l’as versé !

Son ton claque, pire qu’une gifle. Zoar s’est dressé pour aboyer, planté entre mes jambes, et je crois que Nassim a fui dans une autre pièce. Je ne distingue pas l’aura de Baas, je prie juste les montagnes de Gobi qu’il ne fasse aucun geste brusque, qu’il ne se mette pas entre nous, car c’est notre haine, notre amour et notre lien. Mon père, et moi. Liés quoi que je puisse faire.

- 'ana la 'urid 'an 'aqtul ! [Je ne veux plus tuer !]

Juste l’éclat de glace vibrant qui change une fraction de seconde, ce mouvement qui part de si loin, si profond. La morsure de la chair. Ma joue rouge. J’ai les cheveux dans les yeux quand je me redresse. Il ne m’avait jamais touché auparavant. Sa tendresse a disparu mais je vois qu’il s’en veut, j’ai franchi ses limites et lui-même les siennes. Mais je ne rends pas les armes.

- Saiwai ni mo okâsan ga shinimashita. [Heureusement que maman est norte.]

Le coup fatal. Final. Il y a chez les immortels, une nécessité de marquer le Temps fuyant par des moments de paroles, et je sais qu’il n’oubliera jamais ces mots prononcés dans la langue de la femme qu’il a le plus aimée au monde, et la seule, avant de noyer son chagrin dans le sang des offrandes. J’ai fait de même, mais je n’étais qu’un enfant. J’aurais pu être différent, mais c’est lui qui a initié cette vie pour moi.
Je ne tiens pas ma joue, et je lui fais face. Nos regards s’accrochent, s’empoignent, il renonce, tant bien que mal, à ses possessions si longtemps acquises. Le poids du collier disparaît à nouveau, et je me sens épuisé. Il ne faut pas avoir pitié de Sekhmet Âqen. C’est un vampire, c’est un homme dur. Il se détourne. Il n’a plus rien à faire ici, maintenant.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Sam 15 Avr 2017 - 10:20

Il observe, mais ne dit rien. Comme la montagne silencieuse qu'il est, il se contente de regarder sans mot dire l'échange se dérouler sous ses yeux. Ce n'est pas son combat. Il n'a pas à intervenir, car Sokar est parfaitement capable de maîtriser l’échange. A aucun moment le doute n’effleure Baas : à ses yeux d'oiseau de proie, le combat est déjà remporté par son ombre depuis des mois. Depuis qu'il a laissé le collier d'or, la laisse symbolique, sombrer au pied de la montagne aux grands oiseaux.
Soudain la portée de ce geste est compréhensible, est perçue. Ce n'était pas qu'un bijou. La personne qui avait imposé cette marque de servitude à son sauvage chasseur n'était nul autre que l'araignée malsaine qui pense être son père. L’hybride se lève de son fauteuil, très tranquillement. Les deux bruns sont trop occupés à se rappeler à la mémoire l'un de l'autre. Personne ne fait attention à lui malgré sa carrure, malgré les plumes dans son dos qu'il bat en signe d'agacement avant de s'éloigner pour penser tranquillement. On n'a pas besoin de lui, c'est évident, et il n'aime pas rester immobile trop longtemps.
Son pas de titan tranquille le mène près d'une fenêtre. La nuit est profonde, dehors. Les cieux sont d'un noir d'encre, avec à peine les éclats d'argent des étoiles pour éclairer l'ombre. C'est un temps à voyager, à marcher loin de la civilisation, à chasser. Pas à perdre la nuit à lutter contre un vampire hautain que rien ne touche. Trop vieux, trop noble. Voilà le jugement du Gypaète sur Sekhmet : il tient trop d'une statue pour changer. Il est comme la grande maison au sommet de la montagne, plein de poussière et de toiles d’araignées que personne ne tient à chasser. Il s'effondrera un jour prochain, brisé par le poids de sa propre importance. Comme les arbres de bois dur, il suffira d'une tempête pour le mettre à bas. Et l'égyptien aux airs de jeune homme, son compagnon, son astre noir, a tout de l'ouragan. Sa fureur est inarrêtable, sans pitié. Les beaux yeux verts du vivant se posent sur son ombre plutôt que sur le paysage extérieur. Il sourit.
La claque part.

Baas gronde, menace sourde. Ses plumes se hérissent, sa voilure prend plus de place. Il n’a plus rien de tranquille car il demeure un protecteur, un fils de chef qui n'en a pas les épaules, mais bien le tempérament.
En quelques pas, il se retrouve près des immortels. Pas entre eux, pas au centre de leur lutte, mais sur le côté. Sa voix roule comme une avalanche quand il la laisse sortir, toute adressée à l'homme inconnu.

“Tu ne connais pas ton fils. Tu ne l'a peut-être jamais connu. Tu vois ce que tu veux voir en lui, pas ce qu'il en fait.”

Du mépris, de l'irrespect brutal. Alors l’oiseau superbe est capable de haïr ? Il sait donc faire pleuvoir la roche de son dédain sur d'autres, malgré sa droiture ?
Il semblerait que oui. Mais il a du feu dans les yeux, dans les veines, il n'est guère étonnant qu'il réagisse.

“D'un mauvais père à un autre… Écoute bien mes paroles. Les enfants changent et personne n'y peut rien. Ils ne sont pas leurs parents, et ils ne sont pas leurs jouets. Ce sont de petits hommes.”

De la douleur, à peine perceptible mais bien présente dans sa voix. Ekho, et Kai. Ses fils, qui deviendront bientôt de nouveau des inconnus, qu'il ne verra jamais plus. Il continuera de les faire vivre au fond de son esprit mais rien, absolument rien ne sera comme ce qu'ils deviendront réellement. Il voit son aîné devenir traqueur, son cadet vivre dans un refuge, avec d'autres humains, mais sait qu'ils choisiront eux même leurs voies. Ceux qu'ils étaient lors de sa dernière visite ne sont pas ceux qu'ils seront dans quelques années.

“Fais-toi à l'idée. Sokar n'est pas toi. S'il veut aller jusqu'à la Lune avec moi, il le fera. Je le porterai sur mes ailes.”

Qu'il déploie en grand, pour bien montrer qu'il peut le faire. Son envergure de bête sauvage se dévoile, ombres et lumières sobres, lignage fièrement porté.

“Après tout, je suis une grosse bête sauvage. Je ne sais pas ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.”

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Mar 18 Avr 2017 - 21:30

L’échange semble infini, comme si nous étions retournés dans nos souterrains antiques, tièdes sous la terre, et que tout nous cachait au monde. Mais rien ne nous cache, rien ne nous dissimule. Baas est là, il entend, il respire, il vit, il vient défendre l’homme que je suis, qu’il a choisi, par-dessus tout, et la preuve ultime qu’il puisse m’apporter : défier mon père de toutes ses plumes, de tout son corps de roc immuable, que rien n’ébranle, pas même les regards, les crocs et l’amertume d’un père floué.

- Je connais mieux mon fils que tu ne le connaîtras jamais, oiseau irrespectueux.

Mon père aussi a gonflé son aura, tissé ses marques collantes bien qu’il sache que l’enjeu soit en train de lui échapper ; il ne lâchera rien, jusqu’à la dernière seconde, même s’il n’y plus d’os à débattre. Son visage apparaît plus que jamais, tranchant, blanc dans les ombres noires de ses immenses cheveux lisses comme deux rideaux de nuit sur un morceau de lune égyptienne. Il s’est grandi, par son pouvoir, et je sens celui-ci vibrer, et sans doute mon homme le sent-il aussi, pourtant il ne s’en émeut pas. « Fais-toi à l’idée. Sokar n’est pas à toi. S’il veut aller jusqu’à la Lune avec moi, il le fera. Je le porterai sur mes ailes. »
Zoar niche son museau dans mon mollet, et moi je fixe intensément cet homme qui ne renonce pas. Il a renoncé, à bien des choses, mais pas à moi, pas à nous, personne ne m’a jamais traité avec tant d’égard, à part le chacal mythique qui se tient entre mes jambes. J’ouvre les lèvres, je veux dire quelque chose, dire que ça n’a pas d’importance, que chacun suivra sa route…que je veux retourner sur les chemins du monde avec l’oiseau-montagne, et enfin m’ouvrir à ce que j’ai toujours refusé, parce que je ne connaissais rien. Mais l’affrontement entre les deux entités avale toute lumière dans la pièce, malgré le feu, avale toute joie, toute vie. Je frissonne. L’araignée a étendu ses pattes sur les plumes, ils se tiennent à un front l’un de l’autre, dangereuse proximité tenue sérieusement par l’un et l’autre.

- Sans moi, il serait des os poussiéreux dans un trou de sable, c’est grâce à moi si tu peux te targuer d’être son garde du corps…Je suis deux fois son père, misérable créature qui cherche le repentir dans la cendre…

Les mots brûlent plus qu’ils ne claquent, s’insinuent, et je ferme les yeux pour les chasser, doucement, les refouler. Est-ce que parce que Baas est tout proche, car ils ne m’atteignent pas…Je me suis approché, j’ai enroulé mes doigts autour de son bras et me tiens dans son giron, son ombre. Ses veines courent, sa force brute…J’appuie me tempe contre son biceps, fixe mon père, sans plus de haine.

- Ne réponds pas à ça. – Je relève la tête légèrement, ma natte coulant dans mon dos – C’est lui que j’ai choisi, je change. Maintenant. Pour toujours.

- Il disparaîtra.

- Je disparaîtrai avec lui.

- Et Zoar ? Tu es si égoïste…

- Zoar n’a de raison d’être que s’il suit mes traces. J’ai toujours été plus proche des dieux que tu ne l’as jamais été, et tu n’as jamais su qu’Anubis m’avait parlé en songe. Aujourd’hui je prends ma vie en main.

Ses lèvres se crispent, froissent le beau vermeil, et son manteau fait corps avec sa silhouette de nocher. C’est la première fois que je triomphe de mon père, que je le bats à son jeu, ses mots, ses accusations, et si elles me piquent encore la peau, je sais que ça ne durera pas, car les baisers de Baas passeront sur toutes les plaies, toutes les brûlures.

J’accompagne père et son esclave à l’extérieur de l’auberge dans laquelle il a laissé une grosse valise contenant mes affaires. Dehors, la nuit est profonde et totale. Il pleut. Je suis vite trempé, et lui trône sous un parapluie, le visage fermé, la bouche incurvée. Il dit dans la langue de maman :

- Kare wa futatabi chiri ni natta toki, watashi wa soko ni narimasu. Sore o wasurenaide. Kudasai. [Quand il sera redevenu poussière, moi, je serai là. Ne l’oublie pas, s’il-te-plaît.]

- Ashita. Asatte. [Demain. Après-demain.]

Mes yeux se plissent. Deux mots, deux temporalités incertaines, autant dire que je ne suis pas prêt à l’alternative qu’il évoque. Baas est mon soleil, et je ne retournerai pas sous la Lune de mon père. Il acquiesce. Une voiture noire arrive silencieusement, l’emporte, tout aussi silencieusement avec son esclave.
Puis il n’est plus là, et je reste planté sous la pluie.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Lun 10 Juil 2017 - 14:36

Murmures, visqueux, collants, pâles comme la mort et les toiles d’araignées. Chuchotements venus de tombes pour le faire hésiter, douter, mais face à la Mort en beau vêtements civilisés, le sauvage aux airs de brute ne bouge pas. Ne bronche pas. Observe, sans ciller, sans hésiter. Et alors, a-t-il envie de rétorquer. Et alors, qu’est ce que ça fait, qu’il soit son père, son meurtrier aussi ? Qu’est ce que ça change à la situation ? Sans lui, son ombre serait une chose vraiment morte. Bien.
Et alors ?
Il ne l’aurait pas connu. Il serait encore solitaire, peut-être, dans le désert qui s’étend à l’infini. Il serait un homme-montagne sans compagnon, sans images du monde à garder en mémoire, sans une dernière vision de ses fils non plus. Mais Sokar, lui, n’aurait certainement pas tant souffert. Il se souvient bien d’à quoi ressemblait l’immortel lorsqu’il l’a rencontré, il revoit parfaitement son manteau de tristesse ravageuse, prête à le tuer.
S’il était mort, comme toutes les choses devraient le faire, il y aurait certainement échappé.
S’il avait vécu une vie de chose normale, une existence avec un début, une fin inéluctable, il aurait peut-être été heureux. Il aurait pris une femme, il aurait eu des enfants qui eux-même auraient eu des enfants. Il aurait sans doute été apaisé, même en vieillissant, même avec ses cheveux blancs. Et son épouse, c’est évident, serait partie avant lui. Un soir d’été, il l’aurait suivie. Sa mémoire aurait perduré. Une, peut-être deux générations, puis elle serait retournée au Néant.
C’est ainsi que les choses vont. C’est ainsi que lui s’en ira, certainement, sans épouse mais avec un compagnon qui veillera sur lui, il le sait. Qui sera toujours aussi superbe, malgré le passage des années. Un jeune homme et lui, cheveux gris acier, rides et fatigue.
Il veut le voir.
Vraiment, il veut le voir, mais si l’araignée n’avait pas été là pour aider les choses à arriver, ça n’aurait rien changé. Il y aurait eu d’autres rencontres. Les si ne servent qu’à noyer les mélancoliques.

Il ne répond pas, obéissant à l’ordre, restant toujours silencieux malgré les mots qui se bousculent là, dans sa gorge. Il a envie de cracher à la face de l’autre vampire que ça ne lui donne pas plus de droits. Que sans lui, Baas des monts Altaï, son enfant serait un tas de cendres chassé par les tempêtes du désert de Gobi. Qu’il n’est pas son père, certainement, mais qu’il est… Quoi, exactement ? Qu’est-il, aux yeux de son astre sombre ?
Le grand oiseau baisse les yeux sur les cheveux noirs, désintéressé de la conversation. Il essaie de déterminer quel mot il pourrait utiliser. Compagnon, étoile, il s’en est servi face à son père. Montagne, murmuré à ses oreilles, pour lui seul. Mais ce n’est pas totalement ce qu’il est alors il en choisit un autre, un qui est plus important, un tout petit, tout court, très grand par sa portée. Un qu’il ne dit pas, qu’il garde par devers lui.
Il n’en a pas beaucoup, des mots. Chaque bout de vocabulaire qu’il connaît, il le déforme, l’use, l’abuse jusqu’à le faire sien. C’est pareil pour ce mot qu’il vient de choisir : ça n’a l’air de rien, mais il est le pâle reflet des réflexions derrière. Il n’a pas tant le choix car ses pensées, il ne peut les dire à haute voix. Il a des ressentis, des impressions, des émotions et le langage des oiseaux sauvages pour les dire. Pas l’anglais.
Personne ne saura jamais à quel point il est intelligent dans son langage fait de choses évanescentes et de bruissements de plumes.

Perdu dans ses pensées, il laisse partir le père comme le fils, ainsi que l’esclave félin. Lui reste dans la pièce commune, d’une neutralité agaçante. Ailes qui doucement se replient, souffle profond, yeux aux teintes vert-mangé-de-glace qui se posent sur le plafond.

Il n’a même pas tant souffert. Sekhmet, malgré ses tentatives de l’empoisonner, de faire mal, n’aura réussi en rien. Il n’a attaqué aucune des aspérités dans sa carapace. Il s’est heurté, sans même essayer de contourner, à la solidité de la roche dont il s’entoure. Tout ce que craignait le Gypaète, les mots durs sur ses enfants, sur sa famille, sur sa mortalité, il n’a pas eu à y faire face. Ce n’est rien. Une altercation minime, dont lui ressort indemne, qui n’a rien en commun avec les attaques aussi franches que meurtrières de Bastet.
Mais peut-être que si lui s’en sort sans douleur, ce n’est pas le cas de Sokar. Les yeux clairs quittent leur contemplation du plafond, glissent sur l’extérieur. Ombre seule sous la pluie. Sa charge, qu’il va rejoindre. Il se débarrasse simplement de ses derniers restes de civilisation forcée sur son dos pour faire bonne figure avant : le dernier haut qu’il portait encore tombe au sol dans un bruit doux de tissus froissé.

La pluie alourdit presque instantanément les plumes qu’il porte dans le dos, noie sa natte et trace des rivières dans sa barbe, mais il n’en a cure. Son pas lourd le mène jusqu’au vampire avec lequel il partage sa vie, et il se place silencieusement dans son dos. Une aile enroulée pour le protéger de l’eau qui ruisselle, ses mains chaudes dans son cou.

“Reviens, ombre.”

Il n’a même pas besoin de hausser la voix pour qu’elle porte au delà du ploc-ploc entêtant de l’averse, et il le sait.

“Laisse la poussière dehors. Ca retombera. Reviens, avec moi.”

Des mots comme des concepts abstraits, comme ses idées qu’il ne peut porter autrement. La poussière, comme les souvenirs, comme l’ombre du père, comme les mots et le coup qui sont partis mais qui vont s’effacer. S’oublier.

“Je peux t’aider, Sokar, mais tu dois revenir.”

Revenir au présent, à lui, à l’intérieur. Beaucoup de choses.

“Je veux partir, murmure-t-il soudainement et très près de l’oreille de son égyptien, de la maison et de la ville. Je veux marcher avec toi dans les bois et oublier les araignées, les obligations, le Temps, le monde. Je veux t’aider à refermer les plaies mais pour ça, tu dois me suivre. Viens.”

Il ne demande pas, il impose, il fait ce qui lui semble juste. Remonter, faire les bagages, repartir sur les routes et se fatiguer sur des chemins difficiles, pleins de cailloux. Se réveiller au crépuscule demain en sachant la civilisation loin. Voilà tout ce qu’il veut.

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MessageSujet: Re: Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]   Dim 23 Juil 2017 - 23:16

J’ai semé mon passé aux quatre vents et voilà mon avenir scellé dans les bras d’un seul homme. Mon père parti, son orgueil apprivoisé, pour un temps seulement peut-être mais c’est assez, je suis libre et libéré. Mais trop habitué à appartenir et à servir je cherche mon souffle, un nouveau souffle. Je ne me suis jamais senti si seul, entre le moment où je vois mon père disparaître dans la nuit et où je rejoins le torse bouillant de Baas en m’abritant sous son aile, à ce moment-là, infime poignées de minutes dans cent-mille ans d’éternité, je suis plus seul que jamais je ne l’ai été et ne le serai. Le trou dans ma poitrine est une béance qui ne saurait être comblée, sauf par la chaleur de l’homme géant qui se tient à mes côtés. Alors mon regard quitte la route obscure qui serpente dans la forêt et se lève vers les nues de son visage, arpente les aires majestueuses de ses arcades, dérive dans les prairies ensoleillées de ses yeux, parcourt les pentes viriles de sa barbe et aime ses lèvres fermes et déterminées qui ont fait fuir une vieille araignée trop sûre d’elle. Je l’aime, et je veux le voir chaque jour qui peut m’être donné, par un dieu ou les hommes, chaque jour chaque nuit que nous ferons. Je laisse la poussière je laisse le sable, je veux et je vis, je sais ce que je veux. Je ferme les yeux longtemps et me serre comme une colonne dans son temple. S’il pouvait m’engloutir, je serais le grain de sable et lui, la tempête.

Repartir. Une nécessité qui était la sienne et qui m’a frappé en retrouvant le confort de la chambre de l’auberge. Je n’en avais pas conscience, mais rompre avec toutes mes barrières et tous mes démons a ouvert mon « œil », et désormais je sais que mon existence n’a de sens que si elle demeure sans attache. Nous nous suffisons à nous-mêmes. Nous sommes un et un, mais l’un sans l’autre nous redevenons des fantômes, l’un sans l’autre la fresque se craquèle et meurt. Pourtant nous sommes si différents, j’éprouve cette différence chaque fois que je le regarde, et je suis même différent de ce que j’ai été ; je ne suis pas certain de me connaître encore très bien.

Repartir. Il n’y a pas tant d’affaires dans la valise apportée par mon père, des économies dont ma carte bancaire, mes papiers pour passer les frontières, mon badge de milicien au cas où je doive répondre de mon identité, quelques vêtements, des cartes,…quelques photos…dont une de ma mère, et de moi petit, seuls souvenirs qui auront leur place dans ce voyage qui nous attend. Ces voyages. Je transfère le tout dans un sac à dos en cuir plus solide, à défaut d’avoir un nouveau Hesh, je ferai le cheval de bât. Mon sabre dans le dos, mon revolver à la ceinture, Zoar associé à mon ombre, je précède de peu le grand oiseau des steppes qui ne connaît pas ce monde, ou du moins le connait autrement. C’est le milieu du jour quand nous quittons l’auberge sous une bruine et un brouillard épais. Nous suivons la route un temps puis prenons par la forêt, chemin parmi tant d’autres mais il nous est plus facile de suivre les codes des grands espaces sauvages que ceux de l’urbanisation, et j’ai toujours préféré couper à travers champs. Aussi loin que je me souvienne, j’ai voulu vivre au gré des vents, même si la Guerre et mon rang m’ont amené à séjourner en appartement durant de trop longues années. Les ailes de Baas – j’ai déjà pu le constater – sont hydrofuges et l’eau finit par former des milliers de gouttes pleines qui sont autant de perles quand il ne s’ébroue pas pour s’alléger.

J’admire cet homme sauvage qui marche à côté de moi, et nous ne parlons que peu, pour échanger nos points de vue sur la route à suivre, le gibier à chasser, ou nous aimer quand vient le jour. Je sais qu’il a besoin du soleil, aussi nous nous arrangeons toujours pour marcher jusqu’au plus tard possible sur le matin afin qu’il assiste au lever du soleil quand je me réfugie sous la longue cape que j’ai emportée, en haut d’un arbre ou bien dans une ruine.

La Roumanie devient montagneuse et nous franchissons les plus hautes crêtes des Carpates en deux jours seulement, avant de redescendre vers le Danube. Là, nous montons un campement pour plusieurs jours et je pêche pour faire fumer du poisson à emporter afin que mon humain ne se mette pas à maigrir par manque de nourriture. Les opportunités de chasse ou de pêche ne sont pas si nombreuses et je dois parfois redoubler d’efforts et parcourir des kilomètres supplémentaires pour trouver de la nourriture en suffisance, tant pour Baas que pour Zoar. De mon côté, je continue de me nourrir de sang animal mais de manière plus occasionnelle ; l’homme-oiseau se faisant offrande quand il estime que mon teint et mon humeur deviennent ternes. Ces moments-là sont intenses, tant et si bien qu’ils précèdent généralement de peu un corps à corps digne d’une éclipse, quand le soleil et l’ombre se mélangent.

Le Danube nous offre donc ses richesses, et je profite d’une halte dans un petit village bulgare pour racheter des balles en argent à un fabriquant illégal, très difficile à trouver mais dont je connaissais l’adresse. Un détour essentiel et une déformation professionnelle de ma part, quand on sait le nombre d’Instables en liberté depuis quelques lustres. Baas n’aime pas cette arme, sans doute car il ne la comprend pas, il n’en a pas peur mais pour lui un combat est une chose qui se règle avec les mains, ou avec les pieds, éventuellement avec le renfort de sa voilure imposante. Mais s’il lui arrivait quelque chose je serais prêt à tirer dans la seconde, et à viser juste, toujours ; certains réflexes ne meurent pas.

J’avais prévu de descendre directement vers la Grèce, mais après lui avoir raconté l’histoire de la Mer Noire, sa curiosité était piquée. Climat chaud, nous pourrions y faire une nouvelle halte après plusieurs semaines de pérégrinations, et explorer les fonds anoxiques de cette mer intérieure. L’idée même d’y nager et de lui révéler les épaves d’un autre âge qui n’avait même pas été le mien me rendait intrépide. Il y a tant à voir et à montrer à un homme qui doit tout apprendre, et si je lui montrais le monde, il me révélait les vérités et les peintures les plus essentielles de l’âme, celles qui m’avaient toujours été cachées par mon aveuglement et mon endoctrinement. Mon troisième œil prenait aujourd’hui tout son sens.

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Odyssée d'un homme-oiseau, d'une ombre et d'un fils d'Anubis [PV Baas] [CLOS]
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